‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 362 sur 545 · LIVRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE XII

XII. Réflexion sur cet affaiblissement de la première docirine. — Cependant, s'ils veulent penser à ces aflaiblisscments de leur première doctrine, ils y pourront remarquer comment l'esprit do séduction les a surpris. Leurs pères ne seraient pas aisément privés de la substance du corps et du sang de Jésus-Christ : accoutumés dans l'Eglise à cette douce présence du corps et du sang de leur Sauveur, qui est le gage d'un amour immense, on ne les aurait pas aisément réduits à des ombres et à des figures, ni à une simple vertu découlée de ce corps et de ce sang. Calvin leur avait promis quelque chose de plus. Ils s'étaient laissé attirer par une idée de réalité et de substance, continuellement inculquée dans ses livres, dans ses sermons, dans ses commentaires, dans ses confessions de foi, dans ses catéchismes : fausse idée, je le confesse, puisqu'elle y était en paroles seulement, et non en elTet : mais enfin celte belle idée les avait charmés; et ne croyant rien perdre de ce qu'ils avaient dans l'Eglise, ils n'ont pas craint de la quitter. Maintenant que Zwingle a pris le dessus, de l'aveu de leurs synodes , et que les grands mots de Calvin demeurent visiblement sans force et sans aucun sens, que ne reviennent-ils de leur erreur, et que ne cherchent-ils dans l'Eglise la réelle possession dont on les avait flattés?

XIII. Les diverses Confessions de foi marqueiit la désunion du parti. — Les Suisses zwingliens furent apaisés par l'explication du synode deNimes : mais le fond de la division subsistait toujours. Tant de ditférentes Confessions de foi en étaient une marque trop convaincante pour pouvoir être dissimulée. Cependant les Français, et les Suisses, et les Anglais, et les Polonais avaient la leur, que chacun gardait sans prendre celle des autres; et leur union semblait plus tenir de la politique que d'une concorde sincère.

XIV. L'assemblée de Francfort où on tâche de faire convenir les défenseurs du sens figuré d'une commune Confession de foi. — On a souvent cherché des remèdes à cet inconvénient; mais en vain. En 1577 il se tint une assemblée à Francfort, où se trouvèrent les ambassadeurs de la reine Elisabeth, avec les députés de France, de Pologne , de

I Hongrie et des Pays-Bas. Le comte palatin Jean Casimir, qui l'année précédente avait amené en France un si grand secours à nos réformés, procura cette assemblée'. Tout le parti qui défendait le sens figuré, dont ce prince était lui-même, y était assemblé , à la réserve des Suisses et des Bohémiens. Mais ceux-ci avaient envoyé leur déclaration , par laquelle ils se soumettaient à ce qui serait résolu : et pour les Suisses, le palatin fit déclarer par son ambassadeur qu'il s'en tenait assuré. Le dessein de cette assemblée, comme il parait tant par le discours du député lorsqu'il en fit l'ouverture , que par le consentement unanime de tous les autres députés, était de dresser une commune Confession de foi de ces Eglises 2; et la raison qui avait porté le palatin à faire cette proposition, c'est que les luthériens d'Allemagne, après avoir fait ce fameux livre de la Concorde dont nous avons souvent parlé, devaient tenir une assemblée à Magdebourg, pour y prononcer d'un commun accord

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