Act, auth. Blond., p
HISTOIUR DES VARIATIONS.
XVII. Lellre derile aux luthériens par Vassembléc de l'rancforl. — Pour préparer un ouvrage d'un si grand ral'tincmcnl, cX ompùchcr la condamnation que les lutliériens allaient faire éclore, on résolut (l'écrire au nom de toute rassemblée, une lettre qui fut capable de les adoucir. On leur dit donc « que )i cette assemblée avait été convoquée de plusieurs » endroits du monde cbrélien, pour s'opposer aux « entreprises du Pape, après les avis qu'on avait >' eus qu'il réunissait contre eux les plus puissants » princes de la cbrétienté : » c' était-à-dire , l'enipereiM', le roi de France, cl le roi d'Espagne; « mais » que ce qui les avait le plus affligés était que «quelques princes d'Allemagne, qui invo(iucnt, » disent-ils, le môme Dieu que nous, » comme si les catholiques en avaient un autre, « et détestaient » avec nous la tyrannie de l'Antéchrist romain, se » préparaient à condamner la doctrine de leurs i> Eglises ; et qu'ainsi parmi les malheurs qui les » accablaient, ils se voyaient attaqués par ceux » dont la vertu et la sagesse faisaient la meilleure .' ])artie de leur espérance. »
XVIII. h' assemblée diminue la difjic.uUé de la présence réelle. — Ensuite ils représentaient à ceux de la Confession d'Augsbourg, que le Pape en ruinant les autres Eglises, ne les épargnerait pas : « car » comment, poursuivent-ils, ba'irait-il moins ceux » qui les premiers lui ont donné le coup morter? » c'est-à-dire, les luthériens qu'ils mettent par ce moyen, à la tète do tout le parti. Ils proposent un concile libre pour s'unir entre eux, et s'opposer à l'ennemi commun. Enlin après s'être plaints qu'on les voulait condamner sans les ouïr, ils disent que la controverse qui les divise le plus d'avec ceux de la Confession d'Augsbourg, c'est-à-dire colle delà Cône et de la présence réelle, n'a pas tant de difficulté qu'on s'imagine, et qu'on leur fait tort en les accusant de rejeter la Confession d'Augsbourg. Mais ils ajoutent qu'elle avait besoin d'explication en quelques endroits, et que Luther mômeetMélanchton y avaient fait quelques corrections; par où ils entendent manifestement ces diverses éditions où l'on a fait les changements que nous avons vus durant la vie de Luther et de Mélanchlon.
XIX. Consentement du synode de Sainte-Foi à la )ioucelle Confession de foi (1578). — L'année suivante les calvinistes de France tinrent leur synode national de Sainte-Foi, où ils donnèrent pouvoir de changer la Confession de foi qu'ils avaient si solennellement présentée à nos rois, et qu'ils se gloriliaient de soutenir jusqu'à répandre tout leur sang. Le décret en est mémorable : il y est porté « qu'après » avoir vu les instruclions de l'assemblée tenue à » Francfort )iar le moyen du duc Jean Casinnr, ils » entrent dans le dessein de lier en une sainte union » de pure doctrine toutes les Eglises réformées de » i.\ cunÉTiENTÉ, dont certains ihéologiens protes- » lanls voulaient condamner la plus grande et saine )i partie ; et ajjprouvent le dessein de faire et dresser '» un formulaire de Confession de foi commune à » toutes les l'îglises, aussi bien que l'invitation faite » nommément aux Eglises de ce royaume, pour cn- X voyer au lieu assigné, gens bien approuvés et » autorisés avec ample procuration, pour traiter, » accorder cl décider de tous les points de la doc- )' trine, et autres choses concernant l'union, rei)os.
» et conservation de l'Eglise et du pur service de » Dieu. » En exécution de ce projet, ils nomment (|uatre députés pour dresser celte commune Confession de foi; mais avec un pouvoir beaucoup plus ample que celui qu'on leur avait demandé dans l'assemblée de Francfort. Car au lieu que cette assemblée, qui n'avait pu croire que les Eglises pussent convenir d'une Confession de foi sans la voir, avait ordonné qu'après qu'elle aurait été composée par certains ministres et limée par d'autres, elle serait envoyée à toutes les Eglises pour l'examiner et corriger; ce synode facile au delà de tout ce qu'on avait jm imaginer, non-seulement donne charge expresse à ces quatre députés « de se trouver )> au lieu et jour assignés, avec amples procurations )' tant de ministres , qu'en particulier de raonsei- « gneur le vicomte de i'urenne; » mais y ajoute de plus, « qu'en cas même qu'on n'eut le moyen d'exa- » miner par toutes les provinces cette Confession )) de foi , on se remet à leur prudence et sain juge- » ment pour accorder et conclure tous les points » qui seront mis en délibération, soit pour la doc- » trine, ou autres choses concernant le bien, union » et repos de toutes les Eglises'. »
XX. La foi entre les mains de quatre ministres et de M. de Turenne. — Voilà donc manifestement, par l'aulorilé de tout un synode national, la foi des Eglises prétendues de France entre les mains de quatre ministres et de M. de Turenne, avec pouvoir d'en régler ce qu'il leur plairait; et ceux qui ne veulent pas qu'on puisse s'en rapporter à toute l'Eglise dans les moindres points de la foi, s'en rapportent à leurs députés.
XXI. Pourcjuoi M. de Turenne dans cette députation pour la doctrine. — On s'étonnera peut-être de voir M. de Turenne nommé entre ces docteurs; mais c'est que ce bien , tmion et repos de toutes les Eglises, pour lequel on faisait la députation, disait beaucoup plus qu'il ne paraissait d'abord. Car le duc Jean Casimir et Henri de la Tour, vicomte de Turenne, qu'on députe avec les ministres, songeaient à établir ce repos par autre chose que par des discours et des Confessions de foi : mais elles entraient nécessairement dans la négociation; et l'expérience avait fait voir qu'on ne pouvait liguer comme il faut ces Eglises nouvellement réformées, sans auparavant convenir dans la doctrine. Toute la France était embrasée de guerres civiles; et le vicomte de Turenne jeune alors, mais plein d'esprit et de valeur, que le malheur des temps avait cntrainé dans le parti de[)uis deux ou trois ans seulement, s'y était donné d'abord tant d'autorité, moins encore par son illustre naissance qui le liait aux plus grandes maisons du royaume, que par sa haute capacité el par sa valeur, qu'il était déjà lieutenant du roi de Navarre, depuis Henri IV. Un homme de ce génie entra aisément dans le dessein de réunir tous les protestants : mais Dieu ne permit pas qu'il en vint à bout. On trouva les luthériens intraitables; et les Confessions de foi, malgré la résolution (|u'on avait prise unanimement de les changer toutes, subsistèrent comme contenant la pure parole de Dieu , à laquelle il n'est permis ni d'oter ni d'ajouter.
1. Jlist. de fass. lU Franc, Art. aulh. Blond, p. G.); Syn- de Sainu-Foi,p. 5, 0.