‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 365 sur 545 · LIVRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE XII

XXII. Lettre où les Calmnistes reconnaissent Luther et Mélanchton pour leurs pères. — Nous voyons que l'année d'après, c'est-à-dire en 1579, on espérait encore l'union : puisque les calvinistes des Pays-Bas écrivirent en commun aux luthériens auteurs du livre delà Concorde, àKemnice, à Chytré, à Jacques André, et aux autres outrés défenseurs de l'ubiquité , qu'ils ne laissaient pas d'appeler non-seulement leurs frères, mais leur chair, tant leur union était intime malgré les divisions si considérables; les invitant « à prendre des conseils » modérés, à entrer dans les moyens d'union pour » lesquels le synode de France (c'était celui de n Sainte-Foi) avait nommé des députés: à l'exemple, » disent-ils, de nos saints Pères, Luther, Zwingle,

Capiton, Bucer, Mélanchton, BuUinger, Calvin, » iîui s'étaient entendus comme on a vu. Voilà donc "les Pères communs des sacramentaires et des lu-

.hériens ; voilà ceux dont les calvinistes vantent la

loncorde et les conseils modérés.

XXIII. Le projet de Confession commune continué jusqu'à nos jours, et toujours inutilement. — Tous ces desseins d'union furent sans effet, et les défenseurs du sens figuré, loin de pouvoir convenir d'une commune Confession de foi avec les luthériens défenseurs du sens littéral, n'en purent pas même convenir entre eux. On en renouvela souvent la proposition, et encore presque de nos jours en l'an 1614, au synode de Tonneins; ce qui fut suivi en 1615, des expédients proposés par le célèbre Pierre Dumoulin. Jlais quoiqu'il en eût été remercié par le synode de l'Isle de France, tenu la même année au bourg d'Ay en Champagne', et qu'il eût le crédit qu'on sait non-seulement en France parmi ses confrères, mais encore en Angleterre et dans tout son parti, tout demeura inutile. Les Eglises qui défendent le sens figuré ont reconnu le mal essentiel de leur désunion; mais elles ont reconnu en même temps qu'il était irrémédiable : et celte commune Confession de foi tant désirée et tant recherchée , est devenue une idée de Platon.

XXI^^ Vaines défaites des ini7iistres. — Ce serait une partie de l'histoire de rapporter les réponses des ministres à ce décret de Sainte-Foi après qu'il eut été produit-. Mais tout tombe par ce récit que je viens de faire. Les uns disaient qu'il s'agissait seulement d'une tolérance mutuelle : mais on voit bien qu'une commune Confession de foi n'y eût pas été nécessaire, puisque l'effet de cette tolérance n'est pas de se faire une foi commune, mais de se souffrir mutuellement chacun dans la sienne. D'autres, pour excuser le grand pouvoir qu'on donnait à quatre députés de décider de la doctrine, ont répondu que c'est qu'on savait à peu près de quoi on pouvait convenir'. Cet à peu, près est admirable. On est sans doute peu délicat sur les questions de la foi, quand on se contente de savoir à peu près ce qu'il en faut dire; et on sait encore bien peu à quoi s'en tenir, quand faute de le savoir, on est contraint de donner à des députés un pouvoir indéfini de conclure tout ce qu'ils voudront. Le ministre Claude répondait qu'on savait précisément ce qu'on pouvait dire; et que si les députés eussent passé outre, on eut été en droit de les dé-

1. Act. aulh., Blond., p. 12. —2. Expos., an. xx. —3. Anon. a. rep.,p. 365.

savouer comme gens qui auraient outrepassé leur pouvoir'. Je le veux : mais cette réponse ne salisfait pas à la principale dilTiculté. C'est enfin que pour complaire aux luthériens, il eut fallu leur abandonner tout ce qui tendait à exclure tant la présence réelle que les autres points contestés avec eux, c'est-à-dire changer manifestement dans des articles si considérables, une profession de foi qu'on dit expressément contenue dans la parole de Dieu.

XXV. Différence de ce qu'on voulait faire en faveur des luthériens à, Francfort et à Sainte-Foi, d'avec ce qu'on a fait depuis à Charenton. — Il se faut bien garder de confondre ensemble ce qu'on voulut faire alors et ce qu'on a fait depuis, en recevant les luthériens à la communion, au synode de Charenton en 1631. Cette dernière action marque seulement que les calvinistes peuvent supporter la doctrine luthérienne comme une doctrine qui ne donne aucune atteinte aux fondements de la foi. Mais certainement c'est autre chose de supporter dans la Confession de foi des luthériens ce qu'on croit y être une erreur; autre chose de supprimer dans la sienne propre et qu'on y croit une vérité révélée de Dieu, et déclarée expressément par sa parole. C'est ce qu'on avait résolu de faire dans l'assemblée de Francfort et au synode de Sainte- Foi : c'est ce qu'on aurait exécuté s'il avait plu aux luthériens : de sorte qu'il n'a tenu qu'aux défenseurs de la présence réelle qu'on n'ait efl'acé tout ce qui la choque dans les Confessions de foi des sacramentaires. Mais c'est qu'on s'expose à changer souvent quand on a une fois changé : une Confession de foi qui change la doctrine des siècles passés montre dès-là qu'elle peut elle-même être changée; et il ne faut pas s'étonner que le synode de Sainte-Foi ait cru pouvoir corriger en 1578 ce que le synode de Paris avait établi en 1559.

XXVI. Esprit d'instabilité dans le calvinisme. — Tous ces moyens d'accommodement dont nous venons de parler, loin de diminuer la désunion de nos réformés, l'ont augmentée. On voyait des gens qui, sans bien savoir encore à quoi s'en tenir, avaient commencé par rompre avec toute la chrétienté. On sentait une religion bâtie sur le sable, qui n'avait pas même de stabilité dans ses Confessions de foi, quoique faites avec tant de soin et publiées avec tant d'appareil. On ne pouvait se persuader qu'on n'eût pas le droit d'innover dans une religion si changeante; et c'est ce qui produisit les nouveautés de Jean Fischer ou le Pescheur connu sous le nom de Piscator, et celles d'Arminius.

XXVII. La dispute de Piscator. — L'afi'aire de Piscator nous apprendra beaucoup de choses importantes; et je demande qu'il me soit permis de la rapporter tout au long; d'autant plus qu'elle est peu connue par la plupart de nos réformés.

Piscator enseignait la théologie dans l'académie de Ilerborne , ville du comté de Nassau , vers la fin du siècle passé. En examinant la doctrine de la justice imputée , il dit que la justice de Jésus-Christ, qui nous était imputée, n'était pas celle qu'il avait pratiquée dans tout le cours de sa vie; mais celle qu'il avait subie en portant volontairement la peine de notre péché sur la croix : c'était-à-dire que la mort de Notre Seigneur étant le sacrifice de prix

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