LIVRE XIII
DOGTUINE SUR LANTECHRIST
« moins dans notre ministère'. » Les prolestants anglais en sont donc exclus. Est-ce là un dilTérend de peu d'importance '? Ce n'est pas ainsi qu'en parle le même ministre, puisqu'il demeure d'accord que que par ces différences, qu'il veut appeler petites , de gouvernement et de discipline, on se traite comme des excommuniés- . Que si l'on vient au particulier de ces Confessions de foi, combien irouvera-t-on de points dans les unes qui ne sont point dans les autres? Et en etïet, si la diflerence n'était que des mots, il y aurait trop d'opiniâtreté à n'en pouvoir convenir après l'avoir si souvent tenté; si elle n'était qu'en cérémonies, la faiblesse serait trop grande de s'y arrêter? mais c'est que chacun ressent qu'on n'est pas d'accord dans le fond; et si on se vante cependant d'être bien unis, cela ne sert qu'à confirmer que l'union de la nouvelle Réformation est plus poli- ,tique qu'ecclésiastique.
Il ne me reste qu'à prier nos frères de considérer Jes grands pas qu'ils ont vu faire, non pas à des articuliers, mais à leurs Eglises en corps, sur des ihoses qu'on y avait décidées avec toute l'autorité, 'disait-on, de la parole de Dieu : cependant tous ces décrets n'ont rien été. C'est un style de la Réforme de nommer toujours la parole de Dieu : on n'en croit pas pour cela davantage, et on supprime sans crainte ce qu'on avait avancé avec une si grande autorité : mais il ne faut pas s'en étonner. Il n'y a rien de plus authentique dans la religion que des Confessions de foi : rien ne doit avoir été plus autorisé par la parole de Dieu , que ce que les calvinistes y avaient dit contre la présence réelle et contre les autres dogmes des luthériens. Ce n'était pas seulement Calvin qui avait traité de détestable l'invention de la présence corporelle : De corporali prœsentid detestabile commenlum'-' : toute la Réforme de France venait de dire en corps, par la bouche de Bèze , qu'elle détestait ce monstre et la consubstantiation luthérienne , avec la transsubstantiation papistique*. Mais il n'y a rien de sincère ni de sérieux dans ces détestations de la présence réelle : puisqu'on a été prêt à retrancher tout ce qu'on avait dit contre , et que ce retranchement se devait faire non-seulement par un décret d'un synode national , mais encore par un commun résultat de tout le parti assemblé solennellement à Francfort. La doctrine du sens figuré, pour ne point parler ici des autres, après tant de combats et tant de martyres prétendus, serait supprimée par un éternel silence, s'il avait plu aux luthériens. L'Angleterre, la France, l'Allemagne, les Suisses, les Pays-Bas, en un mot tout ce qu'il y a de calvinistes dans le monde ont consenti à la suppression. Comment donc peut-on demeurer si attaché à un dogme qu'on voit si peu révélé de Dieu, que par les vœux communs de tout le parti il est déjà retranché de la profession du christianisme?
1. Jur.,S;jst.,p. 214. — 2. Id., Au. atix Proust.^ n.o. àla tète des Préjug. lèjLt. — 3. //. Def. cent. Vcstph.^ oj3. 83. — ■4. Ci-dessus, n. 9.