‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 371 sur 545 · Ci-dessus, liv. i, h · texte numérisé non relu

Ci-dessus, liv. i, h

IIISTOIUE DES VARIATIONS.

» en élaicnl sortis, de manière que ce n'était plus » qu'un corps mort'. » Ainsi on hasarde une prophétie; et quand l'événement n'y répond pas, on en sort par un tour d'esprit.

III. Daniel et, salnl Paul produits en l'air. — Mais on nous dit avec un air sérieux, que c'est une prophétie non pas de Luther, mais de l'Ecriture, et qu'on la voit avec évidence (car il le faut bien , puisque c'est un article de foi) dans saint Paul et dans Daniel. Pour ce qui est de l'Apocalypse, il ne plaisait pas à Luther d'employer ce livre, ni de le recevoir dans son canon. Mais pour saint Paul, qu'y avait-il de plus évident, puisque le Pape est assis dans le temple de Dieu-? Dans l'Eglise, dit Luther, c'est-à-dire, sans dilTiculté, dans la vraie Eglise, dans le vrai temple de Dieu; n'y ayant dans l'Ecriture aucun exemple qu'on appelle de ce nom un temple d'idoles : de sorte que le premier pas qu'il faut faire pour bien entendre que le Pape est l'Antéchrist, est de reconnaître pour la vraie Eglise celle dans laquelle il préside. La suite n'est pas moins claire. Qui ne voit que le Pape se montre comrne un Dieu, s'élecant au-dessus de tout ce qu'on adore, principalement dans ce sacrifice tant condamné par nos réformés, où, pour se montrer Dieu, le Pape confesse ses péchés avec tout le peuple, et s'élève au-dessus de tout, en priant et tous les saints et tous ses frères, de demander pardon pour lui, déclarant aussi dans la suite, et dans la partie sainte de ce sacrifice, qu'il espère ce pardon, non par ses mérites, mais par bonté et par grâce au nom de Jésus-Christ Notre Seigneur? Antéchrist de nouvelle forme, qui oblige tous ses adhérents à mettre leur espérance en Jésus-Christ, et qui, pour avoir toujours été le plus ferme défenseur de sa divinité, est mis par les sociniens à la tète de tous les Antechrists, comme le plus grand de tous, et le plus incompatible avec leur doctrine.

IV. Les protestants se déshonorent eux-mêmes par cette doctrine. — Mais encore, si un tel songe mérite qu'on s'y applique, lequel est-ce de tous les papes qui est ce méchant et cet homme de péché ms.Tqué par saint Paul? On ne voit dans l'Ecriture, do semblables expressions que pour caractériser quelque personne particulière. N'importe, c'est tous les papes, après saint Grégoire, comme on disait autrefois; et, comme on le dit à présent, c'est tous les papes depuis saint Léon, qui sont cet homme de péché, ce méchant, et cet Antéchrist; encore qu'ils aient converti au christianisme l'Angleterre, l'Allemagne, la Suède, leDanemarck, la Hollande : si bien que tous ces pays , en embrassant la Réforme , ont reconnu publiquement qu'il avait reçu le christianisme de l'Antéchrist même.

V. Illusions sur V Apocalxjpse. — Qui pourrait ici raconter les mystères que nos Réformés ont trouvés dans rA|)ûcalypse, et les prodiges trompeurs de la bote, qui font les miracles que Rome attribue aux saints et à leurs reliques; afin que saint Augustin, et saint Ghrysoslome, et saint Ambroise, et les autres Pères, dont il convient qu'ils ont annoncé de pareils miracles d'un consentement unanime, soient des {irôcurseurs de l'Antéchrist? Que diraije du caractère que la bète imprime sur le front,

1. Gralul. ad Yen. Presbyl., Opusc.,p. 331. — 2. //. T/ies- S'il., 11. i; Ci-dessu3, liv. m, n. 60.

qui veut dire le signe même de la croix de Jésus- Christ, et le saint chrome dont on se sert pour l'y imprimer; afin que saint Cyprien, et tous les autres évoques devant et après, qui constamment, comme on en demeure d'accord, ont appliqué ce caractère, soient des Antechrists, et les fidèles, qui l'ont porté dès l'origine du christianisme, marqués à la marque de la bète; et le signe du Fils de l'homme, le sceau de son adversaire? On se lasse de raconter ces impiétés; et je crois pour moi que ce sont ces impertinences et ces profanations du saint livre de l'Apocalypse, qu'on voyait croître sans fin dans la nouvelle Réforme, qui firent que les ministres eux-mêmes, las de les entendre, résolurent dans le synode national de Saumur, « que nul pas- » teur n'entreprendrait l'exposition de l'Apocalypse I) sans le conseil du synode provincial ' . »

VI. Cette doctrine de l'Antéchrist n'était dans aucun acte de la Réforme. Luther la met dans les articles de Smalcalde , mais Mélanchlon s'y oppose. — Or, encore que les ministres n'aient cessé d'animer le peuple par ces idées odieuses d'antichristianisme, jamais on n'avait osé les faire paraître dans les Confessions de foi , quelque envenimées qu'elles lUssent toutes contre le Pape. Le seul Luther avait inséré parmi les articles de Smalcalde, un long article de la papauté, qui ressemble plus à une outrageuse déclamation, qu'à un article dogmatique, et il y avait inséré cette doctrine^ : mais nul autre n'avait suivi cet exemple. Bien plus, lorsque Luther proposa l'article , Môlanchton refusa de le souscrire^ : et nous lui avons vu dire, du commun consentement de tout le parti , que la supériorité , du Pape était un si grand bien pour l'Eglise , qu'il la faudrait établir si elle n'était pas établie'' : cependant c'est précisément dans cette supériorité, que nos réformés reconnurent le caractère de l'Antéchrist dans le synode de Gap en 1603.

VII. Décision du synode de Gap. Son faux fondement. — On y disait que l'évoque de Rome prétendait domination sur toutes les Eglises et pasteurs, et se nommait Dieu. — En quel endroit? dans quel concile? dans quelle profession de foi? C'est ce qu'il fallait marquer, puisque c'était le fondement du décret. Mais on n'a osé; car on aurait vu qu'il n'y avait à produire que quelque impertinent glossateur, qui disait que d'une certaine manière, et au sens que Dieu dit aux juges : Vous êtes des dietix, le Pape pouvait être appelé Dieu. Grotius s'était moqué de cette objection de son parti, en demandant depuis quand on prenait pour dogme reçu les hyperboles de quelque fiatteur. Je suis bien aise de dire que le reproche qu'on fait au Pape, de se nommer Dieu n'a point d'autre fondement. Sur ce fondement on décide, « qu'il est proprement l'Ante- » christ, et le fils de perdition marqué dans la pa- » rôle de Dieu, et la bote vôtue d'écarlate, que le «Seigneur déconfira, comme il l'a promis, et » comme il commençait déjà. » Et voilà ce qui devait composer le trente et unième article de foi des prétendus réformés de France, selon le décret de Gap, chapitre de la Confession de foi. Ce nouvel article avait pour titre : Article omis. Le synode de la Rochelle ordonna en 1G07 que cet article de Gap,

1. Sijn. de Saumw, 15U6. — 2. Ci-dessus, liv. iv, n. 38. — 3. Idem, n. 39. —4. Liv. v,«. 2-1.

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