DOCTRINE SUR L'ANTECHRIST
« comme Irês-véritable et conforme à ce qui était » prédit dans l'Ecriture, et que nous voyons en nos » jours CLAIREMENT ACCOMPLI, Serait imprimé es » exemplaires de la Confession de foi, qui seraient » mis de nouveau sous la presse. » Mais on jugea de dangereuse conséquence de permettre à une religion tolérée à certaine condition, et sous une certaine Confession de foi, d'en multiplier les articles, comme il plairait à ses ministres; et on empêcha l'effet de ce décret du synode.
VIII. Occasion de ce décret. — On demandera peut-être par quel esprit on s'était porté à cette nouveauté. Le synode même de Gap nous en découvre le secret. Nous y lisons ces paroles dans le chapitre de la Discipline : « Sur ce que plusieurs » sont inquiétés pour avoir nommé le pape Ante- » christ, la compagnie proteste que c'est la créance » et confession commune de nous tous , » par malheur omise pourtant dans toutes les éditions précédentes; « et que c'est un fondement de notre » séparation de l'Eglise romaine , fortement tiré de » l'Ecriture , et scellé par le sang de tant de mar- » tyrs. » Malheureux martyrs, qui versent leur sang pour un dogme profondément oublié dans toutes les Confessions de foi I Mais il est vrai que depuis peu il est devenu le plus important de tous, et le sujet le plus essentiel de la rupture.
IX. Cette doctrine de l'Antéchrist combien méprisée, même dans la Réforme. — Ecoulons ici un auteur, qui seul fait plus de bruit dans tout son parti que tous les autres ensemble, et à qui il semble qu'on ait remis la défense de la cause, puisqu'on ne voit plus que lui sur les rangs. Voici ce qu'il dit dans ce fameux livre intitulé : L'accomplissement des Prophéties. Il se plaint avant toutes choses B que cette controverse de l'Antéchrist ait langui » depuis un siècle. On l'a malheureusement aban- » donnée par politique, et pour obéir aux princes » papistes. Si on avait perpétuellement mis devant » les yeux des réformés cette grande et importante » vérité, que le papisme est l'anlichristianisme, ils » ne seraient pas tombés dans le relâchement où on » les voit aujourd'hui. Mais il y avait si longtemps Il qu'ils n'avaient ouï dire cela, qu'ils l'avaient » oublié'. » C'est donc ici un des fondements de la Réforme; et cependant, poursuit cet auteur, il est arrivé, par un aveuglement manifeste, « qu'on se » soit uniquement attaché à des controverses qui » no sont que des accessoires, et qu'on ait négligé » celle-ci, que le papisme est l'empire anlichré- )) tien^. » Plus il s'attache à cette matière, plus son imagination s'échauffe. « Selon moi , conlinue-t-il , » c'est ici une vérité si capitale , que sans elle on » ne saurait être vrai chrétien. » Et ailleurs : « Franchement, dil-iP, je regarde si fort cela comme » un article de foi des vrais chrétiens , que je ne » saurais tenir pour bons chrétiens ceux qui nient » cette vérité, après que les événements et les Ira- 1) vaux de tant de grands hommes l'ont mise dans » une si grande évidence. » Voici un nouvel article fondamental, dont on ne s'était pas encore avisé, et qu'au contraire on avait malheureusement abandonné dans la Réforme : « car, ajoute-t-iP, cette
1. Avis, T. I, p. 48. — 2. Avis , T. i, p.is et suiv. — 3. Ace. des Prop.y I. part., c. xvi , p. 292. — 4. Avis, etc., Ibid., p. \9, 50.
» controverse était si bien amortie , que nos adver- » saires la croyaient morte, et ils s'imaginaient que » nous avions renoncé à cette prétention, et a ce » fondement de toute notre Réforme. »
X. Réfutée par les ptws savants protestants, Grolius, Hammond, Jurieu lui-même. — Il est vrai pour moi, que depuis que je suis au monde je n'ai jamais trouvé parmi nos prétendus réformés, aucun homme de bons sens qui fit fort sur cet article : de bonne foi, ils avaient honte d'un si grand excès, et ils étaient plus en peine de nous excuser les emportements de leurs gens qui avaient introduit au monde ce prodige, que nous ne l'étions à le combattre. Les habiles prolestants nous déchargeaient de ce soin. On sait ce qu'a écrit sur ce sujet le savant Grotius, et combien clairement il a démontré que le Pape ne pouvait être l'Anlechrisl'. Si l'autorité de Grotius ne parait pas assez considérable à nos réformés , parce qu'en effet ce savant homme en étudiant soigneusement les Ecritures, et en lisant les anciens auteurs ecclésiastiques , s'est désabusé peu à peu des erreurs où il était né; le docteur Hammond, ce savant anglais, n'était pas suspect dans le parti. Cependant il ne s'est pas moins attaché que Grotius à détruire les rêveries des protestants sur l'antichristianisme imputé au Pape.
Ces auteurs, avec quelques autres, qu'il plaît à notre ministre d'appeler la honte et l'opprobre, nonseulement de la Réforme, mais encore du nom chrétien"^, étaient entre les mains de tout le monde, et recevaient des louanges non-seulement des catholiques, mais encore de tout ce qu'il y avait de gens habiles et modérés parmi les protestants. RL Jurieu lui-même était ébranlé par leur autorité. C'est pourquoi dans ses Préjugés légitimes, il nous donne tout ce qu'il dit de rAnlechrist comme une chose qui n'est pas unanimement reçue, comme une chose indécise, comme une peinture de laquelle les traits sont applicables à divers sujets ; dont cpielques-uns sont déjà veyius, et d'autres peut-être sont à venir^. Aussi l'usage qu'il en fait lui-même, est d'en faire im préjugé contre le papisme, et non pas une démonstration. Mais cet article est redevenu à la mode : que dis-je? ce qui était indécis est devenu le fondement de toute la Réformation. « Car cerlai- » nement, dit notre auteur', je ne la crois bien » fondée, cette Réformation, qu'à cause de cela, que » l'Eglisequenous avons abandonnée est le véritable » antichristianisme. » Qu'on ne se tourmente pas à chercher, comme on a fait jusqu'ici, les articles fondamentaux : voici le fondement des fondements, sans lequel la Réforme serait insoutenable. Que deviendra-t-elle donc si cette doctrine que le papisme est le vrai antichristianisme, se détruit en l'exposant? La chose sera claire pour peu qu'on écoute.