LIVRE XIV. — LE DIX-SEPTIÈME SIECLE
de leur religion on quelque paj-s qu'ils fussent. A celle invilalion, l'Angleterre, l'Ecosse, le Palatinal. la Hesse, les Suisses, les républiques de Genève, de Brème, d'Erabden, et en un mol tout le corps de la Réforme qui n'était pas uni aux luthériens, députèrent, à la réserve des Français, qui en furent empêchés par des raisons d'Etat : et de tous ces députés joints à ceux de toutes les Provinces-Unies, fut composé ce fameux synode de Dordrecht, dont il nous faut maintenant expliquer la doctrine et la procédure.
XXI. Ouverture du synode (1618). — L'ouverture de celte assemblée se lit le 14 novembre 1618, par un sermon de Ballhasar Lydius, ministre de Dordrecht. Les premières séances furent employées à régler plusieurs choses de discipline, ou de procédure; et ce ne fut proprement que le 13. décembre, dans la trente et unième séance, que l'on commença à parler de la doctrine.
XXII. La dispute réduite à cinq chefs. Déclaration des remontrants en général sur les cinq chefs. — Pour entendre de quelle manière on y procéda, il faut savoir qu'après beaucoup de livres et de conférences , la dispute s'était enfm réduite à cinq chefs. Le premier regardait la prédestination; le second, l'universalité de la rédemption; le troisième et le quatrième qu'on traitait toujours ensemble, regardaient la corruption de l'homme, et la conversion; le cinquième, regardait la persévérance.
Sur ces cinq chefs, les remontrants avaient déclaré en général en plein synode par la bouche de Simon Episcopius, professeur en théologie à Leyde, qui parait toujours à leur tète , que des hommes de grand nom et de grande réputation dans la Réforme, avaient établi des choses cyal ne convenaient ni avec la sagesse de Dieu, ni avec sa bonté et sa justice, ni avec l'amour que Jésus-Christ avait pour les hommes, ni avec sa satisfaction et ses mérites, ni avec la sainteté de la prédication et du ministère, ni avec l'usage des sacrements, ni enlin avec les [ devoirs du chrétien. Ces grands hommes qu'ils voulaient taxer, étaient les auteurs de la Réforme, Calvin , Bèze , Zanchius , et les autres qu'on ne leur permeltait pas de nommer, mais qu'ils n'avaient pas épargnés dans leurs écrits. Après celle dôclation générale de leur sentiment, ils s'expliquèrent en particulier sur les cinq articles', et leur déclaration attaquait principalement la certitude du salut, et l'inamissibilité de la justice : dogmes par lesquels ils prétendaient qu'on avait ruiné la piété dans la Réforme, et déshonoré un si beau nom. Je rapporterai la substance de cette déclaration des remontrants, aûn qu'on entende mieux ce qui fit la principale matière de la délibération , et ensuite des décisions du synode.
XXIII. Ce que ■portait la déclaration des remontrants sur chaque chef particulier. Sur la prédestination. — Sur la prédestination , ils disaienli< qu'il ne fallait reconnaître en Dieu aucun décret » absolu, par lequel il eût résolu de donner Jésus- » Christ aux élus seuls, ni de leur donner non plus » à eux seuls par une vocation efficace, la foi, la » justification, la persévérance, et la gloire; mais » qu'il avait ordonné Jésus-Christ rédempteur com-