‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 383 sur 545 · Al-!. 9, 10. Ibid. — 2. Sess. 34, p. 115 et scq · texte numérisé non relu

Al-!. 9, 10. Ibid. — 2. Sess. 34, p. 115 et scq

HISTOIRE DES VARIATIONS

juslinanto et la saintotô. Enfin ils disaient encore « que personne ne devait croire que Jôsus-Glirisl » lut niorl pour lui, si ce n'est ceux pour lesquels » il était mort en clïet; do sorte que les réprouvés, » tels que qael(|ues-uns les imaginaient, pour les- » quels Jésus-t^lirist n'était pas mort, ne devaient » pas croire qu'il fut mort pour eux'. » Cet article allait plus loin qu'il ne paraissait. Car le dessein était de montrer que selon la doctrine de Calvin et des calvinistes, qui posaient pour dogme indubitable que .lésus-Cbrist n'était mort en aucune sorte que pour les prédestinés, et n'était mort en aucune sorte pour les réprouvés, il s'ensuivait que pour dire Jfyus-Christ esl, mort pour moi, il fallait être assuré d'une certitude absolue, de sa prédestination et de son salut éternel, sans que jamais on piil dire, il est morl pour mol , mais je me suis rendu sa mort et la re'demption inutiles : doctrine qui renversait toutes les prédications, où l'on ne cesse de dire aux chrétiens qui vivent mal , qu'ils se sont rendus indignes d'avoir été rachetés par Jésus-Christ. C'était aussi l'un de ces articles où les remontrants soutenaient qu'on renversait dans la Réforme toute la sincérité et la sainteté de la prédication, aussi bien que ce passage de saint Pierre : Ils ont renié le Seigneur qui les avait rachetés, et se sont attiré une soudaine ruine 2.

XXVI. Leur doctrine sur le troisième et quatrième chefs. — Sur le troisième et quatrième chefs, après avoir dit que la grlce était nécessaire à tout bien : non-seulement pour l'achever, mais encore pour le commencer, ils ajoutaient que la grâce efficace n'était pas irrésistible^. C'était leur mot, et celui des luthériens dont ils se vantaient de suivre la doctrine. Ils voulaient dire qu'on pouvait résister à toute sorte de grâce; et par-là, comme chacun voit, ils prétendaient Il qu'encore que la grâce fût donnée éga- » lement, Dieu en donnait ou en offrait une sulli- » santé à tous ceux à qui l'Evangile était annoncé , » môme à ceux qui ne se convertissaient pas, et » l'offrait avec un désir sincère et sérieux de les » sauver tous , sans qu'il fit deux personnages, fai- » sant semblant de vouloir sauver, et au fond ne le » voulant pas, et poussant secrètement les hommes » aux péchés qu'il défendait publiquement". » Ils en voulaient directement dans tous ces endroits, aux auteurs de la Réforme , et à la vocation peu sincère qu'ils altribuaicnt à Dieu, lorsqu'il appelait à l'extérieur ceux (pic dans le fond il avait exclus de sa grâce , les prédestinant au mal.

Pour montrer comljien la grâce était résistiblc (il faut permettre ces mots que l'usage avait consacrés , pour éviter la longueur) ils avaient mis un article qui disait « que l'homme pouvait par la grâce du » Saint-Esprit faire i>lus de bien qu'il n'en faisait, » et s'éloigner du mal plus qu'il ne s'en éloignait'' : » ainsi il résistait souvent à la grâce, et la rendait iiuitile.

-XXVII. Déclaration des Remontrants sur l'amissibilité de la justice. — Sur la persévérance ils décidaient que « Dieu donnait aux vrais fidèles régé- » nérôs par sa grâce, des moyens pour se conserver » dans cet étal ; i|ii'ils pouvaient perdre la vraie foi » juslifianle, et luinber dans des péchés incoinpati-

1. Art. 4, ibid. — 2. //. Petr.,n, 1. — .3. Ead. sess., p. llû cl seq. — 4. Pag. 117. — 5. Art. l.ibid. 117.

» bles avec la justification, mémo dans des crimes » atroces , y persévérer, y mourir, s'en relever aussi » par la |)énitence, sans néanmoins que la grâce » les contraignit à la faire'. » Voilà ce (pi'ils pressaient avec plus de force, « détestant , disaient-ils, » de tout leur cœur ces dogmes impies et contraires » aux bonnes mœurs, qu'on répandait tous les » jours parmi les peuples ; que les vrais fidèles ne » pouvaient tomber dans des péchés de malice , mais 1) seulement dans des péchés d'ignorance et de fai- » blesse ; qu'ils ne pouvaient perdre la grâce ; que I) tous les crimes du monde assemblés en un ne » pouvaient rendre inutile leur élection , ni leur en » oter la certitude : choses, ajoutaient-ils, qui ou- » vraient la porte à une sécurité charnelle et pcrni- » cieuse ; qu'aucuns crimes, quelque horribles qu'ils » fussent, ne leur étaient imputés; que tous péchés » présents et futurs leur étaient rerais par avance ; » qu'au milieu des hérésies, des adultères et des » homicides pour lesquels on pourrait les excom- » munier, ils ne pouvaient totalement et finalement » perdre la foi -. »

XXVIII. Deux mots essentiels sur lesquels roulait toute la dispute : Qu'on pouvait perdre la grâce totalement et finalement. — Ces deux mots totalement et finalement étaient ceux sur lesquels principalement roulait la dispute. Perdre la foi et la grâce de la justification totalement, c'était la perdre tout à fait un certain temps ; la perdre finalement , c'était la perdre à jamais et sans retour. L'un et l'autre était tenu impossible dans le calvinisme; et les remontrants détestaient l'un et l'autre de ces excès.

XXIX. Contre la certitude du salut. — Ils concluaient la déclaration de leur doctrine, en disant que, comme le vrai fidèle pouvait dans le temps présent être assuré de sa foi et de sa bonne conscience , il pouvait aussi être assuré pour ce tempslà, s'il y mourait, de son salut éternel; qu'il pouvait aussi être assuré de pouvoir persévérer dans la foi, parce que la grâce ne lui manquerait jamais pour cela : mais qu'il fut assuré de faire toujours son devoir, ils ne voyaient pas qu'il le jn'il être, ni que cette assurance lui fut nécessaire^.

XXX. Fondement des remontrants : Qu'il n'y avait nulle préférence gratuite pour les élus. — Si l'on veut maintenant comprendre en peu de mots toute leur doctrine, le fondement en était qu'il n'y avait point d'élection absolue , ni de préférence gratuite par laquelle Dieu préparât à certaines personnes choisies , et à elles seules des moyens certains pour les conduire à la gloire : mais que Dieu ofi'rail à tous les hommes, et surtout à ceux à qui l'Evangile était annoncé , des moyens sufiisants de se convertir, dont les uns usaient, et les autres non, sans en employer aucun autre pour ses élus, non plus que pour les réprouvés; de sorte que l'élection n'était jamais que conditionnelle, et qu'on en pouvait déchoir en manquant à la condition. D'où ils concluaient, premièrement, qu'on pouvait perdre la grâce juslifianle, et lolalement, c'est-àdire tout entière, et finalement, c'est-à-dire sans retour ; secondement , qu'on ne pouvait en aucune sorte être assuré de son salut.

1. Kad.sess., p. 117, 118 et seq. — 2. An. G, ibid. — 3. Art. 7 et 8, ibid., p. 119.

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