‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 384 sur 545 · LIVRE XIV. — LE niX-SEPTIEME SIECLE · texte numérisé non relu

LIVRE XIV. — LE niX-SEPTIEME SIECLE

XXXI. En quoi les calholiqucs convenaient avec les remontrants. — Encore que les callioliques ne convinssent pas du principe, ils convenaient avec eux des deux dernières conséquences, qu'ils établissaient néanmoins sur d'autres principes qu'il ne s'agit pas d'expliquer ici : et ils convenaient aussi que la doctrine calvinienne contraire à ces conséquences était impie , et ouvrait la porte à toutes sortes de crimes.

XXXII. En quoi était la différence des catholiques, des luthériens et des remontrants. — Les luthériens convenaient aussi en ce point avec les catholiques et les remontrants. Mais la différence des catholiques et des luthériens est que les derniers, en niant la certitude de persévérer, reconnaissaient une certitude de la justice présente; en quoi ils étaient suivis par les remontrants : au lieu que les catholiques différaient des uns et des autres, en soutenant qu'on ne pouvait être assuré ni de ses bonnes dispositions futures, ni même de ses bonnes dispositions présentes, dont au milieu des ténèbres de notre amour-propre nous avions toujours sujet de nous défier; de sorte que la confiance que nous avions du côté de Dieu n'était pas tout à fait le doute que nous avions de nous-mêmes.

XXXIII. Les calvinistes contraires aux uns et aux autres. — Calvin et les calvinistes combattaient la doctrine des uns et des autres, et soutenaient aux luthériens et aux remontrants que le vrai lidèle était assuré non-seulement du présent, mais encore de l'avenir, et assuré par conséquent de ne perdre jamais ni totalement, c'est-à-dire tout à fait, ni finalement, c'est-à-dire sans retour, la grâce justifiante , ni la vraie foi une fois reçue.

XXXIV. Demande des remontrants, qu'on prononçât clairement. — L'état de la question et les diiïérenls sentiments sont bien entendus; et pour peu que le synode de Dordrecht ait voulu parler clairement, on comprendra sans difficulté quelle en aura été la doctrine; d'autant plus que les remontrants après leur déclaration , avaient sommé ceux qui se plaindraient qu'on expliquait mal leur doctrine , de rejeter nettement lout ce dont ils se croiraient injustement accusés; et priant aussi le synode de s'expliquer précisément sur des articles dont on se servait pour rendre toute la Réforme odieuse'.

XXXV. Décision du synode. — Si jamais il a fallu parler nettement , c'est après une telle déclaration et dans de semblables conjonctures. Ecoutons donc maintenant la décision du synode.

ta II prononce sur les cinq chefs prononcés en quatre - chapitres; car, comme nous avons dit, le troisième

et le quatrième chefs allaient toujours ensemble.

Chaque chapitre a deux parties : dans la première

on établit ; dans la seconde on rejette el on improuve.

Voici la substance des canons; car c'est ainsi qu'on

appela les décrets de ce synode.

XXXVI. Décision du synode sur le premier chef; la foi dans les seuls élus : la certitude du salut. — Sur la prédestination et élection l'on décidait « que » le décret en est absolu et immuable; que Dieu » donne la vraie el vive foi à tous ceux qu'il veut » retirer de la damnation commune , et a eux seuls; » que cette foi est un don de Dieu; que tous les

. Ead. Sess.,p. 121, 122.

» élus sont dans leur temps assurés de leur clec- » tion, quoique non pas en même degré el en égale » mesure; que celte assurance leur vient non en » sondant les secrets do Dieu, mais en remarquant » en eux avec une sainte volupté et une joie spiri- » tuelle les fruits infaillibles de l'élection, tels que » sont la vraie foi , la douleur de ses péchés , et les » autres; que le sentiment et la cerlilude de leur » élection les rend toujours meilleurs; que ceux » qui n'ont pas encore ce sentiment efflcace et cette » certaine confiance, la doivent désirer; et enfin » que celte doctrine ne doit faire peur qu'à ceux » qui , attaches au monde ne se convertissent pas )> sérieusement'. » Voilà déjà pour les seuls élus avec la vraie foi, la certitude du salut : mais la chose s'expliquera liien plus clairement dans la suite.

XXXVII. Décision sur le baptême des enfants. — L'article XVII décide « que la parole de Dieu décla- » ranl saints les enfants des fidèles, non parnalure, » mais par l'alliance où ils sont compris avec leurs » parents , les parents fidèles ne doivent pas douter » de l'élection et du salut de leurs enfants qui meu- » rent dans ce bas âge^. »

En cet article le synode approuve la doctrine des remontrants, à qui nous avons ou'i dire précisément la môme chose ^. Il n'y a donc rien de plus assuré parmi nos adversaires, qu'un article qu'on voit également enseigné des deux partis : la suile nous fera voir quelles en sont les conséquences.

XXXVIII. Condamnation de ceux qui niaient la certitude du salut. — Parmi les articles rejetés on trouve celui qui veut que la certitude du salut dépende d'une condition incertaine'' ; c'est-à-dire que l'on condamne ceux qui enseignent qu'on est ass.uré d'être sauvé en persévérant à bien vivre; mais qu'on n'est pas assuré de bien vivre; qui était précisément la doctrine que nous avons ouï enseigner aux remontrants. Le synode déclare absurde cette certitude incertaine, et par conséquent élablil une certitude absolue , qu'il tâche môme d'établir par l'Ecriture : mais il ne s'agit pas des preuves; il s'agit de bien poser la doctrine, et d'entendre que le vrai fidèle, selon les décrets de Dordrecht, non-seulement doit être assuré de son salut , supposé qu'il fasse bien son devoir, mais encore qu'il doit être assuré de le bien faire , du moins à la fin de sa vie. Ce n'est pourtant rien encore , et nous verrons cette doctrine bien plus clairement décidée.

XXXIX. La foi justifiante encore une fois reconnue daiis les élus seuls. — Sur le sujet de la rédemption et de la promesse de grâce , on décide « qu'elle est annoncée inditïéremmcnt à tous les » peuples : c'est par leur faute que ceux qui n'y » croient pas la rejettent, et c'est par la grâce que » les vrais fidèles l'embrassent; mais les élus sont » les seuls à qui Dieu a résolu de donner la foi jus- » lifiante, par laquelle ils sont infailliblement sau- » vés. » V'oilà donc une seconde fois la vraie foi justifiante dans les élus seuls : il faudra voir dans la suite ce qu'auront ceux qui ne continuent pas à croire jusqu'à la fin.

XL. La coopération comment admise. — Le sommaire tlu qualriôrae chapitre est , qu'encore ([ue

1. Sess. 36, p. 2i9 et seq.. Idem, art. 13 el aeq., p. 251. — 2. Art. 17. p. 253. — 3. Ci-d9ssus , ». 24. — i. Idem, art. 7, p. 254.

HISTOIRE DES VARIATIONS

Dieu appelle sérieusement tous ceux à qui l'Evangile esl annoncé , en sorle que s'ils périssent ce n'est pas la faute de Dieu; il se l'ait néanmoins quelque chose de particulier dans ceux qui se convertissent , Dieu les appelant efflcacement , et leur donnant la foi et la pénitence. La gi'âce suffisante des arminiens, avec laquelle le libre arbitre se discerne lui-même, est rejetée comme un dogme jn'lagien* . La régénération est représentée comme se faisant sans nous, non par la parole extérieure, ou par une persuasion morale, mais par une opération qui ne laisse pas au pouvoir de l'homme d'être régénéré ou NON-, d'être converti ou non : et néanmoins, dit-on dans cet article, quand ja volonté est renouvelée, elle est non-seulement poitss(''c et mue de Dieu, mais elle agit étant mue de lui ; et c'est l'homme qui croit et qui se repent.

La volonté n'agit donc que quand elle est convertie et renouvelée. Mais quoi t n'agit-elle que quand on commence à désirer sa conversion , et à demander la grâce de la régénération? ou bien estce qu'on l'avait déjà quand on commençait à la demander? C'est ce qu'il fallait expliquer, et ne pas dire généralement que la conversion et la régénération se fait sans nous. Il y aurait bien d'autres choses à dire ici ; mais il ne s'agit pas de disputer : il suffit historiquement de bien faire entendre la doctrine du synode.

XLI. Certitude du fidèle. — Il dit au XIII" article, que la manière dont se fait en nous cette opération de la grâce régénérante est inconcevable : il suffit de concevoir que par cette grâce le fidèle sait et sent qu'il croit et qu'il aime son Sauveur. Il sait et sent : voilà dans l'ordre de la connaissance ce qu'il y a de plus certain , savoir et sentir.

XLII. Suite de la même matière. — Nous lisons dans l'article XVI, que de môme que le péché n'a pas ôté la nature à l'homme, ni son entendement, ni sa volonté; ainsi la grâce régénérante n'agit pas en lui comme dans un tronc et dans une bûche : elle conserve les propriétés à la volonté , et ne la force point malgré elle ; c'est-à-dire qu'elle ne la fait point vouloir sans vouloir. Quelle étrange théologie I N'est-ce pas vouloir tout embrouiller que de s'expliquer si faiblement sur le libre arbitre?

XLIII. Les habitudes infuses. — Parmi les erreurs rejetées, je trouve celle qui enseigne « que » dans la vraie conversion de l'homme , Dieu ne » peut répandre par infusion des qualités, des ha- » bilLidcs et des dons; et que la foi par laquelle » nous sommes premièrement convertis, et d'où » nous sonmies appelés fidèles , n'est pas un don I) et une qualité infuse de Dieu, mais seulement un 1) acte de l'homme'. » Je suis bien aise d'entendre l'infusion de ces nouvelles qualités et habitudes : elle nous sera d'un grand secours pour expliquer la vraie idée de la justification, et faire voir par quel moyen elle peut être obtenue de Dieu. Car je ne crois pas qu'on puisse douter qu'en ceux qui sont en âge de connaissance, ce ne soit un acte d(î foi iiis|)iré de Dieu , qui nous impètre la grâce d'en recevoir l'habiludo avec celle des autres vertus. Cependant l'infusion de cette habitude n'en sera ])as moins gratuite, comme on verra en son temps : mais passons. Il faut maintenant venir au

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