‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 386 sur 545 · LIVRE XIV · texte numérisé non relu

LIVRE XIV

LE DIX-SEPTIEME SIECLE

de savoir si on aura un jour cette grAcc , mais si on en peut dcclioir un seul moment après l'avoir eue : le synode décide que non. Remontrants, ne vous plaignez pas : on vous parle du moins franchement , comme vous l'avez désiré ; et tout ce que vous dites qu'on croit de pernicieus dans le parti que vous accusez, tout ce que vous y rejetez avec tant d'horreur, y est décidé en termes formels.

XLVII. Les grands mots totalement et finalement. — Mais pour ôter toute équivoque, il faut voir dans le synode ces mots essentiels, totalement et finalement, sur lesquels nous avons fait voir que roulait toute la dispute' : il faut voir, dis-je, si l'on permet aux remontrants d'assurer qu'un vrai fidèle puisse déchoir et totalement et finalement de l'état de justification. Le synode , pour ne nous laisser aucun doute de son sentiment contre la perte totale , dit « que la semence immortelle , par la- » quelle les vrais fidèles sont régénérés, demeure » toujours en eux malgré leur chute. » Contre la perte finale le même synode dit qu'un jour réconciliés, ILS sentiront de nouveau la grâce- : ils ne la recouvreront pas ; le synode se garde bien de dire ce mot : ils la sentiront de nouveau. De cette sorte, poursuit-il , il arrive que ni ils ne perdent totalement la foi et la grâce, ni ils ne demeurent finalement dans leur péché pisqu'à périr.

En voiUà, ce me semble, assez pour l'inamissibilité. Voyons pour la certitude.

XLVIII. Certitude du salut, quelle ? — « Les vrais 1) fidèles , dit le synode', peuvent être certains, et » le sont de leur salut et de leur persévérance , sen Ion la mesure de la foi par laquelle ils croient » AVEC certitude qu'ils sont et demeurent membres » vivants de l'Eglise , qu'ils ont la rémission de leurs » péchés, et la vie éternelle : certitude qui ne leur » vient pas d'une révélation particulière , mais par » la foi des promesses que Dieu a révélées dans sa » parole, et par le témoignage du Saint-Esprit, et » enfin par une bonne conscience , et une sainte et » sérieuse application aux bonnes œuvres. »

XLIX. Toute incertitude est une tentation. — On ajoute, pour ne rien laisser à dire, que « dans les » tentations et les doutes de la chair qu'on a à com- » battre, on ne sent pas toujours cette plénitude de » foi et cette certitude de la persévérance'*; » afin que toutes les fois qu'on sent quelque doute, et qu'on n'ose pas se promettre avec une entière certitude de persévérer toujours dans son devoir, on se sente obligé à regarder ce doute comme un mouvement qui vient de la chair et comme une tentation qu'il faut combattre.

L. Totalement et finalement. — On compte ensuite parmi les erreurs rejetées, « que les vrais » fidèles puissent déchoir, et déchoient souvent to- » talement et finalement de la foi justifiante ; de » la grâce et du salut ; et qu'on ne puisse durant » cette vie, avoir aucune assurance de la future pcr- » sôvérance sans révélation spéciale^ : » on déclare que cette doctrine ramène les doutes des papistes, parce qu'en efi"et cette certitude sans révélation spéciale était condamnée dans le concile de Trente".

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