LI. Comment l' homme justifié demeure coupable
1. Ci-dessus , n. 27. — 2. Art. 7, S, p. 272. — 3. Idem, art. 9, ;i. 272, 273. — 4. Ibid.. art. 2, - 5. Art. 3, p. 274. — 6. Conc. Trid., sess. vi, cap. 12, can. 16.
de mort. — On demandera comment on accorde avec la doctrine de l'inaraissibilité ce qui est dit dans le synode, que par les grands crimes les fidèles qui les commettent se rendent coupables de mort' . C'est ce qu'il est bien aisé de concilier avec les principes de la nouvelle réforme, où l'on soutient que le vrai fidèle, quelque régénéré qu'il soit, demeure toujours par la convoitise, coupable de mort, non-seuicmcnt dans ses péchés grands et petits, mais encore dans ses bonnes oeuvres ; de sorte que cet état qui nous rend coupables de mort, n'empêche pas que, selon les termes du synode , on ne demeure en état de justification et de grâce.
LU. Contradiction de la doctrine calvinienne. — Mais enfin , n'avons-nous pas dit que nos réformés ne pouvaient nier et no niaient pas en elfet, que si on mourait dans ses crimes sans en avoir fait pénitence, on serait damné"? Il est vrai , la plupart l'avouent; et encore que le synode ne décide rien en corps sur cette difTiculté, elle y fut proposée, comme nous verrons, par quelques-uns des opinants. A la vérité , il est bien étrange qu'on puisse demeurer dans une erreur où l'on ne peut éviter une contradiction aussi manifeste que celle où on reconnaît qu'il y a un état de grâce, dans lequel néanmoins on serait damné si on y mourait. Mais il y a bien d'autres contradictions dans cette doctrine : en voici une sans doute qui n'est pas moins sensible que celle-là. Dans la nouvelle Réforme , la vraie foi est inséparable de l'amour de Dieu et des bonnes 0}uvres qui en sont le fruit nécessaire; c'est le dogme le plus constant de cette religion : et voici néanmoins contre ce dogme , la vraie foi non-seulement sans les bonnes oîuvres , mais encore dans les plus grands crimes. Patience, ce n'est pas encore tout : je vois une autre contradiction non moins manifeste dans la nouvelle Réforme, et selon le décret du synode même : Tous les enfants des fidèles sont saints et leur salut est assuré-. En cet état , ils sont donc vraiment justifiés : donc ils ne peuvent déchoir de la grâce; et tout sera prédestiné dans la nouvelle Réforme; ni , ce qui est bien plus étrange, ils ne peuvent avoir d'enfant qui ne soit saint et prédestiné comme eux : ainsi toute leur postérité est certainement prédestinée , et jamais un réprouvé ne peut sortir d'un élu. Qui l'osera dire? Et cependant qui pourra nier qu'une si visible et si étrange absurdité ne soit clairement renfermée dans les principes du synode et dans la doctrine de l'inaniissibilité? Tout y est donc plein d'absurdités manifestes : tout s'y contredit d'une étrange sorte : mais aussi est-ce toujours rcllet de l'erreur de se contredire elle-même.
LUI. Toute erreur se contredit elle-même. — Il n'y a aucune erreur qui ne tombe en contradiction par quelque endroit : mais voici ce qui arrive quand on est fortement prévenu. On évite premièrement, autant qu'on peut, d'envisager cette inévitable et visible contradiction : si on ne peut s'en empêcher, on la regarde avec une préoccupation qui ne permet pas bien d'en juger : on croit s'en défendre en s'étourdissant par de longs raisonnements et par do belles paroles : ébloui de quelques principes spécieux dont on s'entête, on n'en veut pas revenir. Eutychès et ses sectateurs n'osaient dire que Jésus