‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 388 sur 545 · Ci-dessus, n. 44. — 2. Idem, n · texte numérisé non relu

Ci-dessus, n. 44. — 2. Idem, n

HISTOIRE DES VARIATIONS

Chrisl ne fiit pas tout enscniblo vrai Dion et vrai honiino; mais élilouis de celle unilé mal entendue qu'ils imaginaient en Jésus-Clirist, ils voulaient que les deux natures se fussent confondues dans l'union; et se faisaient un plaisir et un lionncur de s'éloigner, par ce moyen , plus que tous les autres (quoicpie ce fut jusqu"i\ l'excès), de l'hôrésie de Neslorius qui divisait le Fils de Dieu. Ainsi on s'embrouille, on s'entèle, ainsi les hommes prévenus vont devant eux avec une aveugle détermination, sans vouloir ni pouvoir entendre , comme dit l'Apôlrc, ni ce qu'ils disent eux-mêmes, ni les choses dont ils parlent ac ce assurance' : c'est ce qui fait tous les opiniâtres; c'est par-là que périssent tous les hérétiques.

LIV. Faux appas de la certitude du salut. — Nos adversaires se font un objet d'un agrément infini dans la cerlitude qu'ils veulent avoir de leur salut éternel. N'attendez pas que jamais ils regardent de bonne foi ce qui peut leur ôter cette certitude. S'il ne faut, pour la maintenir, que dire qu'on est assuré de ne mourir pas dans le crime, encore qu'on y tombât par une malice déterminée , et même qu'on en format la détestable habitude, ils le diront. S'il faut pousser à toute outrance ce passage de saint Paul : Les dons et la vocation de Dieu sont sans rcpcntance'^ ; et dire que Dieu n'oie jamais toul à l'ail ni dans le fond ce qu'il a donné; ils le diront, quoi qu'il en arrive, quelque conlradiclion qu'on leur montre, quelque inconvénient, quelque all'reuse suite qu'on leur fasse voir dans leur doctrine : autrement , outre qu'ils perdraient le plaisir de leur cerlitude, et l'agrément qu'ils ont trouvé dans la nouveauté de ce dogme, il faudrait encore avouer qu'ils auraient tort dans le point qu'ils ont regardé comme le plus essentiel de leur Réforme, et que l'Eglise romaine qu'ils ont blâmée et tant ha'ie , aurait raison.

LV. Si le synode a été' mal entendu sur l'imamissibilité, et si la cerlitude qu'il pose n'est autre chose que la confiance. — Mais peut-être que celle certitude qu'ils enseignent n'est autre chose dans le fond que la confiance que nous admeltons. Plût à Dieul Personne ne nie cette confiance : les luthériens la soutenaient; et cependant les calvinistes leur ont dit cent fois qu'il fallait quelque chose de plus. Mais sans sortir du synode, les Arminiens admctlaient celle conlianco; car sans doute ils n'ont jamais dit (pi'un lidéle tombé dans le crime dont il se repent (lût désespérer de son salut. Le synode ne laisse pas de les condamner, parce que , contents de celte espérance , ils rejettent la certitude. Les catholiques enfin admettaient cette confiance; et la sainte persévérance , que le concile de Trente veut qu'on reconnaisse comme un don spécial de Dieu^, il veut qu'on l'attende avec confiance de sa bonté infinie. Cependant, parce qu'il rejette la certitude absolue, le synode le condamne, et accuse les remontrants, qui niaient aussi cette cerlitude, de retomber par ce moyen, dans les doutes du papisme. Si le dogme de la certitude absolue et de l'inamissibilité eut causé autant d'horreur au synode qu'une si alfreuse doctrine en doit exciter naturellement dans les esprits, les ministres qui

1. /. Tim., 1, 7. — a. Rom., xi. 29. — 3. Conc. Trid., Scss. V, Can. 15, 10,22.

composaient cette assemblée n'auraient pas eu assez de voix pour faire cnlendre à tout runivers que les remontrants, que les lulhôriens, que les catholiques, qui les accusent d'un Ici blasijhème, les (lalomnienl, et toute l'Europe eut retenti d'un tel désaveu : mais au contraire, loin de se défendre de celte certitude et de celte inamissibililé que les remontrants leur objectaient, ils l'établissent, cl condamnent les remontrants pour l'avoir niée. Quand ils se croient calomniés, ils savent bien s'en plaindre. Ils se plaignent, par exemple, ;\ la fin de leur synode, de ce que leurs ennemis, et entre autres les remontrants, les accusent « de faire Dieu » auteur du péché; de lui faire réprouver les » hommes sans aucune vue du péché; de lui faire » précipiter les enfants des fidèles dans la damna- » tion , sans que toutes les prières de l'Eglise, ni » même le baptême les en puissent retirer'. » Que ne disent-ils de même qu'on les accuse à tort d'admettre la certitude et l'inamissibilité dont nous parlons? Il est vrai qu'ils disent dans ce même lieu qu'on les accuse « d'inspirer aux hommes une )) sécurité charnelle, en disant qu'aucun crime ne » nuit au salut des élus, et qu'ils peuvent en toute » assurance, commettre les plus exécrables. » Mais est-ce assez s'expliquer pour des gens à qui l'on demande une réponse précise? Ne leur suffit-il pas, pour s'échapper, d'avoir reconnu des crimes, par exemple, ce ■péché à mort et contre le Saint-Esprit , quel qu'il soit, oij les élus et les vrais fidèles ne tombent jamais? Et s'ils voulaient que les autres crimes fussent autant incompatibles avec la vraie foi et l'état de grâce, n'auraient-ils pas pu le dire en termes exprès , au lieu qu'en termes exprès ils décident le contraire ?

LVI. La doctrine de Calvin expressément définie par le syyiode. — Concluons donc que des trois articles dans lesquels nous avons fait consister la justification calvinienne-, les deux premiers, qui étaient déjà insinués dans les Confessions de foi 3, c'est-àdire la certitude absolue de la prédestination , et l'impossibilité de déchoir finalement de la foi et de la grâce une fois reçue , sont expressément définis dans le synode de bordrecht; et que le troisième article, qui consiste à savoir si le vrai fidèle pouvait du moins perdre quelque temps , et tant qu'il iiouvait dans le crime, la grâce justifiante et la vraie foi'', quoiqu'il ne fiit exprimé en aucune Confession de foi, est scmblublement décidé selon la doctrine de Calvin et l'esprit de la nouvelle Réforme.

LVII. Sentiment de Pierre Dumoulin approuvé par le synode. — On peut encore connaître le sentiment de tout le synode par celui du célèbre Pierre Dumoulin, ministre de Paris : c'était assurément de l'aveu de tout le monde , le plus rigoureux calviniste qui fût alors, et le plus attaché à la doctrine que Gomar soutenait contre Arminius. Il envoya à Dordrccht son jugement sur cette matière, qui fut lu et approuvé de tout le synode , et inséré dans les actes. Il déclare qu'il n'avait pas eu le loisir de Irailer toutes les questions ; mais il établit tout le fond de la doctrine du synode, lorsqu'il décide que nul n'est justifié que celui qui est glori-

1. Si/n. Bord., Concl., srss. 138, p. 275. — 2. Ci-dossus, liv. IX n. i, 3 et suiv. — 3. Conf. de foi de Fr., iirt. 18, 19, 20, 21, 22. h'iin., Is, 19, 30. — -1. Oi-dessus, liv. ix. Cou/', Belg., art, 84. 6'1/n. Gen., I. part., p. 139.

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