LIVRE XIV. — LE DIX-SEPTIÈME SIÈCLE
fie' : par où il condamne les arminiens en ce qu'ils enseignent qu'il y a des jicsti fiés qui perdent la foi et sont damnés-. El encore plus clairement dans ces paroles' : « Quoique le doute du salut entre quel- » quefois dans l'esprit des vrais lidcles, Dieu com- » mande néanmoins dans sa parole que nous en » soyons assurés; et il faut tendre de loules ses » forces à celle certitude , où il ne faut pas douter » que plusieurs n'arrivent; et quiconque est assuré » de son salut, l'est en même temps que Dieu ne » l'abandonnera jamais , et ainsi qu'il persévérera » jusqu'à la fin. » On jie peut pas plus clairement regarder le doute comme une tentation et une faiblesse , et la certitude comme un sentiment commandé de Dieu. Ainsi le fidèle n'est pas assuré qu'il ne tombera pas dans les plus grands crimes , et qu'il n'y demeurera pas longtemps comme David : mais il ne laisse pas d'être assuré que Dieu ne l'abandonnera jamais , et qu'il persévérera jusqu'à la fin. C'est un abrégé du synode : aussi résoluton dans celte assemblée, de rendre grâces à Dumoulin pour le jugement très-exact qu'il avait porté sur celte matière, et pour son consentement avec la doctrine du synode.
LVIII. Question : Si la certitude du salut est une certitude de foi. — Quelques-uns ont voulu douter si la certitude que le synode établit dans chaque fidèle pour son salut particulier est une certitude de foi : mais on cessera de douter , si on remarque que la certitude dont il est parlé est toujours exprimée par le mot de croire, qui, dans le synode ne se prend que pour la vraie foi; joint que cette certitude, selon le même synode, n'est que la foi des promesses appliquées par chaque particulier à soimême et à son salut éternel, avec le sentiment certain qu'on a dans le cœur, de la sincérité de sa foi; de sorte qu'afln qu'il ne manque aucun genre de certitude, on a celle de la foi jointe à celle de l'expérience et du sentiment.
LIX. Sentiments des théologiens de la Grande-Bretagne. -^ Ceux de tous les opinants qui expliquent le mieux le sentiment du synode, sont les théologiens de la Grande-Bretagne ; car après avoir avoué avec tous les autres, dans le fidèle, une espèce de doute de son salut, mais un doute qui vient toujours de la tentation, ils expliquent très-clairement, « qu'après la tenlation, l'acte par lequel on croit » qu'on est regardé de Dieu en miséricorde , et » qu'on aura infailliblement la vie éternelle, n'est » pas un acte d'une opinion douteuse , ni d'une » espérance conjecturale où l'on pourrait se trom- » per, cui falsum subesse potest ; mais un acte d'une )> vraie cl vive foi excitée et scellée dans les coîurs » par l'esprit d'adoption ■* : » en quoi ces théologiens semblent aller plus avant que la Confession anglicane^, qui parait avoir voulu éviter de parler si clairement sur.la certitude du salut, comme on a vu °.
LX. Que ces théologiens ont cru que la justice ne se poucait jierdre. Contradiction de leur doctrine. — Quelques-uns ont voulu penser que ces théologiens anglais n'étaient pas de l'avis commun sur la justice qu'on attribuait aux fidèles tombés dans
1. Sess. 103, 104 , p. 2S9, 300. — 2. Idem, p. 291. — 3. Ibid., p. 300. — 4. Sent. Theol. Mag . BriL, C. de persev. cerlit. ijuoadnos. Th. ni, p, 218. Ibid. Th. iv, p.219. — 5. Conf. Aug., art. 17. SiyiK. Gen. i, p. 102. — 6. Ci-dess., Ui\ x, n. 23.
les grands crimes pendant qu'ils y persévèrent, comme fit David; et ce qui peut faire douter, c'est que ces docteurs décident formellement que ces fidèles sont en état de damnation, et seraient damnés s'ils mouraient' ; d'oii il s'ensuit qu'ils sont déchus de la grâce de la justification, du moins pour ce temps. Mais c'est ici de ces endroits où il faut que tous ceux qui sont dans l'erreur tombent nécessairement en contradiction : car ces théologiens se voient contraints par leurs principes erronés , à reconnaître d'un cùté que les fidèles ainsi plongés dans le crime seraient damnés s'ils mouraient alors; et de l'autre, qu'ils ne déchéent pas de l'état de la justification^.
LXI. Que la foi et la charité demeurent dans les plus grands crimes. — Et il ne faut pas se persuader qu'ils confondent ici la justification avec la prédestination; car au contraire, c'est ce qu'ils distinguent très-expressément; et ils disent que ces fidèles plongés dans le crime non-seulement ne sont pas déchus de leur prédestination , ce qui est vrai de tous les élus , « mais qu'ils ne sont pas déchus » de la foi, ni de ce germe céleste de la régénération » et des dons fondamentaux sans lesquels la vie » spirituelle ne peut subsister'; de sorte qu'il est « impossible que les dons de la charité et de la foi » s'éteignent tout à fait dans leurs cœurs' : ils ne » perdent point tout à fait la foi , la sainteté, l'adop- » lion^ ; ils demeurent dans la justification univer- » selle, qui est la justification très-proprement » dite, dont nul crime particulier no les peut ex- » clure^ » : ils demeurent dans la justification, « dont le renouvellement intérieur et la sanctifica- » lion est inséparable'; » en un mot, ce sont des saints qui seraient damnés s'ils mouraient.
LXII. Ce qui restait datis les fidèles plongés dans le crime. Doctrine de ceux d'Embden. — On était bien embarrassé, selon ces principes, à bien expliquer ce qui restait dans ces saints plongés dans le crime. Ceux d'Embden demeurent d'accord que la foi actuelle n' y poucait rester, cl qu'elle était incompatible atec le consentement aux péchés griefs. Ce qui ne se perdait pas, c'était la foi habituelle, celle, disaient-ils, qui subsiste en l'homme lorsqu'il dort, ou qu'il n'agit pas^; mais aussi cette foi habituelle répandue dans l'homme par la prédication et l'usage des sacrements, est la craie foi vive et justifiante^ ; d'où ils concluaient que le fidèle parmi ces crimes énormes, ne perdait ni la justice ni le Saint-Esprit ; et lorsqu'on leur demandait s'il n'était pas aussi bon de dire qu'on perdrait la fol et le Saint-Esprit pour le recouvrer après, que de dire qu'on en perdait seulement le sentiment et l'énergie, sans perdre la chose , ils répondaient qu'il ne fallait pas oter au fidèle la consolation de ne pouvoir jamais perdre « la foi ni le Saint-Esprit en quelque crime qu'il » tombât contre sa conscience. Car ce serait , di- » saient-ils'", une froide consolation de lui dire : » Vous avez tout à fait perdu la foi et le Saint-Es- » prit; mais peut-être que Dieu vous adoptera et » vous régénérera de nouveau afin que vous lui
\. Senl. Theol. Mag. Brit., C. de persev. certit. quoad nos. Th. m, IV. — 2. Idem, Th. ii,p. 212.— 3. Ibid., Th. v,p- 213. IV p. SU.— i. Ibid., p. 215. — 5. Ibid., Th. vu. — 6. Ibid., 2"/i.vi.
— 7 Ibid., Th. VI, p. 214 , 218. — S. Jud. Theol. Embd. de v. art., ch. I, n. 44, 52 . p. 266, 267. — 9. Idem , n. 45; Ibid., p. 270.
— 10. Ibid., n. 50, 51.
HISTOIRE DES VARIATIONS
» soyez réconcilié ». Ainsi à quelque péché que le » lidèle s'abanilonne contre sa i)ropre conscience , on lui est si favorable, qu'on ne se conlentc pas, pour le consoler, de lui laisser l'espérance du retour futur à l'étal de grAce; mais il faut qu'il ail encore la consolation d'y ôlre actuellement' parmi ses crimes.
LXIII. Ce que faisait le Saint-Esprit dans les fidèles plonyés dans le crime. Etrange idée de la justice chrétienne. — Il restait encore la question , savoir ce que faisaient dans les fidèles ainsi livrés au péché , la foi et le Saint-Esprit , et s'ils y étaient tout à fait sans action. On répondait qu'ils n'étaient pas sans action; et l'cITet qu'ils produisaient, par exemple dans David , était qu'il ne péchait pas tout entier : Pcccavit David, at non totus- ; et qu'il y avait un certain péché qu'il ne commettait pas. Que si enfin l'on poussait la chose jusqu'à demander quel était donc ce péché ml l'homme pèche tout entier, et dans lequel le fidèle ne tombe jamais , on répondait que « ce n'était pas une chute particu- » liôre du chrétien en tel et tel crime contre la pre- » micre ou la seconde table; mais une totale et » universelle défection et apostasie de la vérité do » l'Evangile , par laquelle l'homme n'ofl'ense pas » Dieu en partie et à demi, mais par un mépris » obstiné il en méprise la majesté tout entière , et » s'exclut absolument de la grâce^. » Ainsi jusqu'à ce qu'on en soit venu à ce mépris obstiné de Dieu et à celte apostasie universelle, on a toujours la consolation d'être saint, d'être justifié et régénéré, et d'avoir le Saint-Esprit habitant en soi.
LXIV. Sentiments de ceux de Brème. — Ceux de Brème ne s'expliquent pas moins durement, lorsqu'ils disent que « ceux qui sont une fois vrai- » ment régénérés ne s'égarent jamais assez pour » s'écarter tout à fait de Dieu par une apostasie » universelle , en sorte qu'ils le haïssent comme un » ennemi , qu'ils pèchent comme le diable par une » malice alTectée , et se privent des biens célestes : 1) c'est pourquoi ils ne perdent jamais absolument » la grâce et la laveur de Dieu "; » de sorte qu'on demeure dans cette grâce , bien régénéré, bien justifié, pourvu seulement qu'on no soit pas un ennemi déclaré de Dieu , cl aussi méchant qu'un démon.
LXV. Si on peut excuser le synode de ces excès. Consentement unanime de tous les opinants. — Ces excès sont si grands ([ue les protestants en ont honte , et qu'il y a eu même quelques catholiques qui n'ont pu se persuader que le synode do Dordrecht y fût tombé. Mais enfin voilà historiquement avec les décrets du synode, les avis des principaux opinants. Et afin qu'on ne doutât point de tous les autres , outre ce qui est inséré dans les actes du synode, que tout y fut décidé avec un consentement unanime de tous les opinants sans en exce[iler un seul5; j'ai expressément rapporté les opinions nii ceux (|iii veulent excuser le synode de Dordrecht trouvent le jilus d'adoucissement.
LXVl. ].a sanctification de tous les enfants baptisés reconnue dans le synode ; et la suite de cette doctrine. — Outre ces points importants, nous en
1. Jud. Theol. Embd. de v. art., ch. i, n. 30, p. 2S5. — 2. Idem, n. 54, p. 267. — 3. Ibid., n. 60. j). 268. — 4. Jud. Brcm. de V avl.,n. 12, 13, ;). 251, 255. — 5. Sess. 125, 130, et prœf. ad Ecc.
voyons un quatrième expressément décidé dans ce synode; et c'est celui de la sainteté de tous les enfants des lidcles. On s'était expliqué dilVéremnient sur cet article dans les actes de la nouvelle Réforme'. Nous avons vu cette sainteté des enfants, formellement établie dans le Catéchisme des calvinistes de France, et il y est dit expressément que tous les enfants des fidèles sont sanctifiés et naissent dans l'alliance : mais nous avons vu le contraire dans l'accord de ceux de Genève avec les Suisses^; et la sanctification des petits enfants môme baptisés, y est restreinte aux seuls prédestinés. Rèze semble avoir suivi cette restriction dans VExpositinn déjà citée' : mais le synode de Dordrecht prononce en faveur de la sainteté de tous les enfants des fidèles , et ne permet pas aux parents de douter de leur salut'" : article dont nous avons vu qu'il suit plus clair que le jour, selon les principes du synode, que tous les enfants des fidèles et tous les descendants de ces enfants jusqu'à la consommation des siècles, si leur race dure autant, sont du nombre des prédestinés.
LXVII. On vient à la procédure du synode. Requête des remontrants qui se plaignent qu'ils sont jugés par leurs parties. — Si toutes ces décisions, qui paraissent si authentiques, font un fondement si certain dans la nouvelle Réforme, qu'on soit privé du salut et retranché de l'Eglise en les rejetant, c'est ce que nous avons à examiner en expliquant la procédure du concile.
La première chose que j'y remarque, c'est une requête des remontrants, où ils exposent au synode qu'ils ont été condamnés, traités d'hérétiques et excommuniés par les contre-remontrants, leurs collègues et leurs parties; qu'ils sont pasteurs comme les autres j et qu'ainsi naturellement ils devraient avoir séance dans le synode avec eux; que si on les en exclut comme parties dans le procès , leurs parties doivent être exclues aussi bien qu'eux : autrement qu'ils seraient ensemble juges et parties, qui est la chose du monde la plus inique^.
LXVIII. Ils se servent des mêmes raisons dont tout le parti protestant s'était servi contre l'Eglise. — C'était visiblement les mêmes raisons pour lesquelles tous les protestants avaient récusé le concile des catholiques, pour lesquelles les zwingliens en particulier s'étaient élevés contre le synode des ubiquitaires, qui les avait condamnés à lènc, comme on a vu ". Les remontrants ne manquaient jias de se servir de ces exemples. Ils produisaient principalement les griefs contre le concile de Trente, où les protestants avaient dit ; « Nous voulons un concile » libre; un concile où nous soyons avec les autres; 1) un concile qui n'ait pas pris parti; un concile qui » ne nous tienne pas pour hérétiques : autrement » nous serions jugés par nos parties''. » Nous avons vu (pie Calvin et les calvinistes avaient allégué les mêmes raisons contre le synode de lène. Les remontrants se trouvaient dans le même état, quand ils voyaient François Gomar et ses adhérents, assis dans le synode au rang de leurs juges , et se voyaient ce- |iendanl exclus, et traités comme coui)ables : c'était préjuger contre eux avant l'examen de la cause; et
I. Ci-dossus, liv. IX, n 10,11,12,19. -2. Idem.n. 20. 21. - 3. Exiios. de la foi, ch. iv, Co)ir.;i3, p. .SO. — 4. Sessione 36; Cap. de predesl., art. 17. Oi-dessus, n. 37. — 5. Sess. 25, p. 65 et seq. — 6. Ci-dussus, liv. viii, n. 42. —7. Idem, p. 70, 81.