‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 392 sur 545 · LIVRE XIV. — LE DIX-SEPTIEME SIECLE · texte numérisé non relu

LIVRE XIV. — LE DIX-SEPTIEME SIECLE

croyance contraire , au fond n'est pas opposée à la piété et à la vraie foi. Ceux-là sont vrais ennemis de la divinité du Fils de Dieu , puisqu'ils en tiennent le dogme pour indifférent : M. Jurieu est pélagien, et ennemi de lu grâce dans le même sens.

XGII. Autre parole pélayienne du même ministre, et ses pitoyables contradictions. — En effet, quel est le but de cette parole : Dans les exhortations il faut nécessairement parler à la pe'lagienne ? Ce n'est pas là le discours d'un théologien; puisque si le pélagianisme est une hérésie qui rende inutile la croix de Jésus-Christ , comme on l'a tant prêché même dans la Réforme', il en faut être éloigné jusqu'à rinfini dans l'exhortation, loin d'y en conserver la moindre teinture.

Ce ministre ne s'entend pas mieux lorsqu'il excuse les pélagiens ou les semi-pélagiens de la Confession d'Augsbourg avec les arminiens qui en suivent les sentiments, sous prétexte que « pendant » qu'ils sont semi-pélagiens de parole pour l'esprit, » ils sont disciples de saint Augustin pour le cœur2 : » car ne sait-il pas que l'esprit gâté a bientôt corrompu le cœur? On est trop attaché à l'erreur quand on ne se réveille pas lors môme que la vérité nous est présentée , principalement par un synode de toute la communion dont on est.

Quand donc M. Jurieu dit d'un côté que le pélagianisme ne damne pas^, et que de l'autre on ne rendra jamais de crais chrétiens et de vrais déwts, pélagiens et semi-pélagices\ tout subtil théologien qu'il est, il ne pouvait pas montrer plus clairement qu'il ne songe pas à ce qu'il dit, et qu'en voulant tout sauver, on perd tout.

XGIII. Que ce ministre retombe dans les excès des réformateurs sur la cause du péché. — Il croit aussi avoir évité ces excès de faire Dieu auteur du péché, où il prétend qu'on ne tombe plus dans son parti depuis cent ans^, et il y retombe lui-même dans le même livre, où il prétend montrer qu'on les évite. Car enQn tant qu'on ôtera au genre humain la liberté de son choix, et qu'on croira que le libre arbitre subsiste avec une entière et inévitable nécessité, il sera toujours véritable que ni les hommes ni les anges prévaricateurs n'ont pas pu ne pas pécher; et qu'ainsi les péchés où ils sont tombés sont une suite nécessaire des dispositions où leur Créateur les a mis. Or M. Jurieu est de ceux qui laissent en leur entier cette inévitable nécessité, lorsqu'il dit que nous ne savons de notre âme , sinon qu'elle pense, et qu'on ne peut pas définir ce qu'il faut pour être libre'^. Il avoue donc qu'il ignore si ce n'est point cette inévitable et fatale nécessité qui nous entraine au mal comme au bien , et il se replonge dans tous les excès des premiers réformateurs, dont il se vante qu'on est sorti depuis un siècle.

Pour éviter ces terribles inconvénients, il faut du moins savoir croire, si on n'est pas parvenu jusqu'à l'entendre, qu'on ne peut admettre sans blasphème, et sans faire Dieu auteur du péché, cette invincible nécessité que les remontrants ont reprochée aux prétendus réformateurs , et dont le synode de Dordrecht ne les a pas justifiés.

1. Meih., Sect. 15, p. 131. — 2. Idem, Secl. 14, p. 113, Hl. — 3. Ci-dessus, n. 83, 8-4, 87. — 4. Meth., S,-ct. 15, p. 113, 121.— 5. Ci-dessus, ii. 4. — 0. Meth., Secl. 15, 129, 130,

XGIV. Connivence du synode de Dordrecht, nonseulement sur ces excès des prétendus réformateurs, mais encore sur ceux des remontrants . — Et en clfet, je remarque qu'on ne dit rien dans tout le synode contre ces damnables excès. On a voulu épargner les réformateurs, et sauver d'un blâme éternel les commencements de la Réforme.

Mais du moins il ne fallait pas ménager les remontrants , qui opposaient aux excès des réformateurs des excès qui n'étaient pas moins criminels.

On imprima en Hollande en 1618, un peu devant le synode, un livre avec ce titre : Etat des controverses des Pays-Bas, où l'on fait voir que c'était la doctrine des remontrants; qu'il pouvait survenir à Dieu quelques accidents; qu'il était capable de changement ; que sa prescience sur les événements particuliers n'était pas certaine; qu'il agissait par discours et par conjecture en tirant comme nous une chose de l'autre ' : et d'autres erreurs infinies de cette nature, où l'on prenait le parti de ces philosophes, qui, de peur de blesser notre liberté, ôtaient à Dieu sa prescience. On faisait voir qu'ils s'égaraient jusqu'à faire Dieu corporel, jusqu'à lui donner trois essences; et le reste, qu'on peut apprendre de ce livre qui est très-net et très-court. Ce livre fut composé pour préparer au synode qu'on allait tenir la matière de ses délibérations : mais on n'y parla point de toutes ces choses, ni de beaucoup d'autres aussi essentielles que les remontrants remuaient. On fut seulement soigneux de conserver les articles qui étaient particuliers au calvinisme, et on eut plus de zèle pour ces opinions que pour les principes essentiels du christianisme.

XCV. Décret de Charenton, où les luthériens sont reçus à la communion. — Les complaisances que nous avons vu qu'on avait pour les luthériens n'en obtenaient rien pour l'union, et ils persistaient à tenir tout le parti des sacramentaires pour excommunié. Enfin les prétendus réformés de France , dans leur synode national de Charenlon firent ce décret mémorable, où ils déclarent « que les Alle- » mands et autres suivant la Confession d'Augs- » bourg , attendu que les Eglises de la Confession » d'Augsbourg conviennent avec les autres réformés » aux principes et points fondamentaux de la vraie » religion , et qu'il n'y a en leur culte ni idolâtrie , » ni superstition, pourront, sans faire abjuration, » être reçus à la sainte table , à contracter mariage » avec les fidèles de notre Confession, et à présenter » comme parrains des enfants au baptême, en pro- » mettant au consistoire qu'ils ne les solliciteront » jamais à contrevenir directement ou indirectement » à la doctrine reçue et professée en nos Eglises , » mais se contenteront de les instruire dans les » principes desquels nous convenons tous. »

XCVI. Conséquence de ce décret. — En conséquence de ce décret , il a fallu dire que la doctrine de la présence réelle prise en elle-même n'a aucun venin ; qu'elle n'est pas contraire « à la piété ni à 1) l'honneur de Dieu, ni au bien des hommes; qu'en- » core que l'opinion des luthériens sur l'Eucharistie » induise aussi bien que celle de Rome la destruc- » tion de l'humanité de Jésus-Christ : cette suite » néanmoins ne leur peut être mise sus sans calom-

1. Specim. Cottlrov. Delg. offic. ex Elzev., p. 2, 4, 7, etc.

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