‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 396 sur 545 · LIVRE XIV. — LE DIX-SEPTIÈME SIECLE · texte numérisé non relu

LIVRE XIV. — LE DIX-SEPTIÈME SIECLE

bliqucment les théologiens dans le synode, et n'en avaient pas moins mérité les congratulations et les louanges de toute cette compagnie.

CXIX. Dccret à GeJière contre la grâce universelle, et la question résolue par le magistrat. Formule helvétique (1669-1671). — Genève, toujours attachée aux rigoureuses propositions de Calvin, fut fort ennemi de l'universalité , qui cependant fut portée jusque dans son sein par des ministres français. Déjà elle partageait toutes les familles , lorsque le magistrat y mit la main. Du conseil des Vingt-Cinq, la question fut portée à celui des Deux Cents. Ces magistrats ne rougirent point de faire disputer leurs pasteurs et leurs professeurs devant eux, et s'érigèrent en juges d'une question de la plus fine théologie. Il vint de puissantes recommandations de la part des Suisses pour la grâce particulière contre la grâce universelle : un rigoureux décret partit , par lequel la dernière fut proscrite. On publia la formule d'un théologien, que les Suisses avaient approuvée , où le système de la grâce universelle était déclaré non médiocrement éloigné de la saine doctrine recelée dans les Ecritures ; et afin que rien n'y manquât , le souverain magistrat ordonna que tous les ministres, docteurs et professeurs souscriraient à la formule avec ces mots : Ainsi je le crois ; ainsi je le professe ; ainsi je l'enseignerai. Ce n'est pas là une soumission de police et d'ordre ; c'est un pur acte de foi ordonné par l'autorité séculière : c'est à quoi se termine la Réforme, à soumettre l'Eglise au siècle, la science à l'ignorance , et la foi au magistrat.

CXX. Autre décision de la formule helvétique sur le texte hébreu . dont les savants du parti se moquent. Variation sur la Vulgate. — Cette formule helvétique avait encore une autre partie , où sans se mettre en peine ni des Septante , ni des Targums, ni de l'original Samaritain , ni de tous les vieux interprètes, et de toutes les anciennes leçons, on canonisait jusques aux points du texte hébreu que nous avons, qu'on déclarait net de toute faute de copistes , jusques aux moindres, et do toute atteinte du temps. Les auteurs de ce décret ne sentirent pas combien ils s'immolaient à la risée de tous les savants , môme de leur communion ; mais ils s'attachaient aux vieilles maximes de la Réforme encore ignorante. Ils étaient fâchés de voir que les leçons de la Vulgate , qu'on avait prises autrefois comme autant de falsifications , étaient tous les jours de plus en plus approuvées par les savants du parti : et en fixant le texte original , suivant que nous l'avons aujourd'hui , ils croyaient s'affranchir de la nécessité de la Tradition; sans songer que sous le nom du texte hébreu, au lieu des traditions ecclésiastiques , et de celle de l'ancienne Synagogue, ils consacraient celles des rabbins.

CXXI. Autres décisions de Genève et des Suisses. Combien improuvées par M. Claude. — Il s'est fait encore à Clenève un autre décret sur la foi en 1675, où l'on confirma celui de 1649, par lequel on ajoutait deux nouveaux articles à la Confeesion de foi ; l'un, pour dire « que l'imputation du péché d'Adam' 1) était antérieure à la corruption ; » l'autre , pour dire « que , dans l'ordre dos décrets divins, l'envoi » de Jésus-Christ est après le décret de l'élection. » On ordonna que tous ceux qui refuseraient de sous-

crire à ces deux nouveaux articles de foi seraient exclus et déposés du ministère et de toute fonction ecclésiastique.

Cette décision fut trouvée étrange dans le parti même; et Turretin, ministre et professeur à Genève, en reçut de grands reproches de M. Claude, comme il parait par une lettre de ce ministre du 20 juin 1675, que Louis Dumoulin , fils du ministre Pierre Dumoulin , et oncle du ministre Jurieu a fait imprimer'.

M. Claude se plaint dans cette lettre de ce qu'on sollicite les Suisses à dresser un formulaire conforme à celui de Genève, contc7mnt les mêmes jioinls et les mêmes restrictions , pour être ajoutées à leur Confession de foi- : et on voit par une remarque de Dumoulin, insérée dans la même lettre', que les Suisses en effet ont frappé ce coup que M. Claude trouvait si terrible.

Cependant le même ministre soutient qu'il n'est pas permis d'ajouter « ainsi de nouveaux articles » de foi à ceux de sa Confession, et qu'il est dange- » reux de remuer les anciennes bornes qui ont été » plantées par nos pères''. » Plût à Dieu que nos réformés eussent toujours eu devant les yeux cette maxime du Sage", où ils sont si souvent contraints de revenir pour terminer les divisions qu'ils voient naître incessamment dans leur sein ! M. Claude la propose à ceux de Genève, et s'étonne que cette Eglise fasse ainsi de nouveaux articles de foi et de nouvelles lois de prédication'^ : il prétend qu'en user ainsi, c'était se faire soi-même des dieux, et rompre l'unité avec toutes les Eglises qui ne sont pas de son sentiment, c'est-à-dire avec celles de France , avec celles d' Angleterre , avec celles de Pologne, de Prusse et d' Allemagne' ; que ce n'est point ici une simple aflairc de discipline où les Eglises puissent varier; que c'est se désunir dans des points de doctrine, immuables de leur nature; qu'on ne peut pas en bonne conscience enseigner diversement; de sorte que ce n'est pas seulement se faire wn ministère jjarticulier , mais encore jeter les semences d'une funeste division dans la foi môme , et en un mot fermer son cœur aux autres Eglises*.

Si on veut maintenant savoir jusqu'où l'Eglise de Genève portait sa rigueur, on l'apprendra dans la même lettre"; car elle marque » qu'on exigeait la » signature des articles avec une sévérité inconce- » vable; qu'on l'exigeait môme de ceux qui s'adres- » saient à Genève pour y recevoir la vocation, dans » le dessein d'aller servir ailleurs; qu'on leur im- » posait la môme nécessité de la souscription qu'à » ceux de Genève même; qu'on l'exigeait des pas- » leurs déjà reçus avec la môme rigueur, bien » qu'ils eussent déjà vieilli dans les travaux du mi- » nistère » : et cela, dit M. Claude'", c'est, « autant » qu'il est en eux, ravir partout la charge à tous » ceux qui sont de diirérents sentiments, (c'est-à- » dire à tout le reste des Eglises,) et se condamner » eux-mêmes, comme ayant entretenu jusques ici » une paix injuste avec des gens à qui il fallait dé- » clarer la guerre". »

Toutes ces remontrances n'ont rien opéré : l'Eglise de Genève est demeurée ferme, aussi bien que

\. Fiuc.epist. 1676, p. 83, 94. — 2. Idetn, p. 695. — 3. Pag. 101. — 1. Ibid., p. 85. — 5. Proi)., xxil, 28. — 6. Fasc, epist. 1676, p. S9. — 7. Idem, p. 90, 91, 98, 103. — 8. «ici. ,93, 100. — 9. Paij. 91, 95. — 10. P<i<7. 91. — 11. Piig. 100.

HISTOIRE DES VARIATIONS

celle des Suisses, persuadées l'une el l'autre que leurs diHerminations étalent appuyées sur la parole de Dieu : ce qui continue à faire voir que sous le nom de celle parole , c'est ses propres imaginations que chacun adore; que si l'on n'a quelque autre iirinci[)e pour convenir du sens de celte parole, il n'y aura jamais entre les Eglises qu'une union politique el extérieure, telle qu'elle est demeurée avec ceux de Genève , qui dans le fond avaient rompu avec tous les autres; el que pour trouver quelque chose de flxe, il faut, à l'exemple de M. Claude, ramener les esprits à cette maxime du Sage, qu'il ne faut pas remuer les bornes plantées par 710S pères ' ; c'est-à-dire qu'il s'en faut tenir aux décisions qu'ils ont faites sur la foi.

CXXII. Le serment du Test en Angleterre. Que les Anç/lais s'y rapprochent de nos sentiments, et ne condamnent l'Eglise romaine que par une erreur manifeste. — Le fameux serment du Test mérite bien d'avoir place dans cette histoire, puisqu'il a été un des actes principaux de la religion en Angleterre. Le voici comme il avait été résolu au Parlement tenu à Londres en 1678. « Moi N. je proteste, » cerlilie el déclare solennellement et sincèrement » en la présence de Dieu , que je crois que dans le i> sacremcnl de la Gène du Seigneur il n'y a aucune » transsubstantiation des éléments du pain et du » vin dans le corps et le sang du Christ, dans et » après la consécration faite par quelque personne » que ce soit : et que l'invocation ou adoration de » la vierge Marie ou tout autre saint, et le sacrifice » de la messe, de la manière qu'ils sont en usage » à présent dans l'Eglise romaine , est superstition » et idoliltrie. » Ce qu'il y a de particulier dans cette profession de foi, c'est premièrement qu'elle ne s'attaque qu'à la transsubstantiation, et non pas à la présence réelle; en quoi elle suit la correction qu'Elisabeth avait faite à la réforme d'Edouard VI. On y ajoute seulement ces mots , dans et après la consécration, qui permellent manifestement de croire la présence réelle avant la manducalion, puisqu'ils n'en excluent, comme on voit, que le seul changement de substance.

Ainsi un Anglais bon protestant, sans blesser sa religion et sa conscience , peut croire que le corps et le sang de Jésus-Christ sont réellement et substantiellement présents dans le pain et dans le vin aussilôt après la consécration. Si les luthériens en croyaient autant, il est certain qu'ils l'adoreraient. Aussi les Anglais n'y apportent-ils aucun obstacle dans leur Test : et connue ils reçoivent l'Eucharislit! à genoux , rien ne les empêche d'y reconnaître ni d'y adorer .lésus-Chrisl présent dans le même esprit que nous faisons : après cela, nous incidenter sur la transsubstantiation, est une chicane peu digne d'eux.

Dans les paroles suivantes du Test on condamne, comme des actes de superstition et d'idolâtrie, l'invocation, ou, comme, ils l'appellcnl, l'adoration de la sainte Vierge el des saints , el le sacrifice de la messe, non absolument, mais de la manière qu'ils sont en usage dans l'Eglise romaine. C'est que les Anglais sont trop savants dans l'anliquilô pour ignorer que les Pères du quatrième siècle, sans maintenant remonter plus haut, ont invoqué

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