Prov., XXII
la sainte Vierge et les saints. Ils savent que saint Grégoire de Nazianze approuve expressément dans la bouche d'une martyre la piété qui lui lit demander à la sainte Vierge, qu'elle aidât une vierge qui était en péril'. Ils savent que tous les Pères ont l'ail et approuvé solennellement, dans leurs homélies, de semblables invocations adressées aux saints, et se sont même servis du terme d'invocation à leur égard. Pour le terme d'adoration, ils savent aussi qu'il est équivoque, aussi bien parmi les saints Pères que dans l'Ecriture; el qu'il ne signifie pas toujours rendre à quelqu'un les honneurs divins; que c'est aussi pour cette raison que saint Grégoire de Nazianze n'a pas fait dilTiculté en pinsieurs endroits de dire qu'on adorait les reliques des martyrs, et que Dieu ne dédaignait pas de confirmer une telle adoration par des miracles*. Les Anglais sont trop instruits dans l'anliquilô pour ignorer cette doctrine et ces pratiques de l'ancienne Eglise , et trop respectueux envers elle pour l'accuser de superstition et d'idokUrie : c'est ce qui leur fait apporter la restriction Cju'on voit dans leur Test, el supposer dans l'Eglise romaine une manière d'invocation et d'adoration ditl'érente de celle des pères; parce qu'ils ont bien senti que sans cette précaution le Test n'aurait non plus été souscrit en bonne conscience par les prolestants habiles que par les catholiques.
Cependant, dans le fait, il est constant que nous ne demandons aux saints que la société de leurs prières non plus que les anciens, el que nous n'honorons dans leurs reliques que ce qu'ils ont honoré. Si nous prions quelquefois les saints non pas de prier, mais de donner et de faire , les savants anglais conviendront que les anciens l'ont fait comme nous', et que, comme nous, ils l'ont entendu dans le sens qui fait attribuer les grâces reçues, nonseulement au souverain qui les distribue , mais encore aux intercesseurs qui les obtiennent; de sorte qu'on ne trouvera jamais aucune véritable dilTérence entre les anciens, que les Anglais ne veulent pas condamner et nous qu'ils condamnent , mais par erreur, el en nous attribuant ce que nous ne croyons pas.
J'en dis autant du sacrifice de la messe. Les Anglais sont trop versés dans l'antiquité, pour ne savoir pas que de tout lemps dans les saints mystères , et dans la célébration de l'Eucharistie, on u oll'ert à Dieu les mêmes présents qu'on a ensuite distribués aux peuples , el qu'on les lui a offerts aulant pour les morts que pour les vivants. Les anciennes liturgies, qui contiennent la forme de celle oblalion , tant en Orient qu'en Occident, sont entre les mains de tout le monde; et les Anglais n'ont eu garde de les accuser ni de superstition ni d'idolâtrie. Il y a donc une manière d'offrir à Dieu, pour les vivants et pour les morts, le sacrifice (.Ut l'Eucharistie, que l'Eglise anglicane prolestante ne trouve ni idolâtre ni superstitieuse; et s'ils rejettent la messe romaine , c'est en supposant qu'elle est diirérente de celle des anciens.
1. Orat. xvm, in Cyp., tom. i,p. 279. — 2. Basil., Ornt. in Mam., t. II, hom. 23, n. i,p. 185; Greg. Ni/ss., Orat. in Theud., t. tu, p. 578 e( xeq., Amhr,, Serm. deS. Vie. exhorl. virg., n. ■1. 7, <.)etseq., tom. II, r.ol. 279; Greg. Nnz., Orat. in Jul. i , in Mncliab., etc., tom. l, p. 77; ibid.,p. 397 et seq. —3. Greg. Nit:., Orat. funeh. Atli. et Dasii., Orat., xx, p. 373, or. xxi, p. 377.