Conf. Aug., arc
VII. La perpétuelle visibilité de l'Eglise confirmée par l'Apologie de la Confession d'Augsbourg. — Au récit de l'article vu de la Confession d'Augsbourg , les catholiques trouvèrent mauvais qu'on eût défini l'Eglise, l'assemblée des saints ; et ils dirent que les méchants et les hypocrites, qui sont unis à l'Eglise par les liens extérieurs, ne devaient pas être exclus de leur unité. Mélanchton rendit raison de cette doctrine dans l'Apologie' ; et il pouvait y avoir ici autant de disputes de mots que de choses : mais sans nous y arrêter, remarquons seulement qu'on persiste à dire que l'Eglise doit toujours durer, et toujours durer visible^, puisque la prédication et les sacrements y étaient requis; car écoutons comme on parle : « L'Eglise catholique n'est pas » une société extérieure de certaines nations; mais » c'est les hommes dispersés par tout l'univers , » qui ont les mêmes sentiments sur l'Evangile, qui » ont le même Christ, le même Esprit-Saint, et les » mômes sacrements'. » Et encore plus expressément un peu après : « Nous n'avons pas rêvé que » l'Eglise soit la cité de Platon, (qu'on ne trouve » point sur la terre) : nous disons que l'Eglise » existe; qu'il y a de vrais croyants, et de vrais i> justes répandus par tout l'univers : nous y ajou- » tons les marques , l'Evangile pur, et les sacre- » ments; et c'est une telle Eglise qui est proprement » la colonne de la vérité'*. Voilà donc toujours sans difficulté une Eglise três-réellement existante, trèsréellement visible, où l'on prêche très-réellement la sainte doctrine, et où très-réellement on administre comme il faut les sacrements : car ajoute-t-on, le royaume de Jésus-Christ ne peut subsister qu'avec la parole et les sacrements'^ : en sorte qu'où ils ne sont pas , il n'y a point d'Eglise.
VIII. Comment on ajustait cette doctrine arec la nécessité de la réformation. — On disait bien en même temps qu'il s'était coulé dans l'Eglise beaucoup de traditions humaines par lesquelles la saine doctrine et la droite administration des sacrements étaient altérées; et c'était ce qu'on voulait réformer. Mais si ces traditions humaines étaient passées en dogmes dans l'Eglise , où était donc cette pureté de la prédication et de la doctrine, sans laquelle elle ne pouvait subsister? Il fallait ici pallier la chose; et c'est pourquoi on disait, comme on a vu°, qu'on ne voulait point combattre l'Eglise catliolique, ou même l'Eglise romaine, ni soutenir les opinions que l'Eglise avait condamnées; qu'il s'agissait seulement de quelque peu d'abus , qui s'étaient introduits dans les Eglises sans aucune autorité certaine; et qu'il no fallait pas prendre pour docirine de l'Eglise romaine ce qu'approuvaient le Pape, quelques cardinaux, quelques évêques et quelques moines.
A entendre ainsi parler les luthériens, il pourrait sembler qu'ils n'attaquaient pas les dogmes reçus , mais quelques opinions particulières et quelques abus introduits sans autorité. Cela ne s'accordait guère avec ces reproches sanglants de sacrilège et d'idolâtrie dont on remplissait tout l'univers, et s'accordait encore moins avec la rupture ouverte. Mais le fait est constant : et par ces douces paroles
1. ApoL, lit. de Eccl., p. 114. —2. Iilem.p. 115, na. — 3. Ibid. — 4. Ibid.s p. 148. — 5. Ibid., p. 15(5. — G. Ci -dessus, liv. m , n. 59.
HISTOIRR DES VARIATIONS.
011 iàcli;iit do rcniôtlicr à l'inconvénient de roconiiuili'c lie la corruplion dans les dogmes de ri'Iglise, après avoir l'ail entrer dans son essence la jiure prédication de la vérité.
IX. La perpéluelle visibilité confirmée, dans les ariidcs de Smalcalde , par les pruinesses de Je'sus- Chrisl. — Cette ininuitabilité et la perpétuelle durée de la saine doctrine étaient appuyées, dans les articles de Smalcalde, souscrits de tout le parti lulliôricn , sur ces paroles de Notre Seigneur : Sur celle pierre je bâtirai mon Eglise, c'est-à-dire, disait-on, sur le minislère de la profession que Pierre avait faite'. Il y fallait donc la prédication, et la véritable prédication , sans laquelle on reconnaissait que l'Eglise ne pouvait subsister.
X. La Confession saxonique, où l'on commence à marquer la difficulté , sans se départir néanmoins de la doctrine précédente. — Pendant que nous en sommes sur la doctrine des Eglises luthériennes , la Confession saxonique qu'on sait être de Mélanchton se présente à nous. On y reconnaît qu'il y a toujours quelque Eglise véritable; « que les pro- » messes de Dieu (qui en a promis la durée) sont «immuables; qu'on ne parle point de l'Eglise » comme d'une idée de Platon, mais qu'on montre » une Eglise qu'on voit et qu'on écoule; qu'elle est » visible en cette vie, et que c'est l'assemblée qui » embrasse l'Evangile de Jésus-Christ, et qui a le » véritable usage des sacrements, où Dieu opère « efTicacement par le ministère de l'Eglise, et où » plusieurs sont régénérés-. »
On ajoute qu'elle peut être réduile à un petit nombre ; mais qu'enlin il y a toujours un reste de fidèles, dont la voix se fait entendre sur la terre; et que Dieu de temps en temps renouvelle le ministère. Il veut dire qu'il le purifie ; car, qu'il cesse un seul moment, la définition de l'Eglise, qui, comme on venait de le dire, ne peut être sans le ministère , ne le soulTre pas; et l'on ajoute aussitôt après, que « Dieu veut que le ministère de l'E- » vangile soit |)ublic : il ne veut pas que la prédi- » cation soit renfermée dans les ténèbres, mais » qu'elle soit entendue de tout le genre humain; » il veut qu'il y ail des assemblées où elle résonne, » et où son nom soit loué et invoqué'. »
Voilà donc toujours l'Eglise visible. Il est vrai qu'on commence à voir la difficulté, lorsqu'on dit qu'elle est réduite à un petit nombre; mais au fond les luthériens ne sont pas moins empochés à montrer, dans leurs sentiments, une petite société qu'une grande lorsf[ue Luther vint au monde; et cependant sans cela il n'y a ni ministère ni Eglise.
XI. Doctrine de la Confession de Wirtemberg, et la perpétuelle visibilité toujours défendue. — La Confession do Wirtemberg, dont Brence a été l'auleur, ne dégénère pas de cette doctrine, puisqu'elle reconnaît « une Eglise si bien gouvernée par le » Saint-Esprit, que quoique faible elle demeure » toujours; qu'elle juge de la doctrine; et qu'elle » est où l'Evangile est sincèrement prêché, et où » les sacrements sont administrés selon l'institution » de Jésus-Christ^. » La difficulté restait toujours de nous montrer une Eglise et une société de pas-
I./li-(. Smal. Concord., p. 3-15. — 2. Cap. de Eccl. Synt. Oen., II. part., p. 72. — 3. Cup. de Cœn., p. 72. — 4. Cap. de Eccl., ibid., p. 132.
leurs et de peuple où l'on trouvât la saine doctrine toujours conservée jusqu'au temps de Luther.
Le chapitre suivant raconte comme les conciles peuvent errer'; parce qu'encore que Jésus-Clirist ait promis à son Eglise la présence perpétuelle de son Saint-Esprit, néanmoins toute assemblée n'est j)as Eglise; et il peut arriver dans l'Eglise, comme dans les Etats politiques, que le plus grand nombre l'emporte sur le meilleur. C'est de quoi je ne veux pas disputer à présent : mais je demande toujours qu'on me montre une Eglise, petite ou grande, dans les sentiments de Luther avant sa venue.
XII. La Confession de Bohême. — La Confession de Bohème est approuvée par Luther. On y confesse « une Eglise sainte et catholif|ue qui comprend tous » les chrétiens dispersés par toute la terre, qui sont » assemblés par la prédication de l'Evangile dans » la foi de la Trinité et de Jésus-Christ : partout où » Jésus-Christ est prêché et reçu , partout où est la » parole et les sacrements selon la règle qu'il a » prescrite, là est l'Eglise^. » Ceux-là au moins savaient bien que, lorsqu'ils vinrent au monde, il n'y avait point dans l'univers d'Eglise de leur croyance; car ils en avaient été bien informés par les députés qu'ils avaient envoyés de tous côtés'. Cependant ils n'osaient dire que leur assemblée telle qu'elle était , petite ou grande , fût la sainte Eglise universelle; et ils disaient seulement, qu'elle en était un membre et une partie''. Mais enfin où étaient donc les autres parties? Il avait parcouru tous les coins du monde sans en apprendre aucune nouvelle : étrange extrémité de n'oser dire qu'on soit l'Eglise universelle, et d'oser encore moins dire qu'un trouve des frères et dos.compagnons de sa foi en quelque endroit que ce soit de l'univers!
Quoi qu'il en soit, voici les premiers qui semblent insinuer, dans une Confession de foi, que les vraies Eglises chrétiennes peuvent être séparées les unes des autres; puisqu'ils n'osent pas exclure de l'unité catholique les Eglises avec lesquelles ils savaient qu'ils n'avaient point de communion : ce que je prie qu'on remarque, parce que cette doctrine sera enfin le dernier refuge des protestants, comme nous verrons dans la suite.
XIII. la Confession de Strasbourg. — Nous avons vu sur l'Eglise la Confession des luthériens; l'autre liarti va paraître. La Confession de Strasbourg présentée comme on a vu à Charles V, en môme temps que celle d'Augsbourg, définit l'Eglise, « la société » de ceux qui se sont enrôlés dans la milice de » Jésus-Christ, parmi lesquels il se mêle beaucoup » d'hyjiocrites''. » Il n'y a nul doute qu'une telle société ne soit visible : qu'elle doive toujours durer en cet état de visibilité, la suite le fait ]iaraîlre, puisqu'on ajoute « que Jésus-Christ ne l'abandonne » jamais; que ceux qui ne l'écoutent pas doivent » être tenus pour païens et pour ])ublicains; qu'à » la vérité on ne peut pas voir par où elle est Eglise, » c'est-à-dire la foi; mais qu'elle se l'ait voir par » ses fruits, parmi lesquels on compte la confes- » sion de la vérité. »
Le cliaiiitre suivant explique que « l'Eglise étant » sur la terre dans la chair, Dieu veut aussi l'in-
1. Cap. Je Coiic, p.l3i. — 2. Art. S, ibid., p. 180. —3. Cidessua, liv. XI, n. 177. — 4. Art. S, p. 187. — 5. Co»A Argcnl., Cad. XV, deEccl. Synt. Gen., I. part., p. 191.