‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 406 sur 545 · LIVRE XV · texte numérisé non relu

LIVRE XV

VARIATIONS SUR L'ARTICLE DU SYMROLE

» siruiro par la parole exlérieure, et faire garder à » ses fidèles une société extérieure par le moyen » des sacrements'. » Il y a donc nécessairement pasteurs et peuple , et l'Eglise ne peut subsister sans ce ministère.

XIV. Deux Confessions de Belle. — La Confessioa de Rile en 1536 dit que « l'Eglise catholique est » le saint assemblage de tous les saints; et qu'en- » core qu'elle ne soit connue que de Dieu, toutefois » elle est vue, elle est connue, elle est construite » par les rits extérieurs établis de Dieu (c'est-à-dire » les sacrements), et par la publique et légitime » prédication de sa parole^ : » où l'on voit manifestement que sont compris les ministres légitimement appelés, par lesquels on ajoute aussi que Dieu se « fait connaître à ses tldèles, et leur administre la » rémission de leurs péchés. »

Dans une autre Confession de foi faite à RMe en 1532, « l'Eglise chrétienne est pareillement délinie » la société des saints , dont tous ceux qui conl'es- » sent Jésus-Christ sont citoyens : » ainsi la profession du christianisme y est essentielle.

XV. La Confession helm'tique de 1 566 , et la perpétuelle nsibilité très-bien établie. — Pendant que nous parlons des confessions helvétiques, celle de 1566, qui est la grande et la solennelle, définit encore l'Eglise « qui a toujours été, qui est, et qui » sera toujours l'assemblée des fidèles et des saints » qui connaissent Dieu, et le servent par la parole » et le Saint-Esprit'. » Il n'y a donc pas seulement le lien intérieur, qui est le Saint-Esprit; mais encore l'extérieur, qui est la parole et la prédication : c'est pourquoi on dit ensuite que la le'gitime et véritable prédication en est la marque principale, à laquelle il faut ajouter les sacrements comme il les a inslitués''. D'où l'on conclut que les Eglises qui sont privées de ces marques, « quoiqu'elles » vantent la succession de leurs évèques , leur unité » et leur ancienneté, sont éloignées de la vraie » Eglise de Jésus-Christ; et qu'il n'y a point de » salut hors de l'Eglise, non plus que hors de l'ar- » che : si l'on veut avoir la vie , il ne se faut point » séparer de la vraie Eglise de Jésus-Christ^. »

Je demande qu'on remarque ces paroles, qui seront d'une grande conséquence, quand il faudra venir aux dernières réponses des ministres : mais en attendant remarquons qu'on ne peut pas enseigner plus clairement que l'Eglise est toujours visible, et qu'elle est nécessairement composée de pasleurs et de peuple, que le fait ici la confession helvétique.

XVI. Commencement de variation. L'Eglise i7iinsible commence à paraître. — Mais comme on était contraint, selon ces idées, à trouver toujours une Eglise et un ministère où la vérité du christianisme se fût conservée, l'embarras n'était pas petit; parce que, quoi qu'on pût dire, on sentait bien qu'il n'y avait ni grande ni petite église composée de pasteurs et de peuple, où l'on put montrer la foi qu'on voulait faire passer pour la seule vraiment chrétienne. On est donc contraint d'ajouter que » Dieu a eu des amis hors du peuple d'Israël; que » durant la captivité de Babylone, le peuple a été » privé de sacrifice soixante ans; que par un juste

1. Cap. XVI.— 2. rdem, art. 14, 15. —3. Cap. xvii; Ibid.p. 31. — 4. Cap. xvii. idem, p. 33. — 5. Ibid., p. 34.

» jugement de Dieu la vérité de sa parole et de son >' culte et la foi catholique sont quelquefois telle- » ment obscurcis qu'il semble presque qu'ils soient » éteints, et qu'il ne reste plus d'Eglise comme il » est arrivé du temps d'Hélie , et en d'aulres temps : » de sorte qu'on peut appeler l'Eglise invisible; » non que les hommes dont elle est composée le » soient, mais parce qu'elle est souvent cachée à Il nos yeux , et que connue de Dieu seul elle échappe » à la vue des hommes. » Voilà le dogme de l'Eglise invisible aussi clairement établi que le dogme de l'Eglise visible l'avait été , c'est-à-dire que la Réforme, frappée d'abord de la vraie idée de l'Eglise, la définit de manière que sa visibilité est de son essence; mais qu'elle est jetée dans d'autres idées par l'impossibilité de trouver une Eglise toujours visible de sa croyance.

XVII. L'Eglise invisible pourquoi inventée : aveu du ministre Jurieu. — Que ce soit cet inévitable embarras qui ait jeté les Eglises calviniennes dans cette chimère d'Eglise invisible, on n'en pourra douter après avoir entendu M. Jurieu. « Ce qui a » porté, dit-il', quelques docteurs réformés » (il devait dire, ce qui a porté des Eglises entières de la Reforme dans leurs propres Confessions de foi) « à se jeter dans l'embarras où ils se sont engagés » en niant que la visibilité de l'Eglise fût perpé- » tuelle, c'est qu'ils ont cru qu'en avouant que » l'Eglise est toujours visible, ils auraient eu peine » à répondre à la question que l'Eglise romaine » nous fait si souvent : Où était notre Eglise il y a 1) cent cinquante ans? Si l'Eglise est toujours visi- » ble , votre Eglise calvinienne et luthérienne n'est » pas la véritable Eglise; car elle n'était pas visi- » ble. » C'est avouer nettement la cause de l'embarras où ces Eglises se sont engagées : lui qui prétend avoir raffiné n'en sortira pas mieux, comme on verra : mais continuons à voir l'embarras des Eglises mêmes.

XVIII. Confession Belgique , et suite de l'embarras. — La Confession belgique imite manifestement l'helvétique, puisqu'elle dit que « l'Eglise » catholique ou universelle est l'assemblée de tous » les fidèles; qu'elle a été, qu'elle est, et qu'elle » sera éternellement, à cause que Jésus-Christ son » roi éternel ne peut pas être sans sujets; encore » que pour quelque temps elle paraisse petite , et » COMME ÉTEINTE à la vuc dcs hommcs , comme du 1) temps d'Achah et de ces sept mille qui n'avaient » point fléchi le genou devant Baal-. »

On ne laisse pas d'ajouter après', « que l'Eglise » est l'assemblée des élus, hors de laquelle nul ne » peut être sauvé; qu'il n'est pas permis de s'en » retirer, ni de demeurer seul à part; mais (|u'il » faut s'unir à l'Eglise , et se soumettre à sa disci- » pline ; » qu'on la peut voir et connaître « par la » pure prédication , la droite administration des sa- » crements^, » et une bonne discipline; « et c'est, » dit-on, par-là qu'on peut discerner certainement » celte vraie Eglise dont il n'est pas permis de se » séparer. »

Il semble donc d'un coté qu'ils veulent dire qu'on la peut toujours bien connaître, puisqu'elle a de si claires marques; et qu'il n'est jamais permis de

1. Stjst., p. 226. — 2. Art. 27, Idem , p. HO. — 3. Ibid., art. 2S. — 4. Ibid., art. 29.

Alf)

HISTOIRE DES VARIATIONS

s'en sl^pa^er. Et d'autre part , si nous les pressons de nous montrer une Eglise de leur croyance, pour petite qu'elle soit, toujours visible, ils se préparent une ccliappatoirc, en recourant à celte Eglise qui ne parait pas , encore qu'ils n'osent pas trancher le mol, ni assurer absolument qu'elle est éteinte, mais seulement ([u'clle parait comme éleinlc.

XIX. L'Eijlisc anglicane. — L'Eglise anglicane parle ambigunient. « L'Eglise visible, dit-elle', est » l'assemblée des lidcles, où la pure parole de Dieu » est préchée , et oii les sacrements sont adminis- » 1res selon l'institution de Jésus-Christ, » c'est-àdire qu'elle est ainsi quand elle est visible; mais ce n'est pas dire qu'elle soit toujours visible. Ce qu'on ajoute n'est pas plus clair : « comme l'Eglise » de Jérusalem , celles d'Alexandrie et d'Anlioche » ont erré, l'Eglise romaine a aussi erré dans la » doctrine. » Savoir si en infectant ces grandes Eglises, qui étaient comme les mères de toutes les autres, l'erreur a pu gagner partout, en sorte que la profession de la vérité fut éteinte par toute la terre : on a mieux aimé n'en dire mot que de s'exposer d'un côté à un horrible inconvénient, en disant qu'il ne restât plus aucune Eglise où la vérité fût confessée; ou de l'autre, en reconnaissant que cela ne se peut , être obligé de chercher ce qu'on sait ne point trouver, c'est-à-dire une Eglise de sa croyance toujours subsistante.

XX. Confession d'Ecosse, et manifesle contradiction. — Dans la Confession d'Ecosse, l'Eglise calholique est définie la société de tous les élus : on dit qu'elle est invisible et connue de Dieu seulement, qui seul connaît ses élus-. On ajoute que la vraie Eglise a pour -marque la prédication et les sacrements^ ; que partout où sont ces marques , quand il n'y aurait que deux ou trois hommes, là est l'Eglise de Jésus-Christ au milieu de laquelle il est selon sa promesse : « ce qu'on entend , poursuit-on , non de » l'Eglise universelle dont on vient de parler, mais » de l'Eglise particulière d'Ephèse, de Gorinthe, et » ainsi des autres, où le ministère avait été planté a par saint Paul » : chose étrange! de faire dire à Jésus-Christ que le ministère puisse être où il n'y a que deux ou trois hommes! Mais il fallait bien en venir là; car de trouver une seule Eglise de sa croyance, où il y eut un ministère réglé comme à Ephèse ou à Gorinthe , toujours subsistant , on en perdait l'espérance.

XXI. Catéchisme des prétendus réformés de France. — J'ai réservé la Confession des prétendus réformés de France pour la dernière, non-seulement à cause de l'intérêt particulier que je dois prendre à ma patrie , mais encore à cause que c'est en France que les prétendus réformés ont cherché depuis très-longtemps avec le plus de soin le dénouement de cette dilllculté.

Commençons par le catéchisme où dans le dimanche XV, sur cet article du Symbole : Je crois l'Eglise catholique, on enseigne que ce nom lui est donné « pour signifier que comme il n'y a qu'un » chef des tidèles, ainsi tous doivent être unis en » un corps; tellement qu'il n'y a pas plusieurs )i Eglises, mais une seule, laquelle est épandue par » tout le monde. » Gomment l'Eglise luthérienne

1. Si/«(., <irt. 19, p. 1U3. — 2. Iricm, an. 16, de Ecc.,]i. Ils. — 3. Art. 18, p. 119.

OU calvinienne était épandue })ar tout le monde, lorsqu'à peine on la connaissait en quelque coin; et comment on peut trouver en tout temps et dans tout le monde des Eglises de celte croyance : c'est où était la difliculté. ()n l'a vue, et on la prévient dans le dimanche suivant, où après avoir demandé si cette Eglise se peut cunnallre autrement qu'en la croyant, on répond ainsi : « Il y a bien l'Eglise de » Dieu visible, selon qu'il nous a donné des en- » soignes pour la connaître; mais ici (c'est dans » le Symbole), il est parlé proprement de la com- » pagnie de ceux que Dieu a élus pour les sauver, » laquelle ne se peut pas pleinement voir à l'œil. »

XXII. Suite, où l'embarras parait. L'Eglise du Symbole à la fin reconnue pour visible. — On semble dire deux choses ; la première, qu'il n'est point parlé d'Eglise visible dans le Symbole des apôtres; la seconde, qu'au défaut d'une telle Eglise qu'on puisse montrer visiblement dans sa croyance, il suffira d'avoir son refuge à celle Eglise invisible qu'on ne peut pas pleinement voir à l'œil. Mais la suite met un obstacle aux deux points de cette doctrine, puisqu'on y enseigne « que nul n'oblient » pardon de ses péchés , que premièrement il ne » soit incorporé au temple de Dieu, et persévère en » unité et communion avec le corps de Christ, et » ainsi qu'il soit membre de l'Eglise » : d'où l'on conclut que « hors de l'Eglise il n'y a que damnation » et mort; et que tous ceux qui se séparent do la » communion des tidèles, pour faire secte à pari, » ne doivent espérer salul, cependant qu'ils sont en » division. » Assurément faire secte à part, c'est rompre les liens extérieurs de l'unité de l'Eglise : on suppose donc que l'Eglise avec laquelle il faut être en communion pour avoir la rémission de ses péchés, a une double liaison, l'interne et l'externe, et que toutes les deux sont nécessaires premièrement au salut, el ensuite à l'intelligence de l'article du Symbole touchant l'Eglise catholique : de sorte que cette Eglise confessée dans le Symbole, est visible el reconnaissable dans son extérieur : c'est pourquoi aussi on n'a osé dire qu'on ne pouvait pas la voir, mais qu'on ne pouvait pas la yo'w jjleinement, c'est-à-dire dans ce qu'elle a d'intérieur : chose dont personne ne dispute.

XXIII. Sentiment de Calvin. — Toutes ces idées du catéchisme étaient prises de Calvin qui l'a composé : car en expliquant l'article : Je crois l'Eglise catholique, il distingue l'Eglise visible d'avec l'invisible connue de Dieu seul, qui est la société de tous les élus ' ; et il semble vouloir dire que c'est de celle-là qu'il est parlé dans le Symbole : Encore, dit-iP, que cet article regarde en quelque façon l'Eglise externe , comme si c'étaient deux Eglises, et qu'au contraire ce ne fût pas un fait constant que la môme Eglise, qui est invisible dans ses dons intérieurs, se déclare par les sacrements et par la profession de sa foi. Mais c'est (pi'on tremble toujours dans la réforme , lorsqu'il s'agit de reconnaître la visibilité de l'Eglise.

XXIV. Confession de foi des calvinistes de France. — On agit plus naturellement dans la confession de foi ; et il a été démontré ailleurs^ qu'on n'y connaît d'autre Eglise que celle qui est visible. Le fait est

I. lnstit.,lib. IV, c. I, n. 2. — 2. Idem, n. 3, — 3. Conf. avec M. Claude, n. i, inil.

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