LIVRE XV
VARIATIONS SUR L'ARTICLE DU SYMBOLE
Jemeui'é pour constanl, comme on verra dans la suile. Aussi n'y avait-il rien qui put être moins disputé; car depuis l'article xxv , où cette matière commence, jusqu'à l'article xxxu, où elle finit, on suppose toujours constamment l'Eglise visible, et dès l'article xxv , on pose pour fondement que l'Eglise ne peut consister, sinon qu'il y ail des pasteurs qui aient la charge d'enseigner. C'est donc une chose absolument nécessaire; et ceux qui s'opposent à cette doctrine sont détestés comme fantastiques. D'où on conclut, dans l'article xxvi, que nul ne se doit retirer à part, et se contenter de sa personne; de sorte qu'il est nécessaire d'être lié extérieurement avec quelque Eglise : vérité inculquée partout sans qu'il y paraisse un seul mot de l'Eglise invisible.
Il faut pourtant remarquer que dans l'article
XXVI, où il est dit , qu'il 7i'est pas permis de se retirer à part , ni de se contenter de sa personne, mais qu'il faut se ranger à quelque Église; on ajoute, et ce en quelque lieu où Dieu aura établi un vrai ordre d'Eglise; par où on laisse indécis, si l'on entend qu'un tel ordre subsiste toujours.
XXV. Suite, où la perpétuelle visibilité est toujours manifestenent supposée. — Dans l'article
XXVII, on avertit qu'il faut discerner avec soin quelle est la vraie Eglise : paroles qui font bien voir qu'on la suppose visible; et après avoir décidé que c'est la compagnie des vrais fidèles , on ajoute que parmi les fidèles il y a des hypocrites et des réprouvés dont la malice ne peut effacer le titre d'Eglise : où la visibilité de l'Eglise est de nouveau clairement supposée.
XXVI. L'Eglise romaine exclue du titre de craie Eglise par l'article xxviii de la confession de France. — Par les principes qu'on établit en l'article xxviii, l'Eglise romaine est exclue du titre de vraie Eglise; puisqu'aprés avoir posé ce fondement, « que là où >> la parole de Dieu n'est pas , et qu'on ne fait » nulle profession de s'assujélir à elle, où il n'y a » nul usage des sacrements, à parler proprement, » on ne peut juger qu'il y ait aucune Eglise » : on déclare que l'on « condamne les assemblées de la » papauté, vu que la pure vérité de Dieu en est » bannie, esquelles les sacrements sont corrompus, » abâtardis, falsifiés ou anéantis du tout, et es- » quelles toutes superstitions et idolâtries ont vo- » gue, s d'où l'on lire cette conséquence : « Nous » tenons donc que tous ceux qui se mêlent en tels » actes, et y communiquent, se séparent et se re- » tranchent du corps de Jésus-Cbrist. )>
On ne peut pas décider plus clairement qu'il n'y a point de salut dans la communion romaine. Et ce qu'on ajoute, qu'il y a encore parmi nous quelque trace d'Eglise, loin d'adoucir les expressions précédentes, les fortifie; puisque ce terme emporte plutôt un reste et un vestige d'une Eglise, qui ait autrefois passé par là, qu'une marque qu'elle y soit. Calvin l'entendait ainsi , puisqu'il assurait que la doctrine essentielle au christianisme y était entièrement oubliée'. Mais l'embarras de trouver la société où l'on pouvait servir Dieu avant la Réforme a fait éluder cet article de la manière que la suite nous fera paraître.