‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 409 sur 545 · I. Syn. de Gap, chap. de la Coiif. de fui · texte numérisé non relu

I. Syn. de Gap, chap. de la Coiif. de fui

HISTOIRE DKS VAUlATIitNS.

liel au dirisliunismc, i|u'il a mènic ôlc ùiioiicé dans le Symbole, l'idée d'Egliso invisible ne vint pas seulement dans l'esprit aux réformateurs; tant elle était éloignée du bon sens et peu naturelle. On s'avise pourtant dans la suite (lu'on en a besoin, parce qu'on ne peut trouver d'Eglise qui ait toujours visiblement persisté dans la croyance qu'on professe; et on cherche le remède à cette omission. Mais que dire? Que l'Eglise pouvait être entièrement invisible? C'était introduire dans la Confession de foi un songe si éloigné du bon sens, qu'il n'était pas seulement venu dans la pensée de ceux qui la dressèrent. On résolut donc à la lin de la laisser en son entier; et quatre ans après, en 1IJ07, dans le synode national de la Rochelle , après que toutes les provinces eurent bien examiné ce qui manquait à la Confession de foi , on conclut de ne rien ajouter ou diminuer aux articles xxv et xxix', qui étaient ceux où la visibilité de l'Eglise était la mieux exprimée, et de ne toucher de nouveau à la matière de l'Eglise.

XXIX. Vaine subtilité du ministre Claude pour éluder ces synodes. — M. Claude était le plus subtil de tous les hommes à éluder les décisions de son Eglise lorsqu'elles l'incommodaient : mais à cette fois il se moque trop visiblement; car il voudrait nous faire accroire que toute la difficulté que le synode de Gap trouvait dans la Confession de foi, c'est qu'il eût souhaité qu'au lieu de marquer seulement la partie militante et visible de l'Eglise universelle, on eût aussi marqué ses parties invisibles qui sont l'Eglise triomphante, et celle qui est encore à venir-. N'était-ce pas là en ellet une question bien importante et bien difficile pour la faire agiter dans tous les synodes et dans toutes les provinces, alin de la décider au prochain synode national? S'étaiton seulement jamais avisé d'émouvoir une question si frivole? Et pour croire qu'on s'en mit en peine, ne faudrait-il pas avoir oublié tout l'état des controverses depuis le commencement de la réforme prétendue? Mais M. Claude ne voulait pas avouer que l'embarras au synode était de ne trouver pas dans la Confession de foi l'Eglise invisible, pendant que son confrère M. Jurieu, en cela de meilleure foi, demeure d'accord qu'on croyait en avoir besoin dans le parti', pour répondre à sa demande où était l'Eglise.

XXX. Décision mémorable à laquelle on ne se lient pias du synode de Gap, sur la vocation extraordinaire. — Le même synode de Gap lit une importante décision sur l'article xxxi de la Confession de foi , ((ui parlait de la vocation extraordinaire des pasteurs; car la question étant proposée, « s'il était » expédient lorsqu'on traiterait de la vocation des » pasteurs qui ont réformé l'Eglise, de fonder l'au- » torité qu'ils ont eue de la réformer et d'enseigner, » sur la vocation qu'ils avaient tirée de l'Eglise «romaine; » la compagnie jugea « qu'il la faut » simplement rapporter selon l'article à la vocation » extraordinaire, par laquelle Dieu les a poussés » intérieurement à ce ministère, et non pas à. ce » peu qu'il leur restait de cette vocation ordinaire » corrompue. » Telle fut la décision du synode de Gap ; mais comme nous l'avons déjà remarqué sou-

1. Sijn. de 1,1 Roch., 1GU7. — 2. Rép. au dise, de M. de Cond., p. 22D. — 3. Ci-dessus, n. 17.

vent, on ne dit jamais bien la première fois dans la Réforme. Au lieu qu'elle ordonne ici ([u'on aura recours simplement à la vocation extraordinaire, le synode de la Rochelle dit ([u'oa y aura recours principalement. Mais on ne tiendra non |)îus à l'explication du synode de la Rochelle qu'à la détermination du synode de Gap; et tout le sens de l'article, si soigneusement expliqué par deux synodes, sera changé par deux ministres.

XXXI. Les ministres éludent le décret de la vocation extraordinaire. — Les ministres Claude et Jurieu n'ont plus voulu de la vocation extraordinaire, où Dieu envoie par lui-même : ni la Confession de foi, ni les synodes ne les étonnent : car comme au fond on ne se soucie dans la Réforme ni de Confession de foi ni de synode, et qu'on n'y répond (pie pour la forme, on se contente aussi des moindres évasions. M. Claude n'en manqua jamais. « Autre » chose, dit-il', est le droit d'enseigner et de faire » les fonctions de pasteur; autre est le droit de tra- » vailler à la réformation. » Quant au dernier, la vocation était extraordinaire, à cause des dons extraordinaires dont furent ornés les réformateurs^ : niais il n'y eut rien d'extraordinaire quant à la vocation au ministère de pasteur, puisque ces premiers pasteurs étaient établis par le peuple, dans lequel réside naturellement la source de l'autorité et de la vocation*.

XXXII. La vocation extraordinaire, posée dans la confession , et dans deux synodes nationaux , est abandonnée. — On ne pouvait plus grossièrement éluder l'article xxxi; car il est clair qu'il ne s'y agit en aucune sorte ni du travail extraordinaire de la Réforme, ni des rares (lualilés des réformateurs; mais simplement de la vocation pour gouverner l'Eglise, à laquelle il n'était pas permis de s'ingérer de soi-mcme. Or c'était à cet égard qu'on avait recours à la vocation extraordinaire : par conséquent c'était à l'égard des fonctions pastorales.

Le synode ne s'explique pas moins clairement : car sans songer seulement à distinguer le pouvoir de réformer et celui d'enseigner, qui en effet étaient si unis , puisque le même pouvoir qui autorise à enseigner, autorise aussi à réformer les abus : la question fut si le pouvoir, tant de réformer que celui d'enseigner, doit être fondé ou sur la vocation tirée de l'Eglise romaine , ou sur une commission extraordinaire immédiatement émanée de Dieu ; et on conclut pour ia dernière.

Mais il n'y avait plus moyen de la soutenir, puisqu'on n'en avait aucune marque, et que deux synodes n'avaient pu trouver autre chose , pour autoriser ces pasteurs extraordinairement envoyés, sinon qu'ils se disaient poussés intérieurement à leur ministère. — Les chefs des anabaptistes et des unitaires en disaient autant ; et il n'y a point de plus sur moyen pour introduire tous les fanatiques dans la charge de pasteur.

XX.XÏII. Etat présent de la controverse de l'Eglise ; combien important. — Voilà un beau champ ouvert aux catholiques : aussi ont-ils tellement pressé les arguments de l'Eglise et du ministère, que le désordre s'est mis dans le camp ennemi, et que le ministre Claude, après avoir poussé la subtilité plus

1. Déf. de In Ri-f., I. prirl.. ch. 4, et IV. part., ch. 4. — 2. Rép. à M. de Cond., p. 313, 333. — 3; Idem, p. 307, 313.

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