LIVRE XV. — VARIATIONS SUR L'ARTICLE DU SYMBOLE
n'est pas un si grand malheur de se convertir, puisque celui qui vante le plus nos idolâtries, et qui charge de plus d'opprobres et les convertisseurs et les convertis, demeure d'accord qu'ils peuvent être tous devrais chrétiens.
LX. Les Ethiopiens sauves en ajoutant laCirconcision aux sacrements de l'Eglise. — Il ne faut non plus qu'on exagère la hardiesse qu'on nous impute d'avoir d'un côté augmenté le nombre des sacrements, et de l'autre d'avoir mutilé la Gène, dont nous retranchons, dit-on, une espèce; car ce ministre décide que ce serait une cruauté de chasser de l'Eglise ceux qui admettent d'autres sacrements, que les deux qu'il prétend seuls institués de Jésus- Christ', c'est-à-dire le Baptême et la Cène; et loin de nous en exclure pour y avoir ajouté la Conlirmalion, l'Extrème-Onction , et les autres, il n'en exclut même pas les chrétiens Ethiopiens à qui il fait recevoir la Circoncision, non par une coutume politique , mais à titre de sacrement , encore que saint Paul ait dit : Si tous recevez la Circoncision , Jésus-Christ ne vous servira de rien'-.
LXI. Que la communion sous une espèce contient, selon les ministres, toute la substance du sacrement de l'Eucharistie. — Pour ce qui regarde la communion sous une espèce , il n'y a rien de plus ordinaire dans les écrits des ministres, et même de celui-ci , que de dire qu"en donnant ainsi le sacrement de l'Eucharistie , on en corrompt le fond et l'essence; ce qui est dire dans les sacrements, la même chose que si on ne les avait plus^. Mais il ne faut pas prendre ces discours au pied de la lettre ; car M. Claude nous a déjà dit qu'avant la Réformation, nos pères, qu'on ne communiait que sous une espèce , n'en avaient pas moins tous les aliments nécessaires sans soustracHon d'aucun''; et M. Jurieu dit encore plus clairement la même chose; puisqu'après avoir défini l'Eglise , « l'amas de » toutes les communions qui prêchent un même » Jésus-Christ, qui annoncent le môme salut, qui » donnent les mêmes sacrements en substance, et » qui enseignent la même doctrine'', » il nous compte manifestement dans cet amas de communions et dans l'Eglise; ce qui suppose nécessairement que nous donnons la substance de l'Eucharistie , et par conséquent que les deux espèces n'y sont pas essentielles. Que nos frères ne tardent donc plus à se ranger parmi nous de bonne foi; puisque leurs ministres leur ont levé le plus grand obstacle, et presque le seul qu'ils nous allèguent.
LXII. Les excès de la Confession de foi adoucis en notre faveur. — Il est vrai qu'il y parait une manifeste opposition entre ce Système et les Confessions de foi des Eglises protestantes; car les Confessions de foi donnent toutes unanimement deux seules marques de vraie Eglise , « la pure prédica- » lion de la parole de Dieu, et l'administration des » sacrements selon l'institution de Jésus-Christ^ : » c'est pourquoi la Confession de foi de nos prétendus réformés a conclu que dans l'Eglise romaine, d'où « la pure vérité de Dieu était bannie , et oii les » sacrements étaient corrompus ou anéantis du » tout , à proprement parler il n'y avait aucune
1. Sust., )J. 539, 548. — 2. Oal.. v. 2. — 3. S;/st., p. 5-4S. — ■1. Ci -dessus, n. 37, i'î. — 5. Syst-, p. 216. — fi. Préj. UgU., p. ii.
» Eglise'. » Mais notre ministre nous apprend qu'il ne faut pas prendre ces expressions à la rigueur-, c'est-à-dire qu'il y a beaucoup d'exagération et d'excès dans ce que la Réforme avance contre nous.
L.XIII. Que les deux marques de la vraie Eglise, que donnent les protestants , sont suffisamment parmi nous. — Il est pourtant curieux de voir comment le ministre se défendra de ces deux marques de la vraie Eglise, si solennelles dans tout le parti protestant. Il est vrai, dit-il', nous les posons : nous , c'est-à-dire , nous autres protestants : mais pour moi, « je tournerais, poursuit-il, la chose au- » tremcnt, et je dirais que pour connaître le corps » de l'Eglise chrétienne et universelle en général , » il ne faut qu'une marque; c'est la confession du » nom de Jésus-Christ le vrai Messie et le Rédemp- » teur du genre humain. ->
Ce n'est pas tout : car après avoir trouvé les marques du corps de l'Eglise universelle, « il faut » trouver celles de l'àme, afin qu'on puisse savoir » en quelle partie de cette Eglise Dieu se conserve » des élus''. » C'est ici, répond le ministre, qu'il faut « revenir à nos deux marques, la pure prédi- 1) cation et la pure administration des sacrements^. » Toutefois qu'on ne s'y trompe pas : il ne faut pas prendre cela dans un sens de rigueur. La prédication est assez pure pour sauver l'essence de l'Eglise, quand on conserve les vérités fondamentales, quelque erreur qu'on ajoute par-dessus : les sacrements sont assez purs, malgré les additions : ajoutons, suivant le principe que nous venons de voir, malgré les soustractions qui les gâtent; puisqu'au milieu de tout cela le fond subsiste, et que « Dieu applique à ses élus ce qu'il y a de bon, em- 1) péchant que ce qui est de l'institution humaine ne » leur nuise, et ne les perde. » Concluons donc avec le ministre, qu'il ne faut rien prendre à la rigueur de ce qui se dit sur ce sujet, dans la Confession de foi, et qu'au reste l'Eglise romaine (luthériens et calvinistes , calmez votre haine), l'Eglise romaine, dis-je, tant haïe et tant condamnée, malgré toutes vos Confessions de foi et tous vos reproches, peut se glorifier d'avoir eu un sens très-véritalde , et autant qu'il est nécessaire pour former les enfants de Dieu, la pure prédication de sa parole, et la droite administration des sacrements.
LXIV. La Confession de foi n'a plus d'autorité parmi les ministres. — Si l'on dit que ces bénignes interprétations des Confessions de foi en anéantissent le texte, et qu'en particulier, dire de l'Eglise romaine que la vérité en est bannie; que les sacrements y sont ou falsifiés, ou anéantis du tout, et enfin qu'à proprement parler, il n'y a plus aucune Eglise'^, sont choses bien différentes de ce qu'on vient d'entendre, je l'avoue : mais c'est qu'en un mot on a connu par expérience qu'il n'y a plus moyen de soutenir des Confessions de foi, c'est-àdire les fondements de la Réforme. Aussi est-il véritable que les ministres dans le fond, ne s'en soucient guère, et que ce n'est que par honneur qu'ils se mettent en tète d'y répondre; ce qui a fait inventer au ministre Jurieu les réponses qu'on vient de voir, plus honnêtes et plus ménagées que solides et sincères.
1. Art. 28, Ci-dessus, n. 26.-2. PféJ.,ibid^ — 3. nid., p. 23; Syst., p. 2U. — 4. Ibid. — 5. Préj., p. 25. — 6. Art. 28.
HISTOIRE DES VARIATIONS
LXV. I.e SYSTÈME chnnfjc le langaçie dot chrétiens , et en n'serve les idées, mnnc celles de la lit'forme. — Au rustc , pour soutenir ce nouvciiu syslrnie, il l'aul avoir un courage à l'éprouve do tout iiicoavônieiit, el ne se laisser cllrayer ci aucune nouvcaulé. Encore qu'on soit animé les uns contre les autres jusqu'aux cpées tirées, il faut dire qu'on n'est (ju'un nicnic corps avec Jésus-Christ. Si quelqu'un se révolte contre l'Eglise, el qu'il la scandalise par ses crimes ou par ses erreurs, on croit, en l'excommuniant, le retrancher du corps de l'Eglise en général; et c'est ainsi que les protestants ont parlé aussi bien que nous'; c'est une erreur : on ne retranche ce scandaleux et cet hérétique que d'un troupeau particulier; et il demeure, malgré qu'on en ait, membre de l'Eglise catholique par la seule profession du nom chrétien; quoique Jésus-Christ ai prononcé : Si quelqu'un n'écoute pas l'Eylise, tenezle, non pas comme un homme qui est retranché d'un troupeau particulier, et qui demeure dans le grand troupeau de l'Eglise en général ; mais tenezle comme un païen et un jmblicain-, comme un étranger du christianisme, comme un homme qui n'a plus de part avec le peuple de Dieu.
LXVI. Contrariété manifeste entre les idées du ministre sur l'excommunication , et celles de son Eglise. — Au reste ce qu'avance ici M. Jurieu est une opinion particulière, où il dément visiblement son Eglise. Un synode national a défini l'excommunication en ces termes : « Excommunier, dit-il , » c'est retrancher un homme du corps de l'Eglise » comme un mcmjire pourri, et le priver de sa com- » munion et de tous ses biens^. » Et dans la propre formule de l'excommunication on parle ainsi au peuple : « Nous ôtons ce membre pourri de la so- » ciélé des lidôles, alin qu'il vous soit comme païen 1) et péager". » M. Jurieu n'oublie rien pour embrouiller cette matière avec ses distinctions de sentence déclarative el de sentence juridique; de sentence qui retranche du corps de l'Eglise, et de sentence qui retranche seulement d'une confédération particulière*. On n'invente ces distinctions qu'alin qu'un lecteur se perde dans ces subtilités, cl ne puisse pas s'apercevoir qu'on ne lui dit rien. Car enfin on ne montrera jamais dans les Eglises prétendues réformées d'autre excommunication , d'autre séparation, d'autre retranchement que celui que je viens de rapporter; et on ne peut pas s'en éloigner plus expressément que fait M. .lurieu. Il prononce , et il le répète en cent endroits et en cent manières différentes, qu'on ne saurait chasser un homme de l'Eijlise universelle'^ ; el son Eglise dit au contraire que l'exconmiunié doit être regardé comme un païen cpii n'est plus rien au peuple de Dieu. M. Jurieu continue : « Toute excommunica- » lion se fait ]iar une lîglise particulière'; » et on voit que selon les règles de sa religion une Eglise Iiarliculière ôte un homme du corps de l'Eglise comme on fait un membre pourri, qui sans doute n'est plus attaché à aucune partie du corps après qu'il en est retranché.
E.W'II. Les Confessions de foi sont des conventions arbitraires. — Voyons néanmoins encore ce que
1. Ail. 28. ci-dessus, n. 15. — 2. Maltli., xviii. 17. — 1). //. Si/n. lie Par. 1565, — i. Discip.,ch. 5, art. 17, p. lOÎ. —j. Syst., l. Il, c.'i. —6. Sijst., p. 2-1, etc. —7. Idem.
c'est que ces Eglises particulières el ces troupeaux particuliers dont il prétend qu'on est retranché par l'excommunication. Le ministre s'en explique par ce principe : « Tous les différents troupeaux n'ont » pas d'autre liaison externe que celle qui se fail » par voie de confédération volontaire el arbi- » traire, » telle qu'était celle « des Eglises chré- » tiennes dans le troisième siècle , à cause qu'elles » se trouvèrent unies sous un même prince tempo- » rel'. » Ainsi dès le troisième siècle, où l'Eglise était encore saine et dans sa pureté , selon le ministre, les Eglises n'étaient liées que par une confédération arbitraire, ou, comme il l'appelle ailleurs, par accident-. Quoi donc t ceux qui n'étaient pas sujets de l'empire Romain, ces chrétiens répandus dès le temps de saint Irénée, et môme dès le temps de saint Justin parmi les Rarbares et les Scythes, n'étaienl-ils dans aucune liaison extérieure avec les autres Eglises, el n'avaient-ils pas droit d'y communier? Ce n'est pas ainsi qu'on nous avait expliqué la fraternité chrétienne. Tout orlliodoxe a droit de communier dans une Eglise orthodoxe ; tout catholique , c'esl-à-dire tout membre de l'Eglise universelle, dans toute l'Eglise. Tous ceux qui portent la marque d'enfants de Dieu ont droit d'être admis partout où ils voient la table de leur commun Père , pourvu que leurs mœurs soient approuvées : mais on vient troubler ce bel ordre ; on n'est plus en société que par accident ; la fraternité chrétienne est changée en confédérations arbitraires, que l'on étend plus ou moins à sa volonté, selon les diverses Confessions de foi dont on est convenu'. Ces Confessions de foi sont des traités où l'on met ce que l'on veut. Les uns y ont mis qu'ils enseigneraient les vérités de la grâce , comme elles ont été expliquées par saint Augustin'', el c'est, dit-on, les Eglises prétendues réformées : il n'est pas vrai, il n'y a rien moins que saint Augustin dans leur doctrine; mais enlin il leur plait de le dire ainsi. Il n'est pas permis à ceux-là d'être semi-pèlagicns ; et les Suisses aussi bien que ceux de Genève, les retrancheraient de leur communion'^. Mais pour ceux qui n'ont pas fail une semblable convention, ils seront seml-pôlagiens, si bon leur semble. Rien plus , ceux qui sont entrés dans la confédération de Genève el dans celle des prétendus réformés où l'on se croit obligé de soutenir la grâce de saint Augustin, peuvent se départir de l'accord"; mais il faut aussi qu'ils trouvent bon qu'on les sépare d'mie confédération dont ils auront violé les lois : et ce qu'on tolérait partout ailleurs, on ne le peut plus tolérer dans les troupeaux où l'on avait fait d'autres conventions.
LXVIII. L'indépendantisme établi contre le décret de Charenton. — Mais ces gens qui rompent l'accord de la Réforme calvinienne, ou de quelque autre semblable confédération , que deviendront-ils '/ El seront-ils obligés de se confédérer avec quelque autre Eglise ? Point du tout. « Il n'est nuUenienl » nécessaire, quand on se sépare d'une Eglise, » d'en trouver une autre à laquelle on adhère'. » Je vois bien qu'on est forcé de le dire ainsi , parce qu'autrement on ne pourrait excuser les Eglises protestantes , qui, en se séparant de l'Eglise romaine,
1. Piéj., p. 0; Si/st.,p. 24(5, etc., 251,282. 209, .WS, .557. — 2. Idem, p. 283. — 3. Syst., p. 25-1. —4. Idem. — 5. Ibid., p. 49. —6. Ibid., p. 254. — ". Liv. m, c. \5,p. 547.