Prtj.,p. 29.- 2. Luc
Dim. 17.
XI, 17. — 3. Cal. des Prêt, nef.,
nous parle du schisme de Jéroboam comme d'une action détestable, qui a commencé par une révolte'; qui s'est soutenue par une idolâtrie formelle, et en adorant des veaux d'or; qui a fait quitter jusqu'à l'arche; enfin qui a l'ait renoncer à la loi de Moïse, à Aaron , au sacerdoce, et à tout le ministère lévitique , pour conserver un faux sacerdoce aux dieux étrangers et aux démons-. Et toutefois il faut dire que ces schismatiques, ces hérétiques, ces déserteurs de la loi, ces idolâtres , faisaient partie du peuple de Dieu. Les sept mille que Dieu s'était réservés, et le reste de l'élection dans Israël, adhéraient au schisme'. Les prophètes du Seigneur communiquaient avec ces schismatiques et ces idolâtres , et rompaient avec Judas , où était le lieu que Dieu avait choisi; et un schisme si qualifié ne devait pas être compté parmi les péchés qui détruisent la grâce''. Si cela est, toute l'Ecriture ne sera plus qu'une illusion et que l'exagération la plus outrée qui se trouve dans tout le langage humain. Mais enfin , que faut-il dire aux passages qu'allègue M. Jurieu? Tout, plutôt que d'avouer un si grand excès, et de mettre des idolâtres publics dans la société des enfants de Dieu; car ce n'est pas ici le lieu d'approfondir davantage celle matière.
LXXVIII. L'Eglise du temps des Apôtres est accusée de schisme et d'hérésie. — L'Eglise chrétienne ne se sauve non plus des mains du ministre que l'Eglise judaïque : il l'attaque dans son fort et dans sa fieur, et jusque dans ces bienheureux temps où elle était gouvernée par les Apôtres. Car, selon lui^, les Juifs convertis (c'est-à-dire la plus grande partie de l'Eglise, puisqu'il y en avait tant de milliers selon la parole de saint Jacques", et constamment la plus noble , puisqu'elle comprenait ceux sur lesquels les autres étaient entés, la tige, la racine sainte d'où la bonne sève de l'olivier était découlée sur les sauvageons'), étaienthérétiques et schismatiques, coupables même d'une hérésie dont saint Paul a dit qu'elle anéantissait la grâce, et ne laissait rien à espérer de Jésus-Christ*. Le reste de l'Eglise, c'est-à-dire ceux qui venaient des Gentils, participaient au schisme et à l'hérésie, en y consentant, et en reconnaissant comme saints et comme frères en Jésus-Christ ceux qui avaient dans l'esprit une si étrange hérésie, et dans le cœur une jalousie si criminelle; et les apôtres eux-mêmes étaient les ])lus hérétiques et les plus schismatiques de tous , puisqu'ils connivaient à de tels crimes et à de telles erreurs. Telle est l'idée qu'on nous donne de l'Eglise chrétienne sous les Apôtres, lorsque le sang de Jésus-Christ était, pour ainsi dire, encore tout chaud, sa doctrine toute fraîche, l'esprit du christianisme encore dans toute sa force. Quelle idée auront les impies, de la suite de l'Eglise, si ces commencements tant vantés , sont fondés sur l'hérésie et sur le schisme, et qu'il faille étendre la corruption jusqu'à ceux qui avaient les prémices de l'esprit?
LXXIX. Que selon le ministre on se peut sauver jusque dans la communion des sociniens. — Il semblait que notre ministre voulait du moins exclure les sociniens de la société du peuple de Dieu,
1. ///. Xe']., m. 12; //. Par., it. 13. — 2. //. Pari., xi. 15. — 3. S>/sl., Un. I , c. 13. — 4. Idem, ch. xx, p. 153. — 5. Ibid., ch. XIV, cft. XXI, p. 167. — 6. Acl., XXI. 20. — 7. Rom., xi. 17 elc. — S. Si/H., ibid., ch. xx,p. 187; Gai., v. 2, 4.
HISTi^IUE DES VAIUATIONS.
puisqu'il a dit si souvent qu'ils attaquaient dircclenient les vérités l'ondanicntales , et que les sociétés d'où on les Otc, sont des sociétés mortes, qui ne peuvent donner à Dieu des enfants'. Mais tout cela n'élail qu'un Taux semblant , et le minisire méprisait en soncieur ceux qui s'y laisseraient surprendre.
En elVet, le ]irincipe fondamental de sa doctrine, c'est que jamais « la parole de Dieu n'est prcchôe I) dans nu pays, que Dieu ne lui donne efficace à » l'égard de quelques-uns -. » Gomme donc trèsconstamment la parole de Dieu est prcchée parmi les sociniens, le minisire conclut très-bien, selon ses principes , » que si le socinianisme se fiit au- » laiil réiiandu que l'est, par exemple, le papisme, » Dieu aurait aussi trouvé les moyens d'y nourrir » ses élus , et de les empêcher de participer aux » hérésies mortelles de cette secte; comme aulre- » fois il trouvait bien moyen de conserver dans l'a- » rlanismc un nombre d'élus et de bonnes âmes, » qui se garantirent de l'hérésie des ariens. »
Que si les sociniens dans l'état où ils se trouvent maintenant ne peuvent pas contenir les élus de Dieu, ce n'est pas à cause de leur perverse doctrine; c'est que « comme ils ne font point nombre dans le » monde ; qu'ils y sont dispersés sans y faire figure ; 1) qu'en la plupart des lieux ils n'ont point d'assem- » blée, il n'est pas nécessaire de supposer que Dieu » y sauve personne. » Cependant, puisqu'il est constant que les sociniens ont eu des Eglises en Pologne, et qu'ils en ont encore aujourd'hui en Transylvanie, on pourrait demander au ministre quelle quantité il en faut pour faire figure. Mais quoi qu'il en soit, selon lui, il ne tient qu'aux princes de donner des enfants de Dieu à toutes les sociétés quelles qu'elles soient, en leur donnant des assemblées, si le diable achève son œuvre, si en prenant les hommes par le penchant des sens , et en répandant par ce moyen les sociniens dans le monde, il trouve encore le moyen de leur procurer un exercice plus libre et plus étendu, il forcera Jésus-Christ à, y former ses élus.
LXXX. Par les principes du ministre, on pourrait être saucé dans la communion extérieure des Mahométans et des Juifs. — Le ministre répondra sans doute, que s'il dit qu'on se peut sauver dans la communion des sociniens , ce n'est pas par voie de tolérance, mais par voie de discernement et de séparation; c'est-à-dire que ce n'est pas en présupposant que Dieu tolère le socinianisme, comme il fait les autres sectes qui ont conservé les fondements; mais au contraire en présupposant que ces associés des sociniens , en discerna-nt le bon d'avec le mauvais dans la prédication de celte secte, en rejetteront les blasphèmes dans leur cœur, encore qu'à l'extérieur ils demeurent unis avec elle.
Mais, de quelque sorte qu'il le prenne, sa réponse n'est pas moins pleine d'impiété. Car premièrement il n'est point d'accord avec lui-même sur la tolérance de ceux qui nient la divinité du Fils de Dieu, puisqu'il étend cette tolérance jusqu'aux ariens : « Damner, dit-il'', tous ces chrétiens innombrables » qui vivaient sous la communion externe de l'aria- » nisme, dont les uns en détestaient les dogmes, les
1. Préj. Iég.,p. i,5, etc., Si/st., p. 1-17, 149, etc. —2. Préj. lijri.,p. 16; Sy$t., t. !,ch. \\\,p. 9S. 102. cap. XIX, p. 149, t'(c. ai. XX, p. 153, etc. — 3. Préj., p. 22.
» autres les ignoraient, les autres les toléuaient en )) ESPRIT DE PAIX, les aulrcs étaient retenus dans le » silence par la crainte et par l'autorité : damner, » dis-je, tous ces gens-là, c'est une opinion de » bourreau, et qui est digne de la cruauté du pa- » pisme. » Ainsi la miséricorde de M. Jurieu s'étend non-seulement jusqu'à ceux qui demeuraient dans la communion des ariens, parce qu'ils en ignoraient les sentiments, mais encore jusqu'à ceux qui les savaient; et non-seulement jusqu'à ceux (|ui en les sachant et les détestant dans leur cœur ne les blâmaient point par crainte, mais encore jusqu'à ceux qui les toléraient en esprit de paix; c'est-àdire, jusqu'à ceux qui jugeaient (|ue nier la divinité de Jésus-Christ était un dogme lolérable. Qui empêche donc qu'en esprit depaix on ne tolère encore les sociniens comme on tolère les autres, et qu'on n'étende sa charité jusqu'à les sauver?
Mais quand le ministre se repentirait d'avoir porté la tolérance jusqu'à cet excès , et que dans la communion des sociniens il ne voudrait sauver que ceux qui en détesteraient les sentiments dans leur cœur, sa doctrine n'en serait pas meilleure pour cela; puisqu'entui il faudrait toujours sauver ceux qui sachant le sentiment des sociniens, ne laisseraient pas de demeurer dans leur communion externe , c'est-à-dire de fréquenter leurs assemblées , de se joindre à leurs prières et à leur culte, et d'assister à leurs prédications avec un extérieur si semblable à celui des autres, qu'ils passassent pour être des leurs. Si cette dissimulation est permise, on ne sait plus ce que c'est que l'hypocrisie, ni ce que veut dire cette sentence : Retirez-vous des tabernacles des impies'.
Que si le ministre répond , que ceux qui fréquenteraient de cette sorte les assemblées des sociniens , dirigeraient leur intention de manière qu'ils ne participeraient qu'à ce qu'il y a de bon parmi eux, c'est-à-dire à l'unité de Dieu et à la mission de Jésus-Christ , c'est encore une plus grande absurdité; puisque rien n'empêche en ce sens, qu'on ne vive encore dans la communion des Juifs et des Mahométans : car il n'y aurait qu'à penser qu'on ne participe avec eux que dans la croyance de l'unité de Dieu , en détestant dans son cœur, sans en dire mot, ce (lu'ils ijrononcent contre Jésus-Christ; et si l'on dit que c'est assez pour être damné de faire son cnlte ordinaire d'une assemblée où Jésus-Christ est blasphémé, les sociniens, qui blasphèment sa divinité et tant d'autres de ses vérités, ne sont pas meilleurs.
LXXXI. La suite que le ministre donne à sa religion , lui est commune avec toutes les hérésies. — Telles sont les absurdités du nouveau système : on ne s'y jette pas volontairement, et on ne prend pas plaisir à se rendre soi-même ridicule en avançant de tels paradoxes. Mais c'est qu'un abîme en attire un autre : on ne tombe dans ces excès que pour sauver d'autres excès où l'on était déjà tombé. La Réforme était tombée dans l'excès de se séparer non-seulement de l'Eglise où elle avait reçu le baptême, mais encore de toutes les Eglises chrétiennes. Dans cet étal, pressée de répondre où était l'Eglise avant les réformateurs, elle ne pouvait tenir un langage constant; et rini(|iiilé se démentait elle-