‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 420 sur 545 · LIVRE XV. — VARIATIONS SUR L'ARTICLE DU SYMROLE · texte numérisé non relu

LIVRE XV. — VARIATIONS SUR L'ARTICLE DU SYMROLE

même. Enfin , n'en pouvant plus , et peu contente de toutes les réponses qu'on avait faites de nos jours , elle a cru cnlin se dégager, en disant que ce n'est point auxsocitlés particulières, aux luthériens, aux calvinistes, qu'il faut demander la suite visible de leur doctrine et de leurs pasteurs; qu'il est vrai qu'elles n'étaient pas encore formées il y a deux cents ans; mais que l'Eglise universelle dont ces sectes font partie, était visible dans les communions qui composaient le christianisme, les Grecs, les Abyssins, les Arméniens, les Latiiis' , et que c'est toute la succession dont on a besoin. Voilà le dernier refuge ; c'est là tout le dénouement. Mais toutes les sectes en diront autant, il en faut convenir. Il n'en est ni n'en fut jamais aucune, qui, à ne prendre en chacune que la profession commune du christianisme, ne trouve sa succession comme notre ministre a trouvé la sienne; de sorte que, pour donner une suite et une perpéluité toujours visible à son Eglise , il a fallu prodiguer la même grâce aux sociétés les plus nouvelles et les plus impies.

LXXXII. Le ministre dit en même temps le pour et le contre sur la perpétuelle risibilité de l'Eglise. — Le plus grand outrage qu'on puisse faire à la vérité, est de la connaître, et en même temps de l'abandonner, ou de raiïail)lir. M. Jurieu a reconnu de grandes vérités : Premièrement , que l'Eglise se prend ordinairement pour une société toujours vi- , sible; et je tais même, dit-il^, sur ce sujet, plus loin que M. de Meaux. A la bonne heure : ce que j'avais dit était sulTisant : mais puisqu'il nous en | veut donner davantage, je le reçois de sa main. j

Secondement , il convient qu'on ne peut nier que l'Eglise , laquelle le Symbole nous oblige de croire, ne soit une Eglise visible^.

C'en était assez pour démontrer la perpétuelle visibilité de l'Eglise; puisque ce qu'on croit dans le Symbole est d'une éternelle et immuable vérité. Mais afin qu'il demeure pour constant que cet article de noire foi est fondé sur une promesse expresse de Jésus-Christ , le ministre nous accorde encore que l'Eglise, à qui Jésus-Christ avait promis que l'enfer ne prévaudrait point contre elle, était « une Eglise confessante , une Eglise qui publie la » foi avec saint Pierre, une Eglise par conséquent » toujours extérieure et visible''; » ce qu'il pousse si avant, qu'il assure sans hésiter que celui « qui « aurait la foi sans la profession de la foi , ne serait » pas de l'Eglise''. »

C'est encore ce qui lui a fait dire, « qu'il est de » l'essence de l'Eglise chrétienne qu'elle ait un mi- » nistère". » Il approuve aussi bien que M. Claude que nous inférions de ces paroles de Notre Seigneur : Enseignez, baptisez, et je suis avec vous jusqu'à la fm des siècles'', « qu'il y aura toujours » des docteurs avec lesquels Jésus-Christ ensci- » gnera , et que la vraie prédication ne cessera » jamais dans l'Eglise*. » Il en dit autant des sacrements; et il demeure d'accord que « le lien des » chrétiens par les sacrements , est essentiel à l'E- » glise; qu'il n'y a point de véritable Eglise sans » sacrements'; » d'où il conclut qu'il en faut avoir

1. Si/st., tiv. I, c. 29, p. 22B; liv. m, c. 17. — 2. Idem, p. 215. — 3. Ibid., p. 217. — 4. Ibid., p. 215. — 5. Ibid., p. 2. — C. Sijst., liv. III, c. 15, p. 549, etc. — 7. MaUh., xx-vm. 19, 20. — 8. Idem, p. S28, 229. — 9. Pag. 539, 548.

l'essence et le fond pour être du corps de l'Eglise.

De tous ces passages exprès , le ministre conclut avec nous, que l'Eglise est toujours visible, nécessairement visible' ; et ce qu'il y a de plus remarquable, non-seulement selon le corps, mais encore selon l'âme, comme il parle; parce que, dit-il, « quand je vois les sociétés chrétiennes où la doc- » irine conforme à la parole de Dieu est conservée , » autant qu'il est nécessaire pour l'essence de l'E- » glise, je sais et je vois certainement qu'il y a là » des élus; puisque partout où sont les vérités » fondamentales , elles sont salutaires à quelques » gens. »

Après cette suite de doctrine, que le ministre confirme par tant de passages exprés , on croirait qu'il n'y a rien de mieux établi dans son esprit par les Ecritures , par les promesses de Jésus-Christ , par le Symbole des apôtres , que la perpétuelle visibilité de l'Eglise; et néanmoins il dit le contraire, non par conséquence , mais en termes formels ; puisqu'il dit en même temps que cette perpétuelle visijjilité de l'Eglise ne se prouve point par ces preuves qu'on appelle de droit^, c'est-à-dire par l'Ecriture, comme il l'explique, « qu'en supposant » que Dieu se conserve toujours un nombre de » fidèles cachés, une Eglise, pour ainsi dire sou- » terraine et inconnue à toute la terre : car une » Eglise cachée et inconnue est tout aussi bien le » corps de Jésus-Christ, son épouse et son royaume, )> qu'une Eglise connue; et enfin que les promesses » de Jésus-Christ demeureraient en leur entier, » quand l'Eglise serait tombée dans un si grand 1) obscurcissement, qu'on ne put marquer et dire , » là est la vraie Eglise, et là Dieu se conserve des » élus. »

Que devient donc cet aveu formel, que l'Eglise dans l'Ecriture, est toujours visible; que les promesses qu'elle a reçues de Jésus-Christ pour sa perpétuelle durée s'adressent à une Eglise visible , à une Eglise qui publie sa foi, à une Eglise qui a des élus et un ministère , à qui le ministère est essentiel, et qui n'est plus une Eglise, si la profession de la foi lui manque? Un n'en sait rien ; le ministre croit tout concilier, en nous disant que pour lui, à la vérité, il croit l'Eglise toujours visible, et qu'on peut prouver par l'histoire qu'elle l'a toujours été^. Qui ne voit où il en veut venir? C'est qu'en un mot, s'il arrive qu'un protestant soit forcé d'avouer selon sa croyance que l'Eglise ait cessé d'être visible , en tout cas il aura nié un fait; mais il n'aura pas renversé une promesse de Jésus- Christ. Mais c'est là trop grossièrement nous donner le change. Il ne s'agit pas de savoir si l'Eglise par bonheur a toujours duré jusqu'ici dans sa visibililé; mais si elle a des promesses d'y durer toujours : ni si M. Jurieu le croit; mais si M. Jurieu a écrit que tous les chrétiens sont obligés de le croire comme une vérité révélée de Dieu , et comme un article fondamental inséré dans le Symbole. Constamment il l'a écrit, nous l'avons vu : il le nie aussi clairement , nous le voyons ; et il continue à faire voir que la question de l'Eglise jette les minisires dans un tel désordre , qu'ils ne savent par où en sortir, et ne songent qu'à se laisser quelque échappatoire.

1. Préj.lég., <;.21,p. IS, 19,20. — 2. Idem, p. 21,22, rt<r., Si/sl., p. 221. — 3. Syst.,p. 125; Préj.,p. 22.

HISTOIRE DES VARIATIONS

LXXXIII. Dislimiion vaine entre lea erreurs. — Mais il 110 leur en reste aucun, pour peu (|u'ils suivent les principes qu'ils ont accordés : car si rCgliso est visible, el toujours visililo par la confession de la vérité; si Jésus-Christ a prorais qu'elle le serait éternellement : il est plus clair que le jour qu'il n'est permis en aucun moment de s'éloigner de sa doctrine; ce qui est dire en d'autres termes qu'elle est infaillible. La conséquence est trèsclaire, puisque s'éloigner de la doctrine de celle qui enseigne toujours la vérité, ce serait trop visiblement se déclarer ennemi de la vérité môme : encore une fois, il n'y a rien de plus clair ni do plus siaqile.

Voyons néanmoins par où les ministres ont tâché de parer ce coup. Jésus-Christ a promis, disent-ils, un ministère perpétuel ; mais non pas un ministère toujours pur : l'essence du ministère subsistera dans l'Eglise, parce qu'on gardera les fondements; mais ce qu'on ajoutera par-dessus y mettra de la corruption : ce qui fait dire à M. Claude que le ministère n'en viendra jamais à la soustraction d'une vérité fondamentale', telle qu'on la voit, par exemple, dans le sociiiianisme, où la divinité de Jésus-Christ est rejetée; mais qu'il n'y a pas un pareil inconvénient à corrompre par addition les vérités salutaires, comme on a fait dans l'Eglise romaine; parce que les fondements du salut subsistent toujours.

Selon les mêmes principes M. Jurieu demeure d'accord que Jésus-Christ a promis « qu'il y aurait » toujours des docteurs avec lesquels il cnseigne- » rait, el ainsi que la véritable prédication ne ces- » serait jamais dans son Eglise^; » mais il distingue : 11 y aura toujours des docteurs avec lesquels Jésus-Christ enseignera les vérités fondamentales; il l'avoue : mais que jamais il n'y ait d'erreur dans ce ministère, il le nie : de même, « la vraie prédication » ne cessera jamais dans l'Eglise : nous l'avouons, » répond-il ', si par la vraie prédication on entend j> une prédication qui annonce les vérités essentielles » et fondamentales : mais nous le nions, si par la » vraie prédication on entend une doctrine qui ne » renferme aucune erreur. »

LXXXIV. Un seul mot détruit ces subtilités. — Pour dissiper tous ces nuages, il n'y a qu'à demander en un mol à ces messieurs, où ils ont appris à restreindre les promesses de Jésus-Chrisl : celui qui est puissant pour empôclier les soustractions, pourquoi ne le sera-t-il pas pour empêcher les additions dangereuses? Quelle certitude a-t-on donc que la prétiication sera jibis pure el le ministère plus privilégié du côté de la soustraction que du côté de l'addition? La parole : Je suis arec vous'', marque une protection universelle à ceux avec qui Jésus- Christ enseigne. Si la durée du ministère extérieur el visible est un ouvrage humain, il peut également manquer de tous côtés : si parce que Jésus-Christ s'en nu'de selon ses promesses, on est assuré que la soustraction n'y a jamais régné; on n'cnlend plus comment l'addition y pourra régner plutôt.

LX.X.W. Etrange manière de sauver les promesses de Jésus-Christ. — Et certainement il n'est pas possible, en cunvonant, comme on fait, que Jésus- Christ a promis à son Eglise (jue la vérité y serait

1. Rép, au dise, de M. de Cond., p. 383 el suiv. — 2. Si/sl ., p. 228, 229. — 3. Idem. - 4. Malth., xxvin.20.

toujours annoncée, el qu'il serait éternellement avec les ministres de la même Eglise jiour enseigner avec eux, il n'est, dis-je, pas possible qu'il n'ait voulu dire que la vérité qu'il promettait d'y conserver serait pure el telle qu'il l'a révélée; n'y ayant rien de plus ridicule que de lui faire promettre qu'il enseignerait toujours la vérité avec ceux qui en retiendraient un fond qu'ils inonderaient de leurs erreurs, el même qu'ils détruiraient, comme on le suppose par la suite inévitable de leur doctrine.

En ellet , je laisse à juger aux protestants si ces magniliques promesses de rendre l'Eglise inébranlable dans la visible profession de la vérité , sont remplies dans l'étal que le ministre nous a représenté par ces paroles : « Nous disons que l'Eglise » esl perpétuellement visible; mais la plupart du » temps el PRESQUE toujours elle esl plus visible par » la corruption de ses mœurs , par l'addition de u ])lusieurs faux dogmes, par la déchéance de son » ministère, par ses erreurs et par ses supersti- » TiONS, que par les vérités qu'elle conserve'. » Si c'est une telle visibilité que Jésus-Christ a promise à son Eglise ; si c'est ainsi qu'il promet que la vérité y sera toujours enseignée^; il n'y a point de secte, quelque impie qu'elle soit, qui ne puisse se glorifier que la promesse de Jésus-Christ s'accomplit en elle : et si Jésus-Christ promet seulement d'enseigner avec tous ceux qui enseigneront quelque vérité, de quelque erreur qu'elle soit mêlée, il ne promet rien de plus à son Eglise qu'aux sociniens, aux déistes, aux athées mêmes; puisqu'il n'y en a guère de si perdu qui ne conserve quelque reste de la vôrilô.

LXXXVI. Le ministre dit que l'Eglise %i7iiverselle enseigne , et dit en même temps que l'Eglise universelle n'enseigne pas. — Il est maintenant aisé d'entendre ce que nous avons souvent avancé, que l'article du Symbole : Je crois l'Eglise catholique et universelle , emporte nécessairement la foi de son infaillibilité, el qu'il n'y a point de différence entre croire l'Eglise catholique, et croire à l'Eglise catholique, c'est-à-dire en approuver la doctrine.

Le ministre s'élève avec mépris contre ce raisonnement de M. de M eaux , et il y oppose deux réponses'. La première, que l'Eglise universelle n'enseigne rien; la seconde , que quand on supposerait qu'elle enseignerait la vérité, il ne s'ensuivrait pas qu'elle l'enseignât toute pure.

Mais il se contredit dans ces deux réponses : dans la première, en termes formels, comme on va voir; dans la seconde, par la conséquence évidente de SCS principes , comme on le verra dans la suite.

Ecoulons donc comme il parle dans sa première réponse. « L'Eglise universelle, dit-il'*, dont il est » parlé dans le Symbole, ne peut, à proprement » parler, ni enseigner, ni prêcher la vérité : » cl moi je lui jirouve le contraire par lui-même, puisqu'il avait dit deux pages auparavant que l'Eglise à laquelle Jésus-Christ promet une éternelle subsistance, en disant : Les portes d'enfer ne prévaudront point contre elle, i esl une Eglise confes- » saute, une Eglise qui publie la foi'' : » or celte Eglise est constamment l'Eglise universelle, et la même dont il est parlé dans le Symbole : donc l'E-

1. Préj. lég., p. 21. — 2. Mallli., XVI. 18. — 3. Syst., l. l, ch. 20, /). 217, 218. — 3. Pajf.SlS. -5. Puj/.SIS. ■

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