‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 421 sur 545 · LIVRE XV. — VARIATIONS SUR L'ARTICLE DU SYMBOLE · texte numérisé non relu

LIVRE XV. — VARIATIONS SUR L'ARTICLE DU SYMBOLE

glise universelle donl il est parlé dans le Symbole , confesse et publie la vérité; et le ministre ne peut plus nier, sans se démentir lui-même , que cette Eglise ne confesse, qu'elle n'enseigne, qu'elle ne prêche la vérité , si ce n'est que la publier et la confesser soit autre chose que la prêcher à tout l'univers.

LXXXV^II. Suite des conlradictions du ministre sur celte matière : Que l'Eglise universelle enseigne et juge. — Mais enfonçons davantage dans les sentiments du ministre sur cette importante matière. Ce qu'il répète le plus, ce qu'il presse le plus vivement dans son Système, c'est que l'Eglise universelle n'enseigne rien, ne décide rien, n'a jamais rendu, ne rendra jamais, et ne pourra jamais rendre aucun jugement; el qu'enseigner, décider, juger, c'est le propre des Eglises particulières'.

Mais cette doctrine est si fausse , que pour la trouver convaincue d'erreur, il ne faut que continuer la lecture des endroits où elle est établie; car voici ce qu'on y trouvera. « Les communions sub- » sislantes, et qui font figure , sont les Grecs , les » Latins , les Protestants , les Abyssins , les Armé- » niens , les Nestoriens , les Russes. Je dis que le » consentement de toutes ces communions à EiNsei- » GNER certaines vérités, est une espèce de Jugement » et de Jugement infaillible^. » Ces communions enseignent donc : et puisque ces communions , selon lui, sont l'Eglise universelle, il ne peut nier que l'Eglise universelle n'enseigne : il ne peut non plus nier qu'elle ne juge en un certain sens; puisqu'il lui attribue une espèce de jugement , qui no peut rien être de moins qu'un sentiment déclaré. Voilà donc, du consentement du ministre, un sentiment déclaré, et encore un sentiment infaillible de l'Eglise qu'il appelle universelle.

LXXXNTII. Que de l'aveu du tninistre , le sentiment de l'Eglise est une règle certaine de la foi dans les matières les plus essentielles. — Il poursuit : « Quand le consentement de l'Eglise universelle est » général dans tous les siècles, aussi bien que dans » toutes les communions , alors je soutiens que » ce consentement unanime fait une démonstra- » tion'. »

Ce n'est pas assez : cette démonstration est fondée sur l'assistance perpétuelle que Dieu doit, selon lui, à son Eglise : « Dieu, dit-il'', ne saurait » permettre que de grandes sociétés chrétiennes se » trouvent engagées dans des erreurs mortelles, et » qu'elles y persévèrent longtemps. » Et un peu après ; « Est-il apparent que Dieu ait abandonné » l'Eglise universelle à ce point, que toutes les » communions unanimement dans tous les siècles , » aient renoncé des vérités de la dernière impor- » tance? »

De là il suit clairement que le sentiment do l'Eglise universelle est une règle certaine de la foi ; et le ministre en fait l'application aux deux disputes les plus importantes qui puissent être, selon luimême , parmi les chrétiens. La première est celle des sociniens, qui comprend tant de points essentiels : et sur cela, « on ne peut, dit-il^, regarder » que comme une témérité prodigieuse et une mar- » que certaine de réprobation l'audace des Soci-

1. Sysl.,p. 6, 218, 233, 23-i, 235. — 2. Idem, p. 236. — 3. Ibid., p. 237. — 4. Ibid. — 5. Ibid.

«niens, qui, dans les articles de la divinité de » Jésus-Christ, de la Trinité des personnes, de la » rédemption, de la satisfaction, du péché originel, » de la création, de la grâce , de l'immortalité de » l'âme, et de l'éternité des peines, se sont éloignés » du sentiment de toute l'Eglise universelle. » Elle a donc, encore un coup, un sentiment, celte Eglise universelle : son sentiment emporte avec soi une infaillible condamnation des erreurs qui y sont contraires, et sert de règle pour la décision de tous les articles qu'on vient de voir.

Il y a encore une autre matière où ce sentiment sert de règle : « Je crois que c'est encore ici la » RÈGLE LA PLUS SÛRE pour juger quels sont les » points fondamentaux , et les distinguer de ceux » qui ne le sont pas; question si épineuse et si dif- » licite à résoudre : c'est que tout ce que les chré- » liens ont cru unanimement et croient encore par- » tout, est fondamental et nécessaire au salut. »

LXXXIX. Que celle règle, selon le ministre, est sûre, claire et suffisante, et que la foi quelle produit n'est pas aveugle ni déraisonnable. — Cette règle n'est pas seulement assurée et claire, mais encore très-sulTisante; puisque le ministre, après avoir dit que la discussion des textes, des versions, des interprétations de l'Ecriture, et même la lecture de ce divin livre n'est pas nécessaire au fidèle pour former sa foi, conclut enfin « qu'une simple femme 1) qui aura appris le Symbole des apôtres, et qui » l'entendra dans le sens de l'Eglise universelle (en » gardant d'ailleurs les commandements de Dieu) » sera peut-être dans une voie plus sûre que les » savants qui disputent avec tant de capacité sur la » diversité des versions'. »

Il y a donc des moyens aisés pour connaître ce que croit l'Eglise universelle, puisque celle connaissance peut venir jusqu'à une simple femme. Il y a de la sûreté dans celte connaissance, puisque celte simple femme se repose dessus : il y a enfin une entière sufTisance, puisque cette femme n'a rien à rechercher davantage, et que, pleinement instruite sur la foi, elle n'a plus à songer qu'à bien vivre. Cette croyance n'est ni aveugle ni déraisonnable, puisqu'elle se fonde sur des principes clairs et sûrs, et qu'en elTet quand on est faible, comme nous le sommes tous, la souveraine raison est de savoir à qui il faut se fier.

XC. Qu'on ne peut plus nous objecter -que suivre l'autorité de l'Eglise, c'est suivre les hommes. — Mais poussons encore plus loin ce raisonnement. Ce qui, en matière de foi, fait une certitude absolue, une certitude de démonstration , et la meilleure règle pour décider les vérités, doit être clairement fundé sur la parole de Dieu. Or est-il que celle espèce d'infaillibilité, que le minisire attribue à l'Eglise universelle, emporte une certitude absolue et une certitude de démonstration ; et c'est la plus sûre règle pour décider les vérités les plus essentielles et à la fois les plus épineuses : elle est donc clairement fondée sur la parole de Dieu.

Lors donc que dorénavant nous presserons les protestants par l'autorité de l'Eglise universelle , s'ils nous objectent que nous suivons l'autorité et les traditions des hommes , leur ministre les confondra en leur disant avec nous, que suivre l'E-

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