‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 422 sur 545 · Si/st., t. III, c 4, p · texte numérisé non relu

Si/st., t. III, c 4, p

HISTOIRE DES VARIATIONS

glise universelle, ce n'est pas suivre les hommes, mais Dieu même qui l'assiste par son Esprit.

.\(JI. Que l'idée ([ue le ministre se forme de l'Enlise unicerselle , nelon lui-même, ne s'arxorde pas (irec les sentiments de l'Eglise universelle. — Si le ministre répond rpic nous ne gagnons rien jiar cet aveu, puis(|ue l'Eglise où il rceonnait cette inl'aillii)ilité n'est pas la notre, et que toutes les communions chrétiennes entrent dans la notion qu'il nous donne de l'Eglise : il n'en sera pas moins confondu par ses propres principes; puisqu'il vient de mettre parmi les conditions de la vraie foi, qu'il faut entendre le Symbole dans le sens de l'Eglise universelle. Il faut donc entendre en ce sens, l'article du Symbole où il est parlé de l'Eglise universelle ellemême. Or est-il que l'Eglise universelle n'a jamais cru que l'Eglise universelle fût l'amas de toutes les sectes chrétiennes : le ministre ne trouve point cette notion dans tous'les lieux, ni dans tous les temps ; il est au contraire demeuré d'accord que la notion qui réduit l'Eglise à une parfaite unité, en excluant de sa communion toutes les sectes, est de tous les siècles, et mémo des trois premiers' : il l'a vue dans les deux conciles dont il reçoit les Symboles, c'est-à-dire , dans celui de Nicée et dans celui de Constanlinople. Ce n'est donc point en ce sens, mais au notre, que la simple femme, qu'il fait marcher si sûrement dans la voie du salut, doit entendre dans le Symbole , le mot d'Eglise universelle; et quand cette bonne femme dit qu'elle y croit, elle est obligée de regarder une certaine communion que Dieu aura distinguée de toutes les autres, et qui ne contient en son unité, que les orthodoxes : communion qui sera le vrai royaume de Jésus-Christ parfaitement uni en soi-même, et opposé au royaume de Satan , dont le caractère est la désunion 2, comme on a vu.

XGII. Que le ministre condamne son Eglise par les caractères qu il a donnés à l'Eglise universelle. — One si le ministre croit se sauver en répondant (|ue quand nous aurions prouvé qu'il y a une communion de cette sorte, nous n'aurions encore rien fait; puisqu'il nous resterait à prouver que cette communion est la nôtre : j'avoue qu'il y aurait encore quelques pas à faire avant que d'en venir Jusque-là : mais en attendant que nous le fassions, et (jue nous forcions les ministres à les faire selon ses principes, nous trouvons déjà dans ses principes, de quoi rejeter son Eglise. Car lorsqu'il nous a donné pour règle ce que l'Eglise universelle croit partout unanimement, de peur de comprendre les socinieiis dans cette Eglise universelle dont il leur opposait l'autorité , il a réduit l'Eglise aux communions qui sont anciennes et étendues'-', en excluant les sectes qui n'ont ni l'un ni l'autre de ces avantages, et qui pour cette raison ne pouvaient être appelées ni communions , ni communions chrétiennes. Voilà donc deux grands caractères que doit avoir, selon lui, une communion, pour mériter d'être appelée chrétienne, l'antiquité et V étendue : or est-il (lu'il est bien constant tiue les Eglises di^ la Réforme n'étaient au commencement ni anciennes ni étendues, non plus que celles des sociniens et des autres que le ministre rejette : elles n'étaient

1. Ci-devant dans ce mémo livre , n. 71 /r( suii'. — 2. Taic, NI, 17. — n. SyH.,1. M, c. I, P.23S.

donc ni Eglises, ni communions : mais si elles ne l'étaient pas alors, elles ne l'ont pu devenir depuis; elles ne le sont donc pas encore, et, selon les règles du ministre, on n'en peut trop tôt sortir.

XGIII. Que tous les moyens du ministre pour défendre ses Eglises leur sont communs avec celles des sociniens et des autres sectaires que la Réforme rejette. — Il ne sert de rien de répondre que ces Eglises avaient leurs prédécesseurs dans ces grandes sociétés qui étaient auparavant, et qui conservaient les vérités fondamentales; car il ne lient qu'aux sociniens d'en dire autant. Le ministre les presse en vain par ces paroles ; « Que ces gens nous montrent » une communion qui ait enseigné leur dogme. » Pour trouver la succession de leur doctrine , ils » commencent par un Cérinthus; ils continuent par » un Artémon , par un Paul de Samosate , par un » Photin, et autres gens semblables, qui n'ont jamais » assemblé en un quatre mille personnes, qui n'ont » jamais eu de communion, et ont été l'abomination » de toute l'Eglise '. » Quand le ministre les presse ainsi, il a raison dans le fond ; mais il n'a pas raison selon ses principes , puisque les sociniens lui diront toujours que le seul fondement du salut, c'est de croire un seul Dieu et un seul Christ médiateur; que c'est l'unité de ces dogmes où tout le monde convient, qui fait l'unité de l'Eglise; que les dogmes surajoutés peuvent bien faire des confédérations particulières , mais non pas un autre corps d'Eglise universelle; que leur foi a subsisté et subsiste encore dans toutes les sociétés chrétiennes; qu'ils peuvent vivre parmi les calvinistes comme les prétendus élus des calvinistes vivaient dans l'Eglise romaine avant Calvin ; qu'ils ne sont non plus obligés à montrer, ni à compter leurs prédécesseurs, que les luthériens ou les calvinistes; qu'il n'est pas vrai qu'ils aient été l'abomination de toute l'Eglise, puisqu'outre qu'ils en étaient, toute l'Eglise n'a jamais pu s'assembler contre eux; que toute l'Eglise n'enseigne rien, ne décide rien, ne déteste rien ; que toutes ces fonctions n'appartiennent qu'aux Eglises particulières ; qu'on a tort de leur reprocher la clandestinité, ou plutôt la nullité de leurs assemblées; que celles des luthériens ou des calvinistes n'étaient pas d'une autre nature au coramuncement ; qu'à cet exemple ils s'assemblent lorsqu'ils le peuvent , et où ils en ont la liberté; que si d'autres l'ont arrachée par des guerres sanglantes, leur cause n'en est pas meilleure; et qu'en quelque sorte qu'on obtienne du prince ou du magistrat une telle grâce, soit par négociation, ou par force, y attacher le salut , c'est faire dépendre le christianisme de la politique.

XCIV. Abrégé des raisonnements précédents. — Apres les grandes avances que le ministre vient de faire, |iour peu qu'il voulût s'entendre lui-même, il serait bientôt de notre avis. Le sentiment de l'Eglise universelle, c'est une règle; c'est une règle certaine contre les sociniens : il faut donc pouvoir montrer une Eglise universelle où les sociniens ne soient pas compris. Ce qui les en exclut , c'est le défaut d'étendue et de succession : il faut donc leur pouvoir montrer une succession ipi'iis ne puissent trouver parmi eux : or ils y trouvent manifestement la môme succession dont les calvinistes se vantent,

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