LIVRE XV. — VARIATIONS SUR L'ARTICLE DU SYMBOLE
point, et avec exprès désaveu de leurs erreurs enregistrées, à peine d'être retranchés de l'Eglise ' ?
Est-ce là un jugement dans un sens impropre, et plus étendu, et non pas un jugement en toute rigueur? Et que les synodes aient usé de ce pouvoir, nous l'avons vu dans l'aflairc de Piscator^, où l'on obligea de souscrire au formulaire qui condamnait sa doctrine : nous l'avons vu dans l'affaire d'Arminius , et dans la souscription qui fut exigée aux canons du synode de Dordrecht; et tous les registres de nos réformés sont pleins de souscriptions semblables.
C.VII. Les souscriptions improuvées par le ministre, malgré la pratique de ses Eglises. — A cela M. Jurieu n'a trouvé d'autre remède que de dire , « que lorsqu'un synode termine des controverses » qui ne sont pas importantes, il ne doit jamais » obliger les parties condamnées à souscrire et à » croire ses décisions^ ; » mais cela est contre les termes exprès de la Discipline, qui « oblige à ac- » quiescer de point en point, et avec exprès désaveu » des erreurs enregistrées, à peine d'être retranché » de l'Eglise; » ce que M. Jurieu entend lui-môme « des controverses moins importantes qui ne dé- » Iruisent ni ne blessent le fondement ''. »
CVIII. Evasion du ministre. — Il ne restait plus que de dire que retrancher de l'Eglise , en cet endroit, c'est seulement retrancher d'une confédération arbitraire , contre les paroles expresses de la Discipline, qui, expliquant ce retranchement dans le même chapitre , n'en connaît point d'autre que celui qui retranche du corps un memlire pourri , et le renvoie avec les païens, comme nous avons déjà vu''.
CIX. L'infaillibilité de l'Eglise prouvée par les principes du ministre. — Il n'est donc que trop visible que ce ministre a changé les maximes de la secte. Rétablissons-les maintenant , et joignons-les aux principes du ministre, nous trouverons clairement l'infaillibilité reconnue. Par les principes du minisire , si les conciles étaient juges dans les matières de la foi, ils seraient infaillibles^ : or, par les principes de son Eglise, ils sont juges' : il faut donc que le ministre condamne ou lui-môme, ou son Eglise, s'il n'avoue l'infaillibilité des conciles, du moins de ceux où se trouve la dernière et finale résolution : mais quand il aurait ôté aux pasteurs assemblés le titre de juges pour ne leur laisser que celui d'experts , les conciles n'en demeureront que mieux autorisés par sa doctrine; puisqu'il n'y a point d'homme de bon sens qui ne se tint pour le moins aussi téméraire de résister au sentiment de tous les experts, qu'à une sentence de tous les juges.
ex. Etrange parole du ministre, qui veut cfu'on sacrifie la vérité à la paix. — Il n'est pas moins embarrassé des lettres de soumission que les députés de tous les synodes provinciaux devaient porter au national en bonne forme , et en ces termes : « Nous promettons devant Dieu de nous soumettre » à tout ce qui sera conclu et résolu dans votre sainte » assemblée, persuadés que nous sommes que Dieu » y présidera, et vous conduira par son Saint-Es-
1. Discip., c. 5, art. 32, p. 114. — 2. Ci-dessus, liv. xii. — 3. Syst.,p. 306. —4. Idem, p. 270. — 5. Ibid.,p. 269; Discip., art. 17. —0. Ci-dessus, n. 105 —7. iV. 106, etsuiv.
» prit en toute vérité et équité par la règle de sa » parole'. » Les dernières paroles démontrent qu'il s'agissait de religion; et on ne sait plus ce que c'est que d'être juges, et encore juges souverains, si des gens à qui on fait un tel serment ne le sont pas. Nous avons montré ailleurs- qu'on l'exigeait en toute rigueur; que plusieurs provinces furent censurées pour avoir fait ditTiculté de se soumettre fHa clause d' approbation , de soumission et d'obéissance; et qu'on était obligé à la faire en propres termes à tout ce qui serait conclu et arrêté, sans condition ou modification. Ces paroles sont si pressantes , qu'après s'être longtemps tourmenté à les expliquer, M. Jurieu à la fin en vient à dire qu'o7i promet cette soumission sous les règlements de discipline qui regardent des choses indifférentes^, ou en tout cas sur des controverses moins importantes, qui ne détruisent, ni ne blessent le fondement de la foi; de sorte, conclut-il, « qu'il n'est pas étrange » qu'en ces sortes de choses on rende au synode » une entière soumission; parce que dans les con- » Iroverses qui ne sont pas de la dernière impor- » tance , on doit sacrifier des vérités au bien de la » paix. »
Sacrifier des vérités, et des vérités révélées de Dieu : ou l'on ne s'entend pas, ou l'on blasphème. Sacrifier ces célestes vérités; si c'est-à-dire les renoncer, et en souscrire la condamnation, c'est le blasphème. Il n'y a aucune vérité révélée de Dieu qui ne mérite qu'on se sacrifie pour elle, loin de les sacrifier elles-mêmes. Mais peut-être que les sacrifier, c'est se taire. L'expression est bien violente. Passons néanmoins, pourvu qu'on se contente de notre silence : mais le synode viendra ap)rès sa dernière et finale résolution vous presser, en vertu de la discipline et de votre propre serment , à acquiescer de point en j^oint, et avec exprès désaveu de votre opinion bien enregistrée, afin qu'il n'y ait point d'équivoques, à peine d'être retranché du peuple de Dieu, et tenu pour un païen. Que ferezvous, si vous ne savez faire céder votre jugement à celui de l'Eglise? Certainement ou vous souscrirez, et vous trahirez votre conscience, ou bientôt vous serez tout seul toute votre Eglise.
CXI. La Confession de foi toujours remise en question dans tous les synodes. — Au reste, quand le ministre nous dit que les points de controverse que l'on soumet au synode ne sont pas ceux qui sont contenus dans la Confession de foi'', il ne songe pas combien de fois on a voulu la changer dans des articles importants pour complaire aux lulhériens. Bien plus, il a oublié la coutume de tous les synodes , où le premier point qu'on met en délibération est toujours, en relisant la Confession de foi, d'examiner s'il n'y a rien à y corriger. Le fait a été posé , et n'a pas été nié par M. Claude^; et d'ailleurs il est constant par les actes de tous les synodes. Qui s'étonnera maintenant qu'on ait tout changé dans la nouvelle Réforme, puisqu'après tant de livres et tant de synodes, ils en sont encore tous les jours à délibérer sur leur foi?