CXII. La faible œnstitution de la Réforme oblige
I. Discip.. p. U-l. — 2. Expos., n. 19; Caii/". avec M. Claud,t , H. 1,3. — 3. Sysl.,p. 270, 271. — 1, Idem. — 5. Réfîex. sur un écrit de M. Claude, n, x.
enfui les mhiistresà changer leur dogme principal, qui est la necessilii de l Kcrilure. — Muis rien ne fera mieux voir lu faible constitution de leur Eglise que le cliaugeuieal (jue je vais raconter. Il n'y a rien de plus essentiel ni déplus fondamental iiarmi eux, que d'obliger chacun à former sa foi sur la lecture de l'Ecriture. Mais une seule demande qu'on leur a faite à la lin, les a lires de ce principe. On leur a donc demandé quelle était la foi de ceux qui n'avaient encore ni lu ni ouï lire l'Ecriture sainte, et qui allaient commencer cette lecture. Il n'en a pas fallu davantage pour les jeter dans un désordre manifeste. De dire qu'en cet état on n'ait point de foi , avec quelle disposition et dans quel esprit liral-on donc l'Ecriture sainte? Mais si on dit (|u'on en ait , où l'a-t-on prise"? Tout ce qu'on a eu à répondre, c'est que « la doctrine chrétienne prise en » son tout, se fait sentir elle-même : que pour faire » faire un acte de foi sur la divinité de l'Ecriture, » il n'est pas nécessaire de l'avoir lue; qu'il suflit » d'avoir lu un sommaire de la doctrine chrétienne » sans entrer dans le détail'; que les peuples qui » n'avaient pas l'Ecriture sainte ne laissaient pas » de pouvoir cire bons chrétiens; que la doctrine » de l'Evangile fait sentir sa divinité aux simples , » indépendamment du livre où elle est contenue; » que quand môme cette doctrine serait mêlée à des » inutilités et à des choses peu divines, la doctrine « pure et céleste qui y serait mêlée se ferait pour- 1) tant sentir; que la conscience goûte la vérité, et » qu'ensuite le lidéle croit qu'un tel livre est cano- » nique, à cause qu'il y a trouvé les vérités qui le » louchent; en un mol, qu'on sent la vérité comme » on sent la lumière quand on la voit, la chaleur » quand on est auprès du feu, le doux et l'amer 1) quand on en mange-. »
CXIII. Ce n'est plus sur l'Ecriture qu'on forme sa foi. — (J'étail autrefois un embarras inexplicable aux ministres de répondre à celte demande : S'il faut former sa foi sur les Ecritures, faut-il en avoir lu tous les livres? Et s'il suflit d'en avoir lu quelques-uns, quels sont les privilégiés qu'il faille lire plutôt que les autres, pour former sa foi? Mais on s'est tiré de peine en disant qu'on n'a pas même besoin d'en lire aucun; el on est allé si avant, qu'on fait former sa croyance à un fidèle sans qu'il sache quels sont les livres inspirés de Dieu.
CXIV. Le peuple n'a plus besoin de discerner les licres apocryphes d'avec les canoniques. — On s'étail trop engagé dans la Confession de foi, lorsqu'on avait dit, en parlant des livres divins, « qu'on les » connaissait pour canoniques , non tant par le » consentement de l'Eglise , que par le témoignage « el persuasion intérieure du Sainl-Esprit'. » Il parait que les ministres sentent maintenant {|ue c'est là une illusion , et qu'en effet il n'y avait aucune apparence que les (idoles avec leur goût intérieur, el sans le secours de la Tradition, fussent capables de discerner le Cantique des cantiques d'avec un livre profane , ou de sentir la divinité des premiers chapitres de la Genèse, el ainsi des autres. Aussi établit-on maintenant que l'examen de la question des livres apocrijphes n'est pas nécessaire au peuple''. M. Jurieu a fait un chapitre exprès
1 . S!/sl.,p. 428. — 2. lU'jm, p. 453 et suiv. — 3. Confess,, art. 4. — 4. Syst., l. m, c. 2, p. 452.
pour le prouver', el sans qu'il soit besoin de se tourmenter ni des canoniques, ni des apiicry|)hes , ni de texte, ni de version, ni de discuter l'Ecriture, ni de la lire, les vérités chrétiennes , pourvu qu'on les nielle ensemble, se font sentir par elles-mêmes comme on sent le froid et le chaud.
GXV. Importance de ce changement. — M. Jurieu dit tout cela; el ce qu'il y a de plus remarquable est qu'il ne le dit qu'après M. Claude ^ : el puisque ces deux ministres onl concouru ensemble dans ce point, c'est-à-dire, qu'il n'y avait pour le parti que ce seul refuge; arrêtons-nous un moment pour considérer d'où ils sont partis , et où ils viennent. Les ministres établissaient autrefois la foi par les Ecritures : ils composent maintenant la foi sans les Ecritures. On disait dans la Confession de foi , en parlant de l'Ecriture, que toutes choses doivent être examinées, réglées et réformées selon elle^ : maintenant ce n'esl pas le sentiment qu'on a des choses , qui doit être éprouvé par l'Ecriture, mais l'Ecriture elle-même n'esl connue ni sentie pour Ecriture que par le sentiment qu'on a des choses avant que de connaître les saints livres; et la religion esl formée sans eux.
C.XVI. Fanatisme manifeste. — On regardait , et avec raison , comme un fanatisme et comme un moyen de tromper, ce témoignage du Sainl-Espril qu'on croyait avoir sur les saints livres pour les discerner d'avec les autres ; parce que ce témoignage n'étant attaché à aucune preuve positive, il n'y avait personne qui ne pût ou s'en vanter sans raison, ou même se l'imaginer sans fondement. Mais maintenant voici bien pis : au lieu qu'on disait autrefois : Voyons ce qui est écrit, et puis nous croirons; ce qui était du moins commencer par quelque chose de positif et par un fait constant : maintenant on commence par sentir les choses en elles-mêmes comme on sent le froid et le chaud , le doux et l'amer; et Dieu sait quand on vient après à lire l'Ecriture sainte en cette disposition, avec quelle facilité on la tourne à ce qu'on tient déjà pour aussi certain que ce qu'on a vu de ses deux yeux et louché de ses deux mains.
CXVII. Ni les miracles , ni les prophéties , ni les Ecritures, ni la Tradition ne sont nécessaires pour autoriser et déclarer la révélation. — Selon cette présupposilion que les vérités nécessaires au salut se font sentir par elles-mêmes, Jésus-Christ n'avait besoin ni de miracles, ni de prophéties : Moïse en aurait été cru quand la mer Rouge ne se serait pas ouverte, quand le rocher n'aurait pas jeté des torrents d'eaux au premier coup de la baguette : il n'y avait qu'à proposer l'Evangile ou la Loi. Les Pères de Nicée et d'Ephêse n'avaient non plus qu'à proposer la Trinité et l'Incarnation, pourvu ([u'ils les proposassent avec tous les autres mystères : la recherche de l'Ecriture et de la Tradition , qu'ils ont faite avec tant de soin, ne leur était pas nécessaire ; à la seule j)roposition de la vérité, la grâce la persuaderait à tous les fidèles : Dieu inspire loul ce qu'il lui plaît, à qui lui plaît, et l'inspiration foule seule peut tout.
C.WIII. La grâce nécessaire à produire la foi, pourquoi attachée à certains moyens extérieurs et
1. Si/sl., l. III, ch. 2, 3. — 2. Uéf. de la Réf., II. part., c. a, p. 2y6 et suiv, — 3. Confess. de foi, art. 5. .