‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 428 sur 545 · LIVRE XV. — VARIATIONS SUR L'ARTICLE DU SYMBOLE · texte numérisé non relu

LIVRE XV. — VARIATIONS SUR L'ARTICLE DU SYMBOLE

de fait. — Ce n'était pas de quoi on doutait, et la toute-puissance de Dieu était bien connue par les catholi(iues , aussi bien que le besoin qu'on avait de son inspiration et de sa grâce. Il s'agissait de trouver le moyen extérieur dont elle se sert, et auquel il a plu à Dieu de rattacher. On peut feindre ou imaginer qu'on est inspiré de Dieu sans qu'on le soit en elTet ; mais on ne peut pas feindre ni imaginer que la mer se fende, que la terre s'ouvre; que des morts ressuscitent, que des aveugles-nés reçoivent la vue; qu'on lise une telle chose dans un livre, et que tels et tels qui nous ont précédés dans la foi l'aient aussi entendue ; que toute l'Eglise croie, et qu'elle ait toujours cru ainsi. Il s'agit donc de savoir, non pas si ces moyens extérieurs sont suffisants sans la grâce et sans l'inspiration divine; car personne ne le prétend : mais si, pour empêcher les hommes de feindre ou d'imaginer une inspiration, ce n'a pas été l'ordre de Dieu et sa conduite ordinaire, de faire marcher son inspiration avec certains moyens de fait que les hommes ne pussent ni feindre en l'air sans être convaincus de faux, ni imaginer par illusion. Ce n'est pas ici le lieu de déterminer quels sont ces faits, quels ces moyens extérieurs, quels ces motifs de croyance; puisque déjà il est bien constant qu'il y en a quelques-uns : car le ministre en est convenu; il est, dis-je, convenu , non-seulement qu'il y a de ces faits constants, mais encore que ces faits constants peuvent servir de règle infaillible. Par exemple, selon lui, c'est un fait constant que l'Eglise chrétienne a toujours cru la divinité de Jésus-Christ , l'immortalité de l'àme , et l'éternité des peines , avec tels et tels autres articles : mais ce fait constant, selon lui, est une règle infaillible cl la meilleure de toutes les règles non-seulement pour décider tous ces articles, mais encore pour résoudre l'obscure et épineuse question des points fondamentaux. Nous avons vu les passages où le ministre l'enseigne et le prouve ' : mais quand il l'enseigne ainsi, et qu'il veut que la plus sûre règle, pour juger ces importantes et épineuses questions, soit ce consentement universel; en proposant ce motif extérieur, qui, selon lui, emporte démonslralion , il n'a pas prétendu exclure la grâce, et l'inspiration au dedans : la question est de savoir, si l'autorité de l'Eglise, qui jointe à la grâce de Dieu est un motif suffisant, etia plus sûre de toutes les règles sur certaines questions, ne le peut pas être en toutes ; et si mettre une inspiration détachée de tous ces moyens extérieurs, et dont on se donne soi-même et son propre sentiment pour caution à soi et aux autres, n'est pas le plus assuré de tous les moyens qu'on puisse fournir aux trompeurs , et la plus siu'e illusion pour outrer les entêtés.

CXIX. Que le langage des ministres lâche la bride à la licence du peuple. — Après avoir mis dans la tète d'un peuple qu'il est particulièrement inspiré de Dieu, il n'y a pour l'achever, qu'à lui dire encore qu'il se peut faire à son gré des conducteurs , déposer tous ceux qui sont établis, en établir d'autres qui n'agissent que par le pouvoir qu'il leur a donné. C'est ce qu'on a fait dans la Réforme. M. Claude et M. Jurieu s'accordent encore dans cette doctrine.

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