‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 429 sur 545 · ci-dessus, n. 8S eisuiv · texte numérisé non relu

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CX.X. Langage de l'Eglise catholique sur l'établissement des pasteurs. — L'Eglise catholique parle ainsi au peuple chrétien : Vous êtes un peuple, un état, et une société : mais Jésus-Christ qui est votre roi ne tient rien de vous , et son autorité vient de plus haut : vous n'avez naturellement non plus de droit de lui donner des ministres que de l'instituer lui-même votre prince ; ainsi ses ministres, qui sont vos pasteurs, viennent de plus haut comme lui-même, et il faut qu'ils viennent par un ordre qu'il ait établi. Le royaume de Jésus-Christ n'est pas de ce monde , et la comparaison que vous pouvez faire entre ce royaume et ceux de la terre est caduque; en un mot, la nature ne vous donne rien qui ait rapport avec Jésus-Christ et son royaume, et vous n'avez aucun droit que celui que vous trouverez dans les lois ou dans les coutumes immémoriales de votre société. Or, ces coutumes immémoriales, à commencer parles temps apostoliques, sont que les pasteurs déjà établis établissent les autres : Elisez , disent les apôtres , et nous établirons' : c'était à Tite à établir les pasteurs de Crête ; c'est de Paul établi par Jésus-Christ qu'il en avait reçu le pouvoir. Je vous ai, dit-il- , laissé en Crète pour y établir des prêtres par les villes , selon l'ordre que je vous en ai donné. Au reste, ceux qui vous Ilaltent de la pensée que votre consentement est absolument nécessaire pour établir vos pasteurs, ne croient pas ce qu'ils vous disent, puisqu'ils reconnaissent pour vrais pasteurs ceux d'Angleterre, quoique le peuple n'ait aucune part à leur élection. L'exemple de saint Matthias élu extraordinairement par un sort divin ne doit pas être tiré à conséquence; et néanmoins tout ne fut pas permis au peuple; et ce fut Pierre, pasteur déjà établi par Jésus-Christ, qui tint l'assemblée : aussi ne fut-ce pas l'élection qui élal)lit Matthias; ce fut le ciel qui se déclara. Partout ailleurs l'autorité d'établir est déférée aux pasteurs déjà établis : le pouvoir qu'ils ont d'en-haut est rendu sensible par l'imposition des mains, cérémonie réservée à leur ordre. C'est ainsi que des pasteurs s'entre-suivent : Jésus-Christ qui a établi les premiers a dit qu'il serait toujours avec ceux à qui ils transmettraient leur pouvoir : vous ne pouvez prendre de pasteurs que dans cette succession ; et vous ne devez non plus appréhender qu'elle manque que l'Eglise môme, que la prédication , que les sacrements.

CXXI. Langage de la Réforme. — Voilà comme on parle dans l'Eglise; et les peuples ne présument pas au-dessus de ce qui leur est donné : mais la Réforme leur dit tout le contraire : En vous, leur dit-elle, est la source du pouvoir céleste : vous pouvez non-seulement présenter, mais établir les pasteurs. S'il fallait prouver ce pouvoir du peuple par les Ecritures , on y demeurerait court. Pour se dispenser de cette preuve, on dit au peuple que c'est un droit naturel de toute société ; ainsi que pour en jouir on n'a pas besoin de l'Ecriture, et qu'il suffit qu'elle n'ait pas révoqué le droit que la nature a donné. Le tour est adroit, je le confesse; mais prenez-y garde, ô peuples qui vous flattez de celle pensée ! Pour se faire un maître sur la terre , il suffit de le reconnaître pour tel , et chacun porte ce pouvoir dans sa volonté. Mais il n'en est pas de

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