Act., VI. 6, 7. — 2. TU., I
IIISTOIIIE DES VARIATIONS.
môme pour se faire un Christ, un Sauveur, un Roi céleste , ni pour lui donner ses offlciers. Et en effet, leur iniposercz-vous les mains, vous, peuples, à qui l'on dit qu'il a|ipartient de les élablir? Ils n'osent : mais on les rassure, en leur disant que cette cérémonie d'imposer les mains n'est pas nécessaire. Quoi donci n'est-ce pas assez pour la juger nécessaire, qu'on la trouve si souvent dans l'Ecriture, et qu'on ne trouve ni dans l'Ecriture , ni dans toute la Tradition que jamais il y ait eu pasleur établi d'une autre sorte, ni qu'il y en ait un seul qui n'ait été fait par les autres? N'importe, faites toujours, ô peuple ! croyez que le pouvoir de lier et de délier, d'établir et de détruire, est en vous, et que vos pasteurs n'ont de pouvoir que comme vos représentants; que l'autorité de leurs synodes vient devons, qu'ils ne sont que vos délégués : croyez, dis-je, toutes ces choses , encore que vous n'en trouviez pas un seul mot dans l'Ecriture; et croyez surtout que lorsque vous vous croirez inspirés de Dieu pour réformer l'Eglise, dès que vous serez assemblés en quelque manière que ce soit, vous pouvez faire ce qu'il vous plaira de vos pasteurs, sans que personne puisse vous ôter cette liberté, à cause qu'elle est naturelle. Voilà comme on prêche la Réforme; c'est ainsi qu'on met en pièces le christianisme, et qu'on prépare la voie à l'Antéchrist.
GXXII. Que les sectes nées de la Réforme sont des preuves de sa mauvaise constitution. Comparaison de l'ancienne Eglise mal alléguée. — Avec de telles maximes et un tel esprit, (car, encore qu'il se déclare plus clairement dans nos jours, le fond en a toujours été dans la Réforme,) il ne faut plus s'étonner de l'avoir vu se précipiter dès son origine , de changement en changement, ni d'avoir vu naître de son sein tant de sectes de toutes les sectes. M. Jurieu a osé répondre qu'en cela comme en tout le reste, elle ressemble à l'Eglise primitive'. En vérité c'est trop abuser de la crédulité des peuples, et du nom vénérable de l'ancienne Eglise. Les sectes qui l'ont déchirée ne sont pas la suite, ni un effet naturel de sa constitution. Deux sortes de sectes se sont élevées dans l'ancien christianisme; les unes purement païennes dans leur fond, comme celles des valentinicns , des simoniens, des manichéens, et les autres semblables, ne se sont rangées en apparence au nombre des chrétiens que pour se parer du grand nom de Jésus-Christ; et ces sectes n'ont rien de commun avec celles des derniers siècles. Les autres sectaires pour la plupart, sont des chrétiens, qui n'ayant pu porter toute la hauteur, et, pour ainsi dire , tout le poids de la foi, ont cherché à décharger la raison tantôt d'un article , tantôt d'un autre : ainsi les uns ont oté la divinité à Jésus- Christ; les autres ne pouvant unir la divinité et l'humanité, ont comme mutilé en diverses sortes l'une ou l'autre. C'est dans des tentations semblables que l'orgueilleu.x esprit de Luther s'est iierdu. Il s'est abiniè dans l'accord de la grAce et du libre arbitre , qui est à la vérité un grand mystère : il a outré les matières de la prédestination, et il n'a plus vu pour les hommes, qu'une fatale et inévitable nécessité, où le bien et le mal se trouvent également compris. On a vu comme ses maximes outrées ont produit celles des calvinistes plus outrées encore.