‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 431 sur 545 · Hist. du Cal.,I. part.,ch · texte numérisé non relu

Hist. du Cal.,I. part.,ch

Quand, à force de pousser à bout, sans garder aucune mesure, la prédestination et la gr;\cc, on est tombé dans des excès si sensibles qu'on ne les a pu sup|)orter, l'horreur qu'on en a conçue a jeté dans l'extrémité opposée , et des excès de Luther qui outrait la gr;\ce , qui l'eût cru? on a passé aux excès des demi-pclagiens qui l'affaiblissent. C'est de là que nous sont venus les arminiens , qui de nos jours ont produit les pajonistes , parfaits pélagiens, dont M. Pajon, ministre d'Orléans, a été l'auteur dans ces dernières années. D'autre côté le même Luther, abattu par la force de ces paroles : Ceci est mon corps, ceci est mon sang, n'a pu se défaire de la présence réelle; mais en même temps il a voulu soulager le sens humain en ôtant le changement de substance. On n'en est pas demeuré là, et la présence réelle a été bientôt attaquée. Le sens humain a pris goût à ses inventions; et après qu'on l'a voulu contenter sur un mystère , il a demandé le même relâchement pour les autres. Comme Zwingle et ses sectateurs ont prétendu que la présence réelle était, dans le luthéranisme, un reste du papisme qu'il fallait encore réformer, les sociniens en ont dit autant de la Trinité et de l'Incarnation; et ces grands mystères, qui n'avaient reçu aucune atteinte depuis douze cents ans, sont entrés dans les controverses d'un siècle, où toutes les nouveautés ont cru avoir droit de se produire.

CXXIII. Les sociniens uriis aux anabaptistes , et les uns comme les autres sortis de Luther et de Calvin. — On a vu les illusions des anabaptistes, et on sait que c'est en suivant les principes de Luther et des autres réformateurs, qu'ils ont rejeté le baptême sans immersion , et le baptême des enfants; parce qu'ils ne les trouvaient point dans l'Ecriture, où on leur disait que tout était. Les unitaires ou sociniens se sont joints à eux , mais sans vouloir s'en tenir à leurs maximes, parce que les principes qu'ils avaient pris des réformateurs, les avaient poussés plus loin.

M. Jurieu remarque qu'ils sont sortis longtemps après la Réforme, du milieu de l'Eglise romaine. Quelle merveille! Luther et Calvin en étaient bien sortis eux-mêmes. La question est de savoir si c'est la constitution de l'Eglise romaine qui a donné lieu à ces innovations , ou si c'est la nouvelle forme que les réformés ont voulu donner à l'Eglise. Mais la question est aisée à décider par l'histoire du socinianisme'. En 1545 et dans les années suivantes, vingt ans après que Luther eût renversé les bornes posées par nos pères , tous les esprits étant agités, et le monde ébranlé par ses disputes, toujours prêt à enfanter quelque nouveauté, Lélio Socin et ses compagnons tinrent secrètement en Italie leurs conventicules contre la divinité du Fils de Dieu. Georges Blandrate et Faustc Socin, neveu de Lélio, on soutinrent la doctrine en 1558 et 1573, et formèrent le parti. Avec la môme méthode que Zwingle avait employée pour éluder ces paroles : Ceci est mon corjf^ , les socins et leurs sectateurs éludèrent celles où le Christ est appelé Dieu. Si Zwingle se crut forcé à l'interprétation figurée par l'impossibilité de comprendre un corps humain tout entier partout où se distribuait l'Iùicharistie ,

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