‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 436 sur 545 · LIVRE XV. — VARIATIONS SUR L'ARTICLE DU SYMBOLE · texte numérisé non relu

LIVRE XV. — VARIATIONS SUR L'ARTICLE DU SYMBOLE

CLXIV. En quoi consiste la netteté d'une décision. — C'est en ceci que nos adversaires se montrent toujours injustes envers le concile, puisque quelquefois ils l'accusent d'être trop descendu dans le détail , et quelquefois ils voudraient qu'il eût décidé tous les démêlés des scotistes et des thomistes, à peine d'être convaincu d'une obscurité affectée : comme si on ne savait pas que dans les décisions de foi il faut laisser le champ libre aux théologiens, pour proposer différents moyens d'expliquer les vérités chrétiennes; et par conséquent que sans s'attacher à leurs explications particulières, il faut se restreindre aux points essentiels qu'ils défendent tous en commun. Loin que ce soit parler avec équivoque, que de délînir en cette manière les articles de notre foi , c'est au contraire un effet de la netteté, de délinir si clairement ce qui est certain, qu'on n'enveloppe point dans la décision ce qui est douteux; et il n'y a rien de plus digne de l'autorité et de la majesté d'un concile que de réprimer l'ardeur de ceux qui voudraient aller plus avant.

CLXV. Ce qu'il ij a de certain dans l'autorité du Pape très-bien reconnu dans le concU.e , et parles docteurs catholiques. — Selon cette règle , comme on eut proposé à Trente une formule pour expliquer l'autorité du Pape, tournée d'une manière d'où l'on pouvait inférer en quelque façon sa supériorité sur le concile général , le cardinal de Lorraine et les évèques de France s'y étant opposés, le cardinal Palavicin raconte lui-même, dans son histoire, que la formule fut supjirimée, et que le Pape répondit qu'il ne fallait définir que ce qui plairait unanimement à tous les Pères' : règle admirable pour séparer le certain d'avec le douteux. D'où il est aussi arrivé que le cardinal du Perron, quoique zélé défenseur des intérêts de la Cour de Rome, a déclaré au roi d'Angleterre « que le dilTérend de » l'autorité du Pape , soit par le regard spirituel au » respect des conciles œcuméniques, soit par le re- » gard temporel à l'endroit des juridictions sécu- » lières, n'est point un différend de choses qui soient » tenues pour articles de foi , ni qui soit inséré et » exigé en la Confession de foi , ni qui puisse em- » pêcher Sa Majesté d'entrer dans l'Eglise lorsqu'elle » sera d'accord des autres points ^. » Et encore de nos jours le célèbre André Duval, docteur de Sorbonne, à qui lesultramontains s'étaient remis delà défense de leur cause, a décidé que la doctrine qui nie le Pape infaillible n'est pas absolument contre la foi , et que celle qui met le concile au-dessus du Pape ne peut être notée d'aucune censure, ni d'hérésie, ni d'erreur, ni même de témérité^.

CLXVI. Arec cette modération , Mélanchton aurait reconnu l'autorité du Pape. — On voit par là que les doctrines qui ne sont pas appuyées sur une tradition constante et perpétuelle ne peuvent prendre racine dans l'Eglise, puisqu'elles ne font point partie de sa Confession de foi , et que ceux mômes qui les enseignent, les enseignent comme leur doctrine particulière, et non pas comme la doctrine de l'Eglise catholique. Rejeter la primauté et l'autorité du Saint-Siège avec cette salutaire modération, c'est rejeter le lien des chrétiens, c'est être ennemi

1. Hisl. Conc. Trid. interp. Giallin., tib. xix , cap. 11, 13, 14, 15. — 2. Sépl., liv. VI, préf., p. S5i. — 3. Duvall. Elench., p. 9; It., tract, de sup. Rom. Pont, potest., part. II , ij. i , p. 4 .,. 7,8.

T. III

de l'ordre et de la paix, c'est envier à l'Eglise le bien que Mélanchton même lui a souhaité'.

CL.X\'II. Abrégé de ce dernier livre , et premièrement, sur la perpétuelle lisibilité de l'Eglise. — xVprês les choses qu'on vient de voir, il n'y a plus rien maintenant qui puisse empêcher nos réformés de se soumettre à l'Eglise : le refuge d'Eglise invisible est abandonné : il n'est plus permis d'alléguer pour le défendre les obscurités de l'Eglise judaïi;|ue; les ministres nous ont relevés du soin d'y répondre, en démontrant clairement que le vrai culte n'a jamais été interrompu , pas môme sous Achaz et sous Manassès- : la société chrétienne, plus étendue selon les conditions de son alliance, a été encore plus ferme; et on ne peut plus douter de la perpétuelle visibilité de l'Eglise catholique.

CLXVIII. Remarque sur la Confession d'.iugsbourg. — Ceux de la Confession d'Augsbourg sont encore plus obligés à la reconnaître que les calvinistes^ : l'Eglise invisible n'a trouvé de place ni dans leur Confession de foi , ni dans leur Apologie, où nous avons vu au contraire l'Eglise, dont il est parlé dans le Symbole, revêtue d'une perpétuelle visibilité; et il faut, selon ces principes, nous pouvoir montrer une assemblée composée de pasteurs et de peuple, où la saine doctrine et les sacrements aient toujours été en vigueur.

CLXIX. Les arguments qu'on faisait contre l'autorité de l'Eglise sont résolus par les ministres. — Tous les arguments qu'on faisait contre l'autorité de l'Eglise se sont évanouis. Céder à l'autorité de l'Eglise universelle , ce n'est plus agir à l'aveugle , ni se soumettre à des hommes; puisqu'on avoue que ses sentiments sont la règle, et encore la règle la plus sûre pour décider les vérités les plus importantes de la religion ■*. On convient que si on eut suivi celte règle, et qu'on se fût proposé d'entendre l'Ecriture sainte selon qu'elle était entendue par l'Eglise universelle, il n'y aurait jamais eu de sociniens; Jamais on n'aurait entendu révoquer en doute avec la divinité de Jésus-Christ l'immortalité de l'âme, l'éternité des peines, la création, la prescience de Dieu, et la spiritualité de son essence : choses qu'on croyait si fermes parmi les chrétiens, qu'on ne pensait pas seulement qu'on en put jamais douter; et qu'on voit maintenant attaquées avec des raisonnements captieux , que beaucoup de faibles esprits s'y laissent prendre. On convient que l'autorité de l'Eglise universelle est un remède infaillible contre ce désordre. Ainsi l'autorité de l'Eglise, loin d'être, comme on le disait dans la Réforme, un moyen d'introduire parmi les chrétiens toutes les doctrines qu'on veut, est au contraire un moyen certain pour arrêter la licence des esprits, et empêcher qu'on n'abuse de la sublimité de l'Ecriture d'une manière si dangereuse au salut des Ames.

La Réforme a enfin connu ces vérités ; et si les luthériens ne veulent pas les recevoir de la main d'un ministre calviniste , ils n'ont qu'à nous expliquer comment on peut résister à l'autorité de l'Eglise, après avoir avoué que la vérité y est toujours manifeste'.

1. Ci-devant, liv. iv , n. 39; liv. v, n. 24,25. Met. de pol . Ponlif-, p. 6. — 2. IV. Reg., xvi. 4, 15. xxi; Jur., Si/sl., p. 222, 22i. — 3. Ci- dessus, n. -i et suiv. Jusqu'au 10. — 4. Ci-dessus, 71. S6, 87 et suiv. — 5. Ci-dessus, n. 4 et stiiv.

HISTOlllE DES VARIATIONS.

CLXX. Qu'on se sauve dans l'Eglise ruinaiiic. — (iii ne doit i)lus liùsiler à venir do loulcs les comnuinions séiKiri-es chercher la vie élei'nelle dans le sein (le l'Eglise romaine, puisqu'on avoue que le vrai [leuplc de Dieu et ses vrais élus y sont encore, ccinme on a toujours avoué qu'ils y élaicnl avant la Réforme prélejidue'. Mais on s'est enlin aperçu que la dilVôrence qu'on voulait mettre entre les siècles qui l'ont précédée et ceux qui l'ont suivie était vaine, et que la dilTiculté qu'on faisait de reconnaître celle vérité venait d'une mauvaise politique.

Que si les luthériens font encore ici les difficiles, et ne veulent pas se laisser persuader aux sentiments de Calixle; qu'ils nous montrent donc ce qu'a fait depuis Luther l'Eglise romaine pour déchoir du litre de vraie Eglise, cl pour perdre sa fécondité, en sorleque les élus ne puissent plus nailre dans son sein.

CLXXI. Les ministres ne sont pas croijabks lorsqu'ils font le salut si difjicile dans l'Egliseromaine. — Il est vrai qu'en reconnaissant qu'on se peut sauver dans l'Eglise romaine, les ministres veulent faire croire qu'on s'y peut sauver comme dans un air empesté, et par une espèce de miracle , à cause de ses impiétés et de ses idolâtries. Mais il faut savoir remarquer dans les ministres ce que la haine leur fait ajouter à ce que la vérité les a forcés de reconnaître. Si l'Eglise romaine faisait profession d'impiété et d'idolâtrie, on n'a pas pu s'y sauver devant la Réforme , et on ne peut pas s'y sauver depuis; et s'y on peut s'y sauver devant et après, l'accusation d'impiété et d'idolâtrie est indigne et calomnieuse.

GLXXII. E.ixès des ministres , qui préfèrent la secle arienne à l'Eglise romaine. — Aussi montrcl-on pour elle une haine trop visible, puisqu'on s'emporte jusqu'à dire qu'on s'y peut sauver à la vérité, mais plus difficilement que parmi les ariens^, qui nient la divinité du Fils de Dieu et du Saint- Esprit; qui par conséquent se croient dédiés à des créatures par le baptême; qui regardent dans l'Eucharistie la chair d'un homme qui n'est pas Dieu , comme la source de la vie; qui croient que sans être Dieu un iiomme les a sauvés, et a pu payer le prix de leur rachat; qui l'invoquent comme celui à qui e,st donnée la toute-puissance dans le ciel et dans la terre; qui sont consacrés au Saint-Esprit, c'est-à-dire à une créature pour être ses temples; qui croient qu'une créature, c'est-à-dire le môme Saint-Esprit, leur distribue la grâce comme il lui plaît, les régénère et les sanctifie par sa présence. Voilà la secte qu'on préfère à l'Eglise romaine; et cela n'est-ce pas dire à tous ceux qui sont capables d'entendre : Ne nous croyez pas; quand nous parlons de cette Eglise, la haine nous transporte, et nous ne nous possédons plus?

CLXXIII. Les protestants ne peuvent plus s'excuser de srhisme. — Enriii , il n'est plus possible de tirer nos réformés du non:bre de ceux qui se svparenl euxmêmes , et qui font secte à part, contre le précepte des apôtres et de saint Jude^, et contre ce qui est porté dans leur propre Catéchisme'. En voici les termes dans l'oxplii-ation du Symbole : « L'article » de la rémission des péchés est mis après celui de

1. Ci-dessus, n. 50,51 el suiv. jusqu'à 59. — 2. Préjug. léff., I. pari.', cl:, i; .li/sl-, P- 225. — 3. Jud., 17, 18. - l. Dlni., 10.

» l'Eglise catholique, parce que nul n'obtient par- » don de ses péchés que premièrement il ue soit » incorporé au peuple de Dieu, et persévère en » unité el communion avec le corps du Christ, et » ainsi qu'il soit membre de l'Eglise : ainsi hors de » l'Eglise il n'y a que damnation et que mort; car » tous ceux qui se séparent de la communauté des » fidèles , POUR FAIRE SECTE A PART , ne doivent espé- » rer salut pendant qu'ils sont en division. »

L'article parle clairement de l'Eglise universelle, visible, et toujours visible; et nous avons vu qu'on en est d'accord : on est pareillement d'accord comme d'un fait constant et notoire, que les Eglises qui se disent réformées, en renonçant à la communion de l'Eglise romaine , n'jant trouvé sur la terre aucune Eglise à laquelle elles se soient unies' : elles ont donc fait secte à pari avec toute la communauté des chrétiens el de l'Eglise universelle; et selon leur propre doctrine, elles renoncent à la grâce de la rémission des péchés, qui est le fruit du sang de Jésus-Chrisl : de sorte que la damnation et la mort est leur partage.

CLXXIV. Répétition abrégée des absurdités du nouveau système. — Les absurdités qu'il a fallu dire pour répondre à ce raisonnement font bien voir combien il est invincible; car après mille vains détours, il en a enfin fallu venir jusqu'à dire qu'on demeure dans l'Eglise catholique et universelle, en renonçant à la communion de toutes les Eglises qui sont au monde, el se faisant une Eglise à part^; qu'on demeure dans la même Eglise universelle encore qu'on en soit chassé par une juste censure; qu'on n'en peut point sortir par un autre crime que par l'apostasie , en renonçant au christianisme et à son baptême; que toutes les sectes chrétiennes, quelque divisées qu'elles soient, sont un même corps et une même Eglise en Jésus-Christ; que les Eglises chrétiennes n'ont entre elles aucune liaison extérieure par l'ordre de Jésus-Christ; que leur liaison est arbitraire; que les Confessions de foi par lesquelles elles s'unissent sont pareillement arbitraires , el des marchés où l'on met ce qu'on veut; qu'on en peut rompre l'accord sans se rendre coupable de schisme; que l'union des Eglises dépend des empires, et de la volonté des princes; que toutes les Eglises chrétiennes sont naturellement et par leur origine indépendantes les unes des autres, d'où il s'ensuit que les indépendants, si grièvement censurés à Charenlori , ne font autre chose que conserver la liberté naturelle des Eglises; que pourvu qu'on trouve le moyen de s'assembler de gré ou de force, et de faire figure dans le monde, on est un vrai memljre du corps de l'Eglise catholique; que nulle hérésie n'a jamais été ni pu être condamnée par un jugement de l'Eglise universelle; qu'il n'y a même et n'y peut avoir aucun jugement ecclésiastique dans les matières de foi; qu'on n'a point droit d'exiger des souscriptions aux décrets des synodes sur la foi ; qu'on se peut sauver dans les sectes les |)lus perverses, et même dans celle des sociniens.

CLXXV. Le comble des abstirdités. L.e rogaume de Jésus-Chrisl confondu avec le royaume de Satan. — Je ne finirais jamais si je voulais répéter toutes les absurdités qu'il a fallu dire pour sauver la Ré-

1. Ci-dessu3 , n. 21. 22, 34, 35 et suiv., 68. SI, 82, 82 — 2. Ci-

des-sus, n. 65, etc.

LE CHRISTIANISME FLETRI; LE SOGINIANISME AUTORISE

l'orme de la scnlence prononcée conlre ceux qui font secte à part, liais sans avoir besoin d'en raconter le détail , elles sont toutes ramassées dans celleci qu'on a toujours soutenue plus ou moins dans la Réforme, et où plus que jamais on met maintenant toute la défense de la cause : que l'Eglise catholique, dont il est parlé dans le Symbole, est un amas de sectes divisées entre elles, qui se frappent d'analhème les unes les autres : de sorte que le caractère du royaume de Jésus-Christ est le même que Jésus-Christ a donné au royaume de Satan, ainsi qu'il a été expliqué'.

Mais il n'y a rien de plus oppose à la doctrine de Jésus-Christ même. Selon la doctrine de Jésus- Christ, le royaume de Salan est divisé contre luimême, et doit tomber maison sur maison jusqu'à la dernière ruine-. Au contraire , selon la promesse de Jésus-Christ , son Eglise, qui est son royaume, bâtie sur la pierre , sur la même Confession de foi, et le même gouvernement ecclésiastique , est parfaitement unie ; d'où il s'ensuit qu'elle est inébranlable, et que les portes de l'enfer ne pourront jamais prévaloir contre elle^; c'est-à-dire que la division, qui est le principe de la faiblesse, et le caractère de l'enfer, ne l'emportera point conlre l'unité, qui est le principe de la force , et le caractère de l'Eglise. Mais tout cet ordre est changé dans

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