Leltru VI, ;/. 41, ci
LE CHRISTIANISME FLÉTRI; LE SOCLMANISME AUTORISE
du ¥i\s de Dieu , mais encore ce que les païens n'ont pu méconnaiire, rinimulajjililé de l'Etre divin; de sorte que les saints docteurs, en perdant la foi, n'aient pu même retenir les restes de la lumière naturelle que les philosophes païens avaient conservée. Et celui qui vous annonce de tels prodiges , loin d'en rougir, s'en gloritie. « Je me suis, dit-il', un » peu étendu à expliquer la théologie de l'Eglise » des trois premiers siècles sur la Trinité, parce » que je n'ai trouvé aucun auteur jusqu'ici , qui B l'ail bien comprise. » C'est la lumière de notre siècle : il se vante de découvrir, dans la théologie des trois premiers siècles, ce que personne n'avait compris avant lui. Mais encore, qu'a-t-il découvert dans leur théologie ? Il y a découvert ce grand mystère , que Dieu n'était pas immuable, et qu'un Dieu n'était pas éternel. Voilà la belle découverte de ce grand personnage M. Jurieu ; c'est pour cela qu'il nous vante sa grande science , et qu'il avertit « i'évèque de Meaux, qu'un évèque de cour comme 1) lui, et les autres dont le métier n'est pas d'étu- » dier, devraient un peu ménager ceux qui n'ont » point d'autre profession-. » C'est dommage, en elVet, qu'on ne se tait pas par toute la terre, pour laisser M. Jurieu écrire tout seul , afin que toute la chrétienté apprenne cette merveille; que les siècles les plus voisins des apôtres, oii est la force et la gloire du christianisme, ne croyaient pas Dieu immuable, ni la génération de son Fils éternelle, et que cette erreur est de celles qui ne sont ni essentielles , ni fondamentales.
X. Que, selon M. Jurieu, les premiers chrétiens croyaient les persoiines divines inégales. — Si cette horrible flétrissure du christianisme, si une corruption si manifeste de la foi n'est pas l'accomplissement de ce que dit l'Apotre sur les hérétiques, que leur folie sera connue de tous^, je ne sais plus quand il le faut attendre. Mais votre docteur continue : « et il est vrai, poursuit-iP, que les anciens, » jusqu'au quatrième siècle, ont eu une autre » fausse pensée au sujet des personnes de la Tri- " nité : c'est qu'ils y ont mis de l'inégalité. » Ils n'ont donc pas adoré en un seul Dieu trois personnes égales : ils ont adoré le Fils comme Dieu ; mais ils ne l'ont pas connu comme étant égal à son Père. Un Dieu n'est pas égal à un Dieu : il y a de l'imperfection , puisqu'il y a de l'inégalité dans ce qui est Dieu : on peut concevoir un Dieu qui n'est pas parfait. Voilà les prodiges qu'on vous enseigne; voilà, dit votre ministre, ce que croyaient les martyrs et les siècles les plus purs. Que reste-t-il donc à conclure, sinon que les ariens raisonnaient mieux, et avaient une doctrine plus pure sur la divinité , que les docteurs de l'Eglise'?
XI. Que , selon .M. Jurieu , on peut être dans les mêmes erreurs, et reconnaître du changement dans la substance de Dieu , sans ruiner les fondements de la foi. — Mais remarquez, mes chers frères, que non content d'attribuer de tels prodiges aux siècles les plus purs de la religion, votre docteur est contraint de dire , comme vous venez de l'entendre, que ces prodiges ne sont pas contraires aux fondements de la foi ; car l'erreur des anciens , dit-il , n'est 7ii essentielle ni fondamentale : et il faut bien
1. Lettre VI, p.U. — 2. Lettre viii , j'- 61. — 3. II. Tini., m, 9. — 4. Lett. VI, p. 45.
qu'il en parle ainsi, à moins de condamner l'ancienne Eglise , lorsqu'elle enfantait les martyrs, et de dire qu'elle était Eglise sans avoir les fondements de la foi. Triomphez donc, ariens et sociniens : on peut, sans blesser l'essence de la piété , dire que la personne du Fils de Dieu n'est pas éternelle, qu'il est engendré dans le temps, qu'il n'est pas égal à son Père. Mais triomphez en particulier, 0 sociniens , qui osez dire qu'il arrive à l'être de Dieu quelque chose de nouveau : M. Jurieu vous donne les mains, puisqu'il avoue qu'on peut croire, sans blesser le fond de la piété , non pas qu'il survient à Dieu des accidents , comme à nous , et de nouvelles pensées, ce qui autrefois faisait horreur; mais, ce qui est beaucoup pis, qu'il change dans la substance, et qu'une personne divine commence d'être : non-seulement on peut le croire , sans aucun péril de son salut, mais on l'a cru autrefois, et c'était la foi des martyrs.
XII. Que le ministre approuve lui-même qu'on mette le Fils de Dieu au rang des choses faites, et que perso7ine ne le reprend de ses erreurs. — Je ne m'étonne pourtant pas que ce ministre parle ainsi, après avoir vu , non ce qu'il tolère dans les autres, mais ce qu'il enseigne lui-même. Car en parlant de TertuUien et de son livre contre Praxéas : « Là » il explique, dit-il ', la génération du Fils, comme )) nous, par l'entendement divin, qui, en se com- » prenant et s'enlendant lui-même, a fait son » image et son Verbe qui est son Fils : cela va bien » jusque-là. » Remarquez, mes frères, ce blasphème ; Dieu a fait son Fils. Que disaient de pis les ariens? Mais le ministre l'approuve : « Ter- » tullien, dit-il, l'entend comme nous, et cela va » bien jusque-là. » Cela va Iiien de dire que Dieu fait son Fils, et que celui par qui Dieu a fait toutes choses, est lui-même au nombre des choses faites. Un homme qui ne rougit pas de se donner pour savant, tombe dans une erreur qu'un théologien de quatre jours aurait évitée; et vous ne voyez pas encore que ce téméraire théologien, dans les embarras où le jette la défense de votre cause, hasarde tout, et que l'heure est venue, où, comme disait l'Apotre, la folie de vos docteurs doit être connue de tout l'univers.
Il n'est pas ici question d'expliquer le sentiment de TertuUien : d'autres docteurs et des protestants l'ont fait devant nous , et ont très-bien justifié qu'il n'a jamais dit absolument que le Fils de Dieu eut été fait , ni autrement qu'il est écrit du Père même, qu'iia été fait notre refuge , et le refuge dupaucre^. Mais quand TertuUien se serait trompé, selon M. Jurieu, avant que la foi de la Trinité eût été formée; maintenant que de son aveu elle a reçu sa forme, fallait-il encore errer avec lui, et mettre le Fils de Dieu au rang des choses faites? et on lui laisse dire parmi vous toutes ces choses. Il n'en est pas moins ministre , pas moins professeur en théologie. Il adresse toutes ces erreurs à tousses frères, sous le titre le plus vénérable que pût prendre un vrai pasteur, sans que personne le contredise. Il a trouvé parmi vous des contradicteurs sur ces prétendues prophéties : on l'a traité sur cela de visionnaire : on s'est moqué de ce qu'il a dit sur ces prétendus prophètes du Vivarais et du Dauphiné, où