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LE CHRISTIANISME FLÉTRI; LE SOCINIANISME AUTORISE
XV. Suite de la doctrine du ministre : tous les fondements de la foi ignorés et combattus par les chrétiens des quatre premiers siècles. — Quoi qu'il en soit, il est cerlain, selon lui , que les Pères, et môme ceux des trois premiers siècles , ne l'avaient pas, non plus que celles de l'éternité et de l'inirautabilitô de l'être de Dieu, ni des personnes divines, et les autres que nous avons vues. C'est ce que dit ce ministre dans la sixième Lettre de cette année , qui est la première qu'il a opposée à l'Histoire des Variations. La seconde , qui est en ordre , la septième , n'est pas moins pleine d'erreurs et d'égarements. Il la commence en répétant « qu'il y a trois » vérités essentielles et fondamentales, imparfaite- » ment expliquées par les plus anciens docteurs de » l'Eglise, la Trinité des personnes, l'Incarnation » de la seconde, et l'idée d'un Dieu unique , qui est » l'être intiniment parfait'; » et l'on a vu que ce qu'il appelle explication imparfaite de ces dogmes , c'était les anéantir tout à fait, et établir en termes formels des dogmes contraires. Il est bien aisé de comprendre que le reste ne se soutient plus , après qu'on a renversé ces fondements. Aussi était-ce « l'opinion constante et régnante dans ces premiers u siècles de l'Eglise, que Dieu avait abandonné le » soin de toutes les choses qui sont au-dessous du » ciel, sans en excepter même les hommes, et ne » s'était réservé la Providence immédiate que des » choses qui sont dans les cieux. » Ainsi la providence particulière tant célébrée dans l'Ecriture, et poussée par Jésus-Christ même jusqu'au moindre de nos cheveux, était oubliée par les chrétiens, quoiqu'elle fût si sensible , que les philosophes platoniciens et stoïciens , mieux instruits que les chrétiens et que les martyrs, la reconnussent. 0 Dieu! quelle patience faut-il avoir pour entendre dire des choses si fausses et si avantageuses, nonseulement aux sociniens, mais encore à tout le reste des libertins et des impies I Ce n'est pas tout : « La » grâce, qu'on regarde aujourd'hui, avec raison, » comme l'un les plus importants articles de la re- » ligion chrétienne, était entièrement informe jus- » qu'au temps de saint Augustin. Avant ce temps » les uns étaient stoïciens et manichéens; d'autres » étaient purs pélagiens; les plus orthodoxes ont » été semi-pélagiens ^. » Quoi I même sans en excepter saint Cyprien, tant cité par saint Augustin contre ces hérétiques'? quoiqu'il ait dit en trois mots tout ce qu'il fallait pour les confondre, en disant si précisément, et en prouvant avec tant de force qu'if ne faut se glorifier de rien , parce que nul bien ne vient de nous? Les autres Pères n'en ont pas moins dit : et néanmoins, dit notre ministre, tous en général ont discouru sur cette matière d'une manière à faire toir qu'ils n'y avaient fait aucune attention, quoique ce soit le fondement de la piété et de l'humilité chrétienne, et n'acaient pas étudié l'Ecriture là-dessus. Mais quoique saint Augustin et les conciles de son temps eussent fait sur ce sujet, selon le ministre même, des décisions si justes, on n'a pas laissé de varier : dans le sixième siècle et dans les suivants, l'Eglise romaine devi7it quasi pélagienne\ pendant que le pape saint Grégoire,
1. Leit. vn, p. 49. — 2. Idem, p. 50. — 3. Lib. de Dono persev., c. 19, n. 4S. Conl. Jul., l. l, n. 22, et alibi, ii, n. 25. Ad Bonif., lib. IV, c. S et seq. n. 25, et alibi, t.ia. S . Cypr., Testim., lib. m, c. i, edit. Baluz., p. 305. — 4. Lett. vu, p. 50, c. 2.
un si fidèle disciple de saint Augustin, y présidait : l'article de la satisfaction de Jésus-Christ, celui de la justification et celui du péché originel, sont mal enseignés par les anciens Pères : le péché originel est conçu comme l'un des importants articles de la religion chrétienne : cepemlanl le ministre me « défie » de lui faire voir cette importante vérité dans les » Pères qui ont précédé saint Augustin , toute for- » mée, toute conçue, comme elle a été depuis; » encore qu'il sache bien , pour ne pas citer ici tous les auteurs, qu'on la trouve dans un concile tenu par saint Cyprien' aussi constamment et aussi clairement posée que dans saint Augustin même; et que sur ce fondement du péché originel on y établisse la nécessité du baptême des petits enfants, en termes aussi forts qu'on l'a fait dans les conciles de Milève et de Garthage.
Mais il ne s'agit pas ici de soutenir la doctrine de l'Eglise, il s'agit de manifester aux yeux du monde la basse idée que l'on en a dans la Réforme. « S'il » y a, poursuit le ministre, quelque doctrine im- » portante dans toute la religion , et qui soit claire- » ment enseignée dans l'Ecriture , c'est celle de la » satisfaction de Jésus-Christ , qui a été mis en » notre place et qui a souffert les peines que nous » avons méritées. Ce dogme si important et si fon- » damental est demeuré si informe jusqu'au qua- » tricme siècle, qu'à peine peut-on rencontrer un » ou deux passages qui l'expliquent bien. » On trouve même dans saint Cyprien des choses « très- » injurieuses à cette doctrine; et pour la justiflca- » tion, les Pères n'en disent rien; ou ce qu'ils en » disent est faux, mal digéré et imparfait. » Ainsi, de tous les articles qui servent de fondement à la piété, il ne s'en est trouvé aucun où la foi des trois premiers siècles ait été pure : que dis-je? aucun où il n'ait régné des erreurs essentielles : et ce n'était pas seulement trois ou quatre auteurs qui se trompaient; le ministre répète encore que c'était la théologie du siècle, dont il rend cette raison ; « que » dans un temps où le savoir était rare entre les » chrétiens, deux ou trois savants entraînaient la » foule dans leurs opinions; » tant le fondement de la foi était faible et mal établi : en sorte que la théologie de ces siècles était non-seulement imparfaite et flottante-, mais encore pleine d'erreurs capitales, sur tous les articles qu'on vient de voir, quoique ce soit sans difficulté les plus essentiels du christianisme.
XVI. Que les Pères, selon le ministre , loin d'entendre l'Ecriture , ne la lisaient même pas. — Il ne faut pas s'en étonner : « C'est dit le ministre ', que » la vérité n'a pris sa dernière forme que par une » très-longue et très-attentive lecture de l'Ecriture » sainte; et, poursuit-il, il ne parait pas que les » anciens docteurs des trois premiers siècles s'y » soient beaucoup attachés. » 0 Dieu , encore un coup , est-il bien possible que ces saints docteurs , un saint Justin, un saint Irénée, un saint Clément d'Alexandrie, un saint Cyprien, tant d'autres qui passaient les jours et les nuits à méditer l'Ecriture sainte, dont leurs écrits ne sont qu'un tissu, qui en faisaient toutes leurs délices, et y trouvaient leur consolation durant tant de persécutions, ne s'y
1. Epist. (td Fid. de infant, bapliz., p. 97. ■ 51. — 3. Idem.
■ 2. Lett. vil, p
l'REMlKR AVERTISSEMENT.
soicnl puini alluchùs, ou ([u'ils n'y aiuiU puinl vu le mystère de la pitHé qu'on prétend y être si clair, qu'il ne faut à présent aux plus ignorants, aux artisans les plus grossiers, aux plus simples femmes, qu'ouvrir les yeux pour l'y trouver! C'est ainsi qu'on i)arle de ceux qui ont fondé après les apôtres l'Eglise chrétienne, non-seulement par leurs ])rédications et par leurs travaux , mais encore par leur sang. Non-seulement le savoir était rare parmi eux, comme on vient d'entendre , quoiqu'il y eût alors tant de philosophes , tant d'excellents orateurs , tant de doctes jurisconsultes, et en un mol tant de grands hommes de toutes les sortes, qui embrassaient le christianisme avec connaissance de cause : mais ce qu'il y a de plus étrange, c'était le savoir qui regardait la religion et l'Ecriture elle-même qui élait rare alors , même parmi ceux qu'on regardait comme les docteurs. « Ils sortaient , dit votre mii> nistre', des écoles des platoniciens; ils étaient » pleins de leurs idées; et ils en ont rempli leurs 11 ouvrages, au lieu de s'attacher uniquement aux » idées du Saint-Esprit. »
Wll. Réjlexion sur les erreurs attribuées aux premiers siècles du christianisme. — Il faut ici se souvenir que lorsque l'on accuse la théologie des anciens d'être imparfaite et sans forme, il ne s'agit pas seulement de certaines expressions précises tpi'on a opposées depuis aux subtilités et aux fauxfuyants des héréliiiues ; il s'agit du fond de la doctrine, puisque le ministre soutient, comme on a vu , qu'on allait jusqu'à détruire l'éternité et la Trinité des personnes divines, l'immutabilité, la spiritualité, l'immensité, l'unité et la perfection de l'être divin, l'Incarnation de Jésus-Christ, la corruption aussi bien que la réparation de notre nature , la providence, la grâce , jusqu'à être stoïcien et manichéen , ou pélagien et demi-pélagien; je dis même les plus orthodoxes : en sorte qu'il n'y avait aucune partie du mystère et de la doctrine de Jésus- Chrisl, je ne dis pas qui fût demeurée en son entier, mais qui ne fût pas altérée dans son fond. C'est ainsi que la Réforme se défend. Attaquée dans ses variations elle ne peut se défendre qu'en accusant l'anticpiité , et surtout les trois premiers siècles, non-seulement de la plus grossière ignorance, mais encore des erreurs les plus capitales. 1\I. Jurieu est l'auteur d'une si belle défense : au moins, dit-il, nous ne périrons pas tout seuls; nous nous sauverons par le nom et la dignité de nos com- I)lices; et s'il faut que la Réforme soit convaincue d'instabilité, et par là de fausseté manifeste, elle entraînera tous les siècles précédents, et même les plus purs , dans sa ruine. N'importe que les sociniens gagnent leur cause : ils nous sont moins odieux (|ue les papistes; et puisqu'il nous faut [lérir, périssent avec nous les plus saints de tous les Pères, et |iérisse, s'il le faut ainsi, toute la gloire du christianisme.
XVIII. Que l'Eglise chrétienne, selon le mitiistre, a été ta plus malheureuse et la plus mal instruite de toutes les sociétés. — Nous avons observé ailleurs ^ ce f|ue ce ministre téméraire dit des l'ères de ces trois siècles : que c'étaient de jmuvres Ihéuloyiens qui ne marchaient que rez-pied rez-lerre ' ;
1. Utt. VII, p. 51. —2.Apoc., Averl., n. 33, 35. — 3../H)-., Ace. des Proph., 11. part., pag. 333.
il n'excepte que le seul Origènc, c'esl-à-dire de tous ces docteurs celui dont les égarements sont les |)lus fréquents; et il laisse dans l'ordure et dans le méiiris saint Justin, saint Irénée, saint (^lémiMit d'Alexandrie, un si sublime théologien; saint Cy- |irien, un si grand évoque et un martyr si illustre; Tertullien, un prêtre si docte et si vénérable, tant qu'il demeura dans le scinde l'Eglise; saint Ignace môme, et saint Polycarpe , disciples de saint Pierre cl de saint Jean , et toutes les autres lumières de ces temps-là. Encore si ces pauvres théologiens n'étaient qu'ignorants, quoique ce soit un grand crime à des docteurs d'avoir si profondément ignoré les principes de la piété; mais, pour comble d'ignominie, il leur faut attribuer des erreurs plus grossières et plus impies que celles des païens mêmes : et ceux ((ui ne se défendent que par de si grands outrages envers le christianisme, osent encore se gloriher d'en être les réformateurs , et les seuls restaurateurs de la piété.
Mais ce n'est pas là tout le mal : en sortant de cette ignorance et de ces erreurs capitales des trois premiers siècles, et en venant au quatrième qui est le siècle de lumière, on n'en vaut pas mieux. On retombe en ce moment dans l'idolâtrie , et dans une idolâtrie la plus dangereuse de toutes, aussi bien que la plus grossière et la plus maligne; puisque c'est l'idolâtrie antichrélienne, où sous le nom des saints, on rétablit les faux dieux et tout le culte des païens'. Oui, dit-on, c'est en sortant des trois premiers siècles, si grossiers et si infectés de tant d'erreurs, qu'aussitôt on est replongé dans une si détestable idolâtrie; et ces grandes lunuèrcs du quatrième siècle , ces grands hommes, sous qui on avoue que la théologie chrétienne a du moins pris à la fin sa dernière forme , saint Basile , saint Ambroise , saint Grégoire de Nazianze et saint Augustin, qui seul , dit-on , renferme plus de théologie dans ses écrits que tous les Pères des premiers siècles fondus ensemble, sont les auteurs de ce culte impie et de cette idolâtrie antichrélienne.
Ce ne sont point ici des conséquences que nous lirions de la doctrine de votre ministre : nous avons produit ailleurs ses termes exprès^, où il dit que tous ces grands hommes du quatrième siècle y ont fait régner l'idolâtrie; qu'ils ont été séduits par les cspriis abuseurs , pour rétablir le culte des démons^ ; et enfin, que c'est sous eux que se sont formés l'impiété, les blasphèmes, les persécutions, et pour tout dire en un mot, les idolâtries de l'Antéchrist.
C'est ce que j'appellerais, si je le voulais, des prodiges de témérité, d'impiété, d'ignorance; et je ferais retomber sur le ministre tous les outrages dont il me charge pour avoir dit seulement que la vérité chrétienne, comme un ouvrage divin, a eu d'abord sa perfection. Je pourrais dire, ajuste titre, qu'on ne sait si on a all'aire à un chrétien ou à un païen , lorsqu'on entend ainsi déchirer le christianisme, sans l'épargner dans ses plus beaux jours. Mais laissant à part toutes exagérations, considérons de sang-froid la constitution (lu'on veut donner à l'Eglise chrétienne. Les derniers siècles, depuis mille ans, sont le règne de l'Antéchrist. Autrefois