Aitoc, Avrrtis
:^8 et suie, — 'S. Idem. — 3. Ibid..
LE CHRISTIANISME FLÉTRI: LE .SOCINIANISME AUTORISE
les protestants vantaient du moins le quatrième , comme le plus éclairé, et ils ne peuvent encore lui refuser cet honneur : mais cependant c'est la source de l'idolâtrie antichrétienne; c'est là qu'elle s'est formée; c'est là qu'elle règne. La Réforme poussée dans ce siècle, voulait, ce semble, se faire un refuge dans les siècles des martyrs; et maintenant ce sont les plus infectés d'ignorance et d'erreurs; je dis, même dans les points les plus essentiels, et dans le fond de la piété. Où est donc cette Eglise de
i Jésus-Christ contre laquelle l'enfer ne decail pas prévaloir' ? Où est cet ouvrage des apôtres dont Jésus-Christ avait dit : Je vous ai choisis et je vous ai établis , afin que vous alliez et que vous parties du fruit, et que votre fruit demeure-? Cependant tout tombe , tout est "renversé aussitôt après les ajiôtres.
XIX. La décision du concile d'Ephèse censurée par le ministre Jurieu. Les sociniens triomphent
I selon ces maximes. — Ce qu'il y a de plus déplorable, c'est que même en se redressant , on laissait en son entier la plus grande parlie de l'erreur. Le mystère de la Trinité était encore informe au concile de Nicée , comme on a vu , et jusqu'au concile de Constantinople , qui est le second général; le mystère de l'Incarnation n'a été formé que par de longues disputes avec les ariens, les nestoriens et les eutychiens; et ainsi il ne l'était pas au second concile général. Le sera-l-il du moins dans le troisième, qui est celui d'Ephèse, où, après la défaite des ariens, on triompha de Nestorius , ennemi de l'Incarnation ? Non , il faut encore essuyer les disputes avec Eutychès. La perfection de ce mystère était réservée au concile de Chalcédoine et au pape saint Léon, quoique ce soit l'Antéchrist. Mais le concile d'Ephèse a-t-il du moins e.\pliqué en termes convenables le mystère de l'Incarnation contre Nestorius, qui le détruisait'? On avait cru jusqu'ici que ce saint concile de deux cents évèques assemblés de toute la terre, et auquel tout le reste de l'univers donnait son consentement, avait parlé convenablement contre cette erreur, en décidant que la sainte \'ierge était vraiment mère de Dieu : car il n'y avait rien de plus précis pour faire voir que Jésus-Christ était né Dieu , également Fils de Dieu et Fils de Marie : ce qui ne laissait aucune évasion à ceux qui divisaient sa personne , et ne voulaient pas avouer (|u'un enfant de trois mois fût Dieu. C'était donc là de ces expressions inspirées de Dieu à son Eglise , comme le consubstanliel, comme les autres que tous les siècles suivants ont révérées. Mais écoutons M. Jurieu, l'arbitre des chrétiens, et le censeur souverain des premiers conciles œcuméniques. Ce fut, dit-il', aux docteurs du cinquième siècle une témérité malheureuse d'innover dans les termes , en appelant la sainte Vierge .Mère de Dieu ; terme qui n'était point dans l'Ecriture; au lieu de se contenter de l'appeler arec l'Ecriture : Mère de Jésus- Christ. Le ministre continue : « Aussi Dieu n'a-l-il » pas versé sa bénédiction sur la fausse sagesse de " ces docteurs : au contraire, il a permis que la » plus criminelle et la plus outrée de toutes les « idolâtries de l'anlichristianisme ait pris son ori- » gine de là; » il veut dire la dévotion à la sainte
1. Mattk., XVI. 18. — 2. Joan., xv. lU. —3. Lelt. xvi , 1. an., p. 130, 131.
Vierge. Mais il faut bien avouer qu'elle était devant ce concile , puisque l'Eglise où il était assemblé , et qui sans doute était bâtie avant qu'il se tint, s'appelait Marie', du nom de cette Mère Vierge, et que longtemps avant ce concile, saint Grégoire de Nazianze avait raconté qu'une martyre du troisième siècle avait prié la sainte Vierge Marie d'aider une vierge qui était enpiéril-. Le ministre devrait donc dire, selon ses principes, que ce fut en punition de cette idolâtrie du quatrième siècle, que Dieu livra le cinquième qui la suivit , à la téméraire entreprise d'appeler Marie, mère de Dieu. Mais quelle est donc cette faute des Pères du concile d'Ephèse si hautement censurée par votre ministre? Est-ce que la bienheureuse Vierge n'est pas en effet Mère de Dieu? le ministre n'ose le dire. C'est donc à cause que celte expression , si propre à confondre l'erreur qui partageait Jésus-Christ , n'était pas dans l'Ecriture. A ce coup , que deviendra Vhomousios de Nicée, et le Deus de Dec du même concile? Il deviendra, ce que dit Calvin^, une expression dure qu'il eut fallu supprimer; puisque même, selon cet auteur^, le Fils de Dieu est Dieu luimênie comme son Père , et n'en reçoit pas l'essence divine. C'est ainsi que ces téméraires censeurs méprisent les plus saints conciles et toute l'antiquité ecclésiastique. Le concile d'Ephèse ne leur est plus rien; celui de Nicée n'est pas plus ferme ; en méprisant les expressions propres et précises, qui servaient de barrière aux dogmes contre les fuites et les équivo(iues des hérétiques , ils ouvrent la voie aux sociniens. En ell'et , ces téméraires docteurs n'épargnent rien. Ils nous ont fait un christianisme tout nouveau , où Dieu n'est plus qu'un corps, où il ne crée rien, ne prévoit rien que par conjectures, comme nous; où il change dans ses résolutions et dans ses pensées ; où il n'agit pas véritablement par sa grâce dans notre intérieur; où Jésus-Christ n'est qu'un homme; où le Saint-Esprit n'est plus rien de subsistant; où pour la grande consolation des libertins l'àme meurt avec le corps, et l'éternité des peines n'est qu'un songe plein de cruauté. Tel est ce nouveau christianisme que Socin et ses sectateurs ont introduit. Vous vous récriez avec raison contre ces blasphèmes; mais ces subtils adversaires ne s'étonnent pas de vos cris. Pourquoi se tant récrier? vous diront-ils : vos ministres sont pour nous ; vous leur avez vu attribuer aux premiers docteurs de l'Eglise la partie la plus importante des dogmes qui vous font peine dans notre doctrine. Dieu change. Dieu est un corps ; le Fils et le Saint- Esprit ne sont pas des choses subsistantes de toute éternité ; la grâce et le péché originel sont des dogmes que les premiers siècles ne connaissaient pas : c'est ce que nous avons déjà gagné de l'aveu de vos ministres. Vous vous accoutumerez peu à peu à tout le reste de nos dogmes, et alors la réformation sera vraiment accomplie. Vous le savez : c'est ainsi qu'ils parlent; mais que leur répondrez-vous selon les principes de votre ministre? Pendant qu'ils abusent de l'Ecriture , et la tournent en mille manières plausibles au sens humain qu'elles flattent , si vous pensez , mes frères , donner un frein à leur licence,
1. Concil. Ephes., act. \; Labb., tom. iii, col. 445. — 2. Orat. in Ci/pr. et JusC, tom. l, p. 279. — 3. Opusc. explîc. perfïd. Valent. Gent.,p. 673, 681. — 4. Idem, p. 665, 672, etc. I. Instit., II. 13, 19, etc.
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cil disniU qu'ils iiR iicuvcnt monircr un seul auteur chrélicii qui ail enlcndu l'Kcriture comme ils fout, ut plutôt, (|u"on leur montrera que tous les auteurs leur sont contraires : cette preuve, la plus sensible et la ])lus propre à leur conviction qu'on puisse leur opposer, par le secours de vos ministres, n'est plus qu'un jouet de ces esprits libertins. Leur vanterezvous le ([uatrième et le cinquième siècle, l'autorité de leurs conciles, cl les lumières admirables de leurs docteurs? Mais c'est la source et le siège de l'idolAlrie antichrèlienne. Irez-vous aux siècles précédents? Mais tout y est iilcin d'erreurs et d'ignorance, et vos ministres leur y font trouver plus de partisans que de censeurs. Qu'y a-t-il donc d'entier dans le christianisme, et où le trouverons-nous dans sa pureté?
XX. L'Ecriture même ne subfiiste phis. Jésus- Christ et les apôtres n'ont plus d'autorité. — Dans l'Ecriture, dites-vous? Voilcà de quoi on vous llatte; mais vous ne considérez pas que pour l'honneur de l'Ecriture, il faut trouver quelqu'un qui l'ait entendue ; or, si nous en croyons votre ministre, il n'y eut jamais de livre plus universellement mal entendu que celte Ecriture, ni de doctrine plutôt oubliée que celle de Jésus-Christ, ni enlin de docteurs plus malheureux que les apôtres; puisqu'à peine avaient-ils les yeux fermés, que l'Eglise qu'ils avaient plantée l'ut toute défigurée par des erreurs capitales. El par qui est arrivé ce malheur sur le travail des apôtres? Par leurs disciples, par leurs successeurs, par ceux qui remplirent leurs chaires incontinent après eux, par ceux qui versaient leur sang pour leur doctrine : tant ils avaient mal instruit leurs disciples; tant leur travail, qui devait être si solide et si permanent, fut tôt dissipé.
XXI. Les sociniens, autrement les tolérants , poussent le ministre dans une manifeste contradiction et ne lui laissent aucune réplique. — Là vous aurez à essuyer la risée et les railleries des libertins. Où sont, diront-ils, les promesses de Jésus-Christ? Où la fermeté de son Eglise? Où la pureté tant vantée du christianisme? Les sociniens déclarés ne seront pas moins terribles : Pourquoi nous condamnez-vous avec tant d'aigreur pour des dogmes qui nous sont communs avec les martyrs? Mais ceux qui pressent le plus M. Jurieu, sont ceux qu'il appelle les tolérants, c'est-à-dire des sociniens déguisés , mitigés, si vous le voulez, dont toute la religion, dit voire ministre ', est dans la tolérance des différentes hérésies. « Ces sortes de gens, poursuil- » il , tirent avantage des variations des anciens, et » ils disent : Il faut que les mystères do la Trinité » et de l'Incarnation ne soient pas couchés si clai- » rement dans l'Ecriture, puisque les premiers » Pères ont varié là-dessus. »
Assurément il n'y a rien de plus pressant que cet argument des tolérants. Car ces anciens, qu'on accuse d'avoir varié sur ces mystères, ne sont pas les simples et les ignorants; ce sont les docteurs et les évèques : ce ne sont pas quelques esprits contentieux ((ui obscurcissaient exprès les Ecritures : ce sont les saints et les martyrs. Si donc on avoue aux sociniens, ou, si vous voulez, à ces tolérants, que ces mystères n'étaient pas connus dans les premiers siècles, il s'ensuit qu'ils n'étaient pas clairs