‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 447 sur 545 · Lett. VII, p · texte numérisé non relu

Lett. VII, p

LE CHRISTIANISME FLÉTRI; LE SUCINIAXISME AUTORISE

qui lui vient dans la pensée, selon qu'il se sent pressé par les difflcultés qu'on lui propose, et vous le donne pour bon, sans vous ménager. Dans son Système de l'Eglise', il a eu besoin de dire ([u'elle n'avait jamais varié dans les articles fondamentaux : il l'a dit, et s'il y a une vérité qui ne puisse être contestée , c'est celle-là , puisqu'il est de la dernière évidence que l'Eglise ne sui)sisle plus quand on en a renversé jusqu'aux fondements. D'ailleurs il n'a point trouvé de meilleur moyen pour distinguer les articles fondamentaux d'avec les autres, qu'en disant que les articles fondamentaux sont ceux qui ont toujours été reconnus : on n'a donc jamais varié sur ces articles. C'était ici une doctrine où il fallait absolument demeurer ferme, et selon ses principes particuliers , et selon la vérité même : mais VHistoire des Variations a fait changer un principe si constant. Pour justifier les variations de la Réforme , il a fallu en trouver dans l'ancienne Eglise. Votre ministre avait cru d'abord qu'il lui suffirait d'en montrer dans la manière seulement d'expliquer les choses ; mais dans la suite de la dispute il a bien vu qu'il n'avançait rien, s'il ne montrait des varialions dans le fond même : il a donc fallu en attribuer aux premiers siècles, et dans les matières les plus essentielles. Les tolérants sont venus qui lui ont prouvé par ses principes que ces matières n'étaient donc plus si essentielles, s'il était vrai que les premiers siècles les eussent ignorées ou rejetées. Alors il a fallu revenir à ses premières pensées, et répondre que les premiers siècles n'avaient point varié dans tous ces points. Ainsi dans la même lettre^ on trouve les trois premiers siècles accusés d'erreurs capitales sur la personne du Fils de Dieu , sur la foi de la Providence, sur la satisfaction et la grâce de Jésus-Christ; et le reste que nous avons vu ; et on y trouve en même temps qu'on n'a jamais varie sior les parties essentielles de ces mystères^. Le même hompje dit ces deux choses dans la même Lettre; et pour s'expliquer plus clairement, il commence par assurer « que la » foi des simples n'a jamais varié sur la Trinité , » sur l'Incarnation, et sur les autres articles fon- » damentaux, comme sur la satisfaction que Jésus- » Christ a olferte par sa mort pour nos péchés, et 1) enfin sur la Providence , qui seule gouverne le » monde, et dispense tous les événements particu- » tiers. » Voilà donc déjà la foi des simples, c'està-dire , du gros des fidèles , en sûreté : mais de peur qu'on ne s'imagine que les docteurs ne fussent ceux dont la subtilité eût tout brouillé, il ajoute : (t que cette foi des simples était en même temps la » fui des docteurs. » Voilà ce qu'on trouve en termes formels dans les mêmes Lettres de votre ministre ; c'est-à-dire, qu'on y trouve en termes formels dans une matière fondamentale , les deux propositions contradictoires; tant il est peu ferme dans le dogme, et tant il est manifestement de ceux dont parle saint Paul, qui n'entendent ni ce qu'ils disent eux-mêmes, ni les choses dont ils parlent avec le plus d'assurance''.

XXIII. Que tout ce qu'il pourra dire sera également contre lui. — Il faudra enfin toutefois que ce ministre choisisse , puisqu'on ne peut pas soutenir

1. Syst. de t'Egl,, p. K6 et suiv. 453 et siiiv.: etc. — 2. Lett. vu, p. 49 et suiv. — 3. Idem, p. 5C. — 4. /. Tint., i. 7.

ensemble les deux contradictoires. Mais, mes frères, que choisira-t-il, puisqu'il est également pris, quoi qu'il choisisse? Dira-t-il que la foi de l'Eglise n'a jamais varié? Il fait pour moi , et il confirme ma proposition qu'il a trouvée si étrange, si prodigieuse , si pleine de témérité et d'ignorance, et plus digne enfin d'un paien que d'un chrétien. Prendrat-il le parti de dire que l'Eglise des premiers siècles a varié dans ses dogmes? Ils ne seront donc plus fondamentaux, ni si certains que le prétend ce ministre même : il sera forcé de recevoir ceux qui les nieront; et les tolérants, c'est-à-dire, comme on a vu, des sociniens déguisés, gagneront leur cause.

Peut-être que, pour couvrir ses contradictions et son erreur, il dira qu'à la vérité les Pérès qu'il a cités ont enseigné ce qu'il avance : mais que c'étaient des particuliers qui n'entendaient pas les vrais sentiments de l'Eglise. Mais déjà, s'il est ainsi, ma proposition, tant condamnée par votre ministre, est en sûreté; puisqu'il demeure pour constant qu'on ne peut plus accuser la foi de l'Eglise , ni soutenir qu'elle ail varié : et d'ailleurs ce n'est ici qu'une échappatoire; puisque le ministre n'a pas prétendu montrer de l'erreur dans la doctrine des particuliers, mais par la doctrine des particuliers, en faire voir dans l'Eglise même, y faire voir, comme il dit, des erreurs capitales dans la théologie de ces siècles-là, une opinion régnante et constante, et le reste que nous avons vu' : el quand il n'aurait voulu rapporter que des erreurs particulières, il ne laisserait pas d'èlre convaincu de ne les avoir pas rejetées; puisque, pour les rejeter autant qu'il faut, il faut les rejeter jusqu'à dire qu'elles sont damnables. Or elles ne sont pas damnables, si elles se sont trouvées dans les martyrs, si l'Eglise les y a vues, el les y a tolérées : il faudra donc mettre au rang de ceux qu'on tolère, ceux qui nient que la génération et la personne du Fils de Dieu soient éternelles. La conséquence est si bonne , que voire ministre a été contraint de l'avouer; d'avouer, disje , que l'erreur où l'on niait l'élernilé de la personne du Fils de Dieu , n'était pas essentielle et fondamentale : ce qui donne aux défenseurs de celte impiété la même enlrée qu'aux luthériens dans la communion de la vraie Eglise.

XXIV. Étrange état où ce ministre met les protestants. — Mais enfin, direz-vous, venons au fond. Est-il vrai, ou ne l'est-il pas, que les saints docteurs aient varié sur tous ces dogmes? Hélas t où en êles-vous, si vous avez besoin qu'on vous prouve que les articles les plus essentiels, et même la Trinité et l'Incarnation, ont toujours été reconnus par l'Eglise chrétienne? Il n'y a que les sociniens qui aient besoin d'être instruits sur ce sujet-là. Que si vous êtes ébranlés par l'autorité de M. Jurieu, qui vous dit si hardiment que ces importantes vérités n'étaient pas connues des anciens, vous devez en même temps vous souvenir que sa doctrine ne se soutient pas, et que ce qu'il assure si clairement dans un endroit, il ne le désavoue pas moins clairement en l'autre. Ce ministre n'est donc plus bon qu'à vous faire voir la confusion qui règne dans vos Eglises, où ce qu'il y a de plus important et de plus certain devient plus douteux.

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