Ibid
tabilité de sa génération éternelle? Ce n'est pas là, dit-il ' , une variation essentielle et fondamentale. On peut varier là-dessus, sans varier sur les parties essentielles du mystère. Il niera encore cela , car il nie tout : mais vous venez d'entendre ses propres paroles-; et il donne gain de cause aux tolérants, qui ne sont, comme on a vu plusieurs fois, que des sociniens déguisés.
XL VII. Les sociniens j)lus fiers que jamais, par les pas qu'on fait vers eux dans la Réforme prétendue. — Je ne m'étonne donc pas si ces hérétiques triomphent, ni s'ils inondent de leurs écrits artificieux toute la face de la terre. Ils gagnent visil.ilcment du pays parmi vous ; puisque déjà on leur accorde des élus cachés dans leur société, et môme la tolérance pour leurs dogmes principaux : mais ce qu'il y a de pis, votre ministre les combat si faiblement et par des principes si mauvais, que jamais ils ne se sont sentis plus forts, et jamais ils n'ont conçu tant d'espérance.
C'est en vain que ce ministre répond , que jamais homme n'eut plus de chagrin que lui contre les tolérants'. Ce n'est point du chagrin qu'il faut avoir pour ceux qui errent-; car outre que le chagrin met dans le cœur de l'aigreur et de l'amertume, il fait agir par passion et par humeur, chose toujours variable; comme aussi vous venez de voir une perpétuelle inconstance dans ce ministre. Ce sont des principes , c'est une doctrine constante et suivie qu'il faut opposera ces novateurs : et parce que votre ministre n'a rien eu de tout cela à leur opposer selon les maximes de la Réforme , vous avez vu clairement , qu'il n'a fait par tous ses discours, que relever leurs espérances.
XLVIII. Blasphème des sociniens , confirmé par la doctrine du 7ninistre Jurieu. — Déliez-vous , mes chers frères , de ces dangereux esprits , de ces hardis novateurs, en un mot, des sociniens, qui bientôt, si on les écoutait, ne laisseraient rien d'entier dans la religion chrétienne. Ils viennent de publier leur Histoire, où ils avouent que » la vé- » rite a cessé de paraître dans l'Eglise depuis le » temps qui suit immédiatement la mort des apô- » très"; » et ils racontent que Valentin Gentil , un de leurs martyrs, persécuté par Calvin et par Bèzo, « s'opposait si fortement à la vulgaire croyance de » la 'Trinité, qu'on a môme écrit qu'en ces temps, » ne sachant à quoi se résoudre dans des commen- » céments si embarrassants et si dilTiciles , il lui » avait préféré le mahométisme. » En effet , si les sociniens et leurs prédécesseurs ont raison , le mahométisme , qui rejette la Trinité et l'Incarnation, est plus pur en ce qui regarde la divinité en général , et en particulier en ce qui regarde la personne de Jésus-Christ que n'a été le christianisme depuis la mort des apôtres. La doctrine du Fils de Dieu est plus pure dans l'Alcoran , que dans les écrits de nos premiers pères. Mahomet est un docteur plus heureux, que ne l'ont été les nôtres; puisque ses disciples ont persisté dans sa doctrine, au lieu que les chrétiens ont abandonné celle des apôtres, qui est celle de Jésus-Christ môme , incontinent après leur mort. Vous avez horreur de ces blasphèmes et avec raison. Ouvrez donc les yeux, mes chers frè-
1. Lett. VI, p. 44.-2. Ci-dessus,)!. S, 11, 12, 21. — 3. Lett. x, 1 p. "y. — 4. Hist. réf. PoL, lib. 1, c. i.
I)EUxiï;mi-: avertissement.
rcs, cl voyez où l'on vous mène; puisque déjà on vous dil, à l'exemple des sociniens, que les disciples des apôtres et les martyrs , dont la passion a suivi la leur de si près , ont tellement déf^ônérc de leur doctrine , qu'ils lui ont môme prtM'érô la philosophie, avec des erreurs aussi capitales que celles que vous venez d'entendre.
.XLIX. Conclusion de ce discours. Réflexion sur l'état présent du parti prolestant. — Mais vous entendrez dans la suilc des choses bien plus étranges que celles que j'ai relevées dans ce discours; et si , étonnés de tant de faiblesses, de tant de contradictions , des égarements si étranges de votre ministre, vous vous demandez à vous-mômes, comment il se peut faire, je ne dis pas qu'un théologien, mais qu'un homme, quel qu'il soit, pour peu qu'il ait de bon sens , y soit tombé : souvenez-vous qu'il est écrit, que Dieu envoie l'esprit de vertige, d'étourdissement et une efficace d'erreur à ceux qui résistent à la vérité' : et cela véritablement par un jugement terrible sur les docteurs de mensonge : mais en même temps, mes chers frères, par un conseil de miséricorde sur vous et sur tous ceux qui sont abusés et prévenus; afin, comme je l'ai dit au commencement, avec saint PauP, que la folie de ces séducteurs étant connue de toute la terre, le progrès de la séduction soit arrêté, et qu'on revienne du schisme et de l'erreur. C'est à quoi Dieu vous conduit, si vous n'êtes point sourds à sa voix. Considérez l'état où vous êtes ; votre prétendue Réforme, à ne regarder que les soutiens du dehors, ne fut jamais plus puissante ni plus unie. Tout le parti protestant se ligue, et a encore trouvé le moyen d'entraîner dans ses desseins tant de puissances catholiques, qui n'y pensent pas assez. Votre ministre triomphe; et avec un air de prophète, il publie dans toutes ses Lettres, que c'est là vraiment un coup de Dieu : mais il y a des coups de Dieu de plus d'une sorte. Pendant qu'à l'extérieur, la Réforme est plus redoutable, et tout ensemble plus flère et plus menaçante que jamais, elle ne fut jamais plus faible dans l'intérieur, dans ce qui fait le coHir d'une religion. Sa doctrine n'a jamais puru plus déconcertée : tout s'y dément , tout s'y contredit : vous en avez déjà vu des preuves surprenantes ; vous en verrez d'autres dans la suite : mais ce que vous voyez déjà est assez étrange. Jamais on ne mit au jour tant de monstrueuses erreurs; jamais on n'écouta tant de fables, tant de vains miracles, tant de trompeuses prophéties : la gloire du christianisme est livrée aux sociniens : le mal est monté jusqu'à la tète; et les plus célèbres docteurs sont ceux qui s'égarent davantage. Ainsi la mesure semble cire au comble; et il est temps ou jamais d'ouvrir les yeux. Dieu est assez bon et assez puissant pour confondre encore les ligues, et ensemble tous les projets de la Réforme entreprenante : mais quaml , contre toute apparence, elle aurait remi)orlc autant de victoires que ses prophètes lui en promettaient, ceux qui s'y laisseraient tromper ne seraiimt jamais qu'un troupeau errant, enivré du succès, et ébloui par les espérances du monde.