‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 455 sur 545 · Lelt. X, p · texte numérisé non relu

Lelt. X, p

LA RÉFORME CONVAINCUE D'ERREUR

III. Dieu auteur dupéche'. Premier blasphème de la Reforme, proucépar le ministre Jurieu. Paroles de Mélanchloii , approuvées par Luther. — Mais s'il craignait ce jugement de Dieu où il m'appelle, il songerait qu'un jour on y récitera ces paroles, où traitant la paix avec les luthériens', après leur avoir reproché que leurs premiers réformateurs, c'est-àdire , Mélanchton et Luther même, ont approuvé, du moins par leur silence, les écrits de Calvin, ceux de Zwingle , ceux de Zanchius, que les luthériens d'aujourd'hui accusent de ce détestable particularisme, comme ils l'appellent, qui ôte le libre arbitre et fait Dieu auteur du péché, il continue ainsi son discours ; « Mais ce n'est pas seulement par » leur silence ou par l'approbation , que vos réfor- » mateurs ont été de durs prédeslinateurs , et ont » enseigné en paroles expresses, et encore des » plus dures, le particularisme, la prédestination » et la réprobation, avec une nécessité qui provient » de la force des décrets. Que Mélanchton paraisse » le premier : c'est de lui qu'est cette parole que 1) nos calomniateurs ont tant relevée : Que l'adul- » tcre de David , et la trahison de Judas , n'est pas » moins l'œuvre de Dieu, que la conversion de saint » Paul. »

Il cite en marge le commentaire de cet auteur sur le chapitre vin aux Romains , où il est vrai qu'on trouve en autant de mots cet exécrable blasphème. Sont-ce donc là seulement des paroles dures, comme M. Jurieu avoue qu'il en a lui-même imputé aux premiers réformateurs; ou, comme nous le disons, une doctrine abominable? Il continue : « Mais on » lisait ces paroles dans les premières éditions des « Lieux communs de Mélanchton : La divine prédes- » tination ôte la liberté à l'homme ; car tout arrive » selon ses décrets dans toutes les créatures; et » non-seulement les œuvres extérieures, mais en- » core les pensées intérieures^. » Tout arrive selon les décrets de Dieu , et au dedans et au dehors de l'homme : par conséquent toutes ses pensées bonnes et mauvaises , et autant ses crimes que ses bonnes œuvres : et de peur qu'on ne crût que Mélanchton eût enseigné ces blasphèmes sans l'aveu de Luther; M. Jurieu ajoute : « Luther a vu cela, et il a ap- » prouvé le livre de Mélanchton, jusqu'à le juger » digne non-seulement de l'immortalité , mais en- » core d'être inséré parmi les Ecritures canoni- » ques. » Il cite, pour le prouver, le livre du Serf arbitre de Luther, où il est vrai que se trouve cette approbation très-expresse des blasphèmes de Mélanchton; et pour ne laisser aux luthériens aucun moyen de s'échapper, il se fait celte objection^ : Cl Mais , dites-vous, Mélanchton a rétracté cette opi- » nion dans les éditions suivantes de ses Lieux » communs au titre : De la cause du pe'ché. Il est » vrai, il l'a rétractée, et avec raison; car qui pour- » rait souffrir cette parole qui détruit toute reli- !■ GioN : Que la divine prédestination ôte à l'homme » son libre arbitre? » Voilà l'objection proposée, et Mélanchton bien convaincu d'avoir enseigné une impiété manifeste et détruit toute religion. Mais de peur qu'il ne lui échappe, non plus que son maître Luther, il ajoute premièrement contre Mélanchton, qu'il n'a rétracté cette opinion que mollement et en

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