‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 459 sur 545 · rur.,p. 213. — 2. Idem, p. 214. — 3. lOul., p · texte numérisé non relu

rur.,p. 213. — 2. Idem, p. 214. — 3. lOul., p

LA RÉFORME CONVAINCUE D'ERREUR

» rélraclalion. S'il a rétracté et condamné son livre » du Libre arbitre, où est l'analhème qu'il lui a » dit? comment l'a-t-il laissé parmi ses ouvrages? » Il a parlé plus doucement dans la Visite saxonni- » que, en reconnaissant le libre arbitre dans les » choses civiles et morales, et pour les œuvres » extérieures de la loi; mais il ne nie nulle part ce » qu'il avait assuré dans son livre du Serf arbitre; » et on peut aisément concilier ce qu'il a dit dans » ces deux livres. » Il le concilie en elTet, en remarquant que Luther pourrait avoir admis le libre arbitre, » en entendant sous ce mot, qu'on n'agit » pas malgré soi, mais trcs-volontaireraent; ce qui, » poursuit-il, n'empêcherait pas qu'il ne fût tou- » jours véritable, comme Luther l'avait dit dans le » livre du Serf arbitre, que Dieu par sa volonté » rend les hommes nécessairement damnables, et » que par sa pure volonté il damne des innocents. » Luther, dit-il', n'a point rétracté cela. » Il a raison : on a quelque part adouci , quoique faiblement , les expressions : on a nommé le Libre arbitre même dans la Confession d'Augsbourg, sans bien expliquer ce que c'était; mais on ne trouve en aucun endroit la condamnation d'un livre si abominable, ni aucune rétractation de tous ses excès. Il ne fallait pas attendre de Luther, que jamais il avouât, ou qu'il crût avoir failli; et il valait mieux certainement laisser en leur entier tous les blasphèmes du livre du Serf arbitre , que de se rabaisser jusque-là. Ainsi le luthérien n'a point de réplique; et le bienheureux Luther (car c'est ainsi qu'on affecte de le nommer dans le parti) demeure convaincu , par notre ministre, non-seulement d'avoir commencé sa Réforme , mais encore d'avoir persévéré jusqu'à la lin dans cette impiété.

Il est donc plus clair que le jour, que le ministre n'a pas seulement avoué, mais encore qu'il a prouvé invinciblement les impiétés de Luther, et s'il les nie maintenant , s'il tâche de révoquer son aveu , c'est qu'il a honte pour la Réforme de la voir commencer par des blasphèmes , et de lui voir pour ses chefs des blasphémateurs et des impies : et si, pour repousser ce juste et inévitable reproche, il s'emporte jusqu'à m'appeler au redoutable tribunal de Dieu , et à invoquer contre moi à témoin ce juste Juge, il ressemble manifestement à ces profanes qui se servent d'un si grand nom pour éblouir les simples, et donner de l'autorité au mensonge.

VI. Calvin et Bèze convaincus d'avoir dit les mêmes choses que le ministre furieu a reconnues pour des blasphèmes, et qu'il n'a osé les excuser tout à fait d'impiété'. — Ce n'a donc pas été une calomnie, mais une vérité, non-seulement avouée, mais encore démontrée par M. Jurieu , de dire que les réformateurs ont fait Dieu auteur du péché. Ce ministre passe déjà condamnation pour Luther et pour Mélanchton, c'est-à-dire, pour les premiers des réformateurs. Mais j'ai fait voir que Calvin et Bèze n'en avaient pas moins dit que les deux autres^; et qu'aussi M. Jurieu, sans oser entreprendre de les justifier, n'en avait pu dire autre chose, sinon qu'ils étaient sobres en comparaison de Luther^ : ce qui montre, non pas qu'il les croit innocents, mais qu'il les croit seulement moins cou-

1. Pag. 218. — 2. Var., liv. xiv, n. 1, 2, 3, 4. Addit., n. S. — 3. Jur., de pac.,p. 214.

pables, c'est-à-dire , moins impies et moins grands blasphémateurs. Mais en cela il se trompe : car j'ai produit les passages de Calvin et de Bèze', où ils disent « que Dieu fait toutes choses selon son con- » sel! défini, voire même celles qui sont méchantes » et exécrables; qu'ayant ordonné la fin (qui est de » glorifier sa justice dans le supplice des réprou- » vés), il faut qu'il ait quant et quant ordonné les » causes qui amènent à cette lin, (c'est-à-dire sans » difficulté, les péchés;) que le péché du premier » homme, quoique volontaire, est en môme temps » nécessaire et inévitable; qu'Adam n'a pu éviter » sa chute, et qu'il ne laisse pas d'en être coupable; » qu'elle a été ordonnée de Dieu, et qu'elle était » comprise dans son secret dessein; qu'un conseil » caché de Dieu est la cause de l'endurcissement; » qu'on ne peut nier que Dieu n'ait voulu et dé- » CRÉTÉ LA. DÉSERTION d'Adam, puisqu'il fait tout ce » qu'il veut; que ce décret fait horreur; mais » qu'enfin on ne peut nier que Dieu n'ait prévu la » chute de l'homme , puisqu'il l'avait ordonnée par >' son décret; qu'il ne faut point se servir du terme » de permission, puisque c'est un ordre exprès; » que la volonté de Dieu fait la nécessité des choses, » et que tout ce qu'il ordonne arrive nécessaire- » ment; que c'est pour cela qu'Adam est tombé par » un ordre de la providence de Dieu , et parce que » Dieu l'avait ainsi trouvé à propos ; que les réprou- » vés sont inexcusables , quoiqu'ils ne puissent » éviter la nécessité de pécher, et que cette néccs- » site leur vient par ordre de Dieu ; que Dieu leur » parle, mais que c'est pour les rendre plus sourds; » qu'il leur envoie des remèdes, mais afin qu'ils ne » soient point guéris; et que si les hommes veulent » répliquer qu'ils n'ont pu résister à la volonté do » Dieu, il les faut laisser plaider contre celui qui » saura bien défendre sa cause , » sans qu'il soit permis, comme on voit, de la défendre, en disant qu'il laisse riiommc à sa liberté , et qu'il ne veut point son péché. Voilà ce qu'ont dit Calvin et Bèze; ce qui, comme on voit, n'est jias moins mauvais que ce qu'ont dit Luther et Mélanchton.

VIL Que le ministre Jurieu n'a rien eu à dire aux luthériens, qui convainquent les calvinistes des mêmes blasphèmes , dont les calvinistes les convainquent, et qu'il a avoué le fait. — Aussi voyons-nous manifestement que si le calviniste ferme la bouche au luthérien sur son Mélanchton et sur son Luther, le luthérien ne remporte pas un moindre avantage sur les calvinistes : car écoutez comme les presse le docteur Gérard^ : « Qu'ils donnent donc gloire à » Dieu et à la vérité , en désavouant publiquement » telles et semblables expressions qui se trouvent » dans les écrits des gens de leur parti : que Dieu » a préordonné par un décret absolu certains hom- » mes, et même la jikipart des hommes, aux pé- » elles et aux peines des péchés; que la Providence » divine a créé quelques hommes, afin qu'ils vivent » dans l'impiété; que Dieu pousse les méchants » aux crimes énormes; que Dieu en quelque sorte » est cause du péché : qu'ils condamnent de sem- )) blables propositions qui se trouvent en autant de » termes dans leurs écrits publics, s'ils veulent être 1) réconciliés avec l'Eglise. » Voilà les impiétés que les luthériens reprochent aux calvinistes; et le pas-

I. Ver., l. XIV. —2. Ger., de Elecl. cl reprob., cap. 10, n. 137.

DEL'XIKME AVERTISSEMENT.

sage qu'on vient de voir du docteur (!énird, est cité mot à mot jiar M. Jurieu'. Mais (|u'y répond ce ministre? Nic-t-il le fait'? Je veux dire , nie-l-il que ceux de son parti aient enseigne que Dieu « préor- » donne les hommes aux péchés , les pousse aux «crimes énormes, et soit en quelque sorte cause » du péché? » Point du tout : voici sa réponse^ : « Il est vrai ; nous reconnaissons qu'entre ces » expressions il y en a de trop dures. Nous n'avons » pas pour nos auteurs la môme soumission que » ces messieurs les luthériens ont pour Luther; et » nous ne nous faisons pas une honte d'abandonner » leurs manières, quand elles nous paraissent pro- » près à scandaliser, et dures à digérer. Telles sont » celles que nous venons de voir, dont aussi nul » des nôtres ne se sert plus aujourd'hui, et dont » on ne s'est plus servi depuis cent ans. »

VIII. Que le ministre Jurieu dit , pour toute excuse , que la Réforme s'est corrigée de ces blaspliêmes depuis cent ans; mais qu'en même temps il fait voir quelle y persérère encore, et qu'elle ne s'est corrigée qu'en apparence. — Il avoue donc en termes formels, que ses auteurs ont avancé ces propositions impies : « Que Dieu préordonne aux péchés; que » Dieu pousse aux crimes énormes; qu'il est en » quelque sorte cause du péché. » Il ne sert plus à rien de le nier, ni de dire que je lui fais une calomnie aussi fausse que maligne , en disant qu'il a avoué des réformateurs en général, et même de ceux de son parti, qu'ils enseignent que Dieu pousse l'homme aux crimes énormes : le docteur Gérard lui reproche que cette proposition et d'autres aussi impies, se trouvent en autant de mois dans ses auteurs. Loin de dire ici qu'on le calomnie , ou d'appeler le docteur Gérard au redoutable tribunal de Dieu, il confesse tout, quoiqu'il tâche de pallier ce fait honteux, et d'adoucir ses propositions qui sont autant de blasphèmes, en les appelant seulement des expressions trop dures el des manières propres à scandaliser. Enfin il avoue la chose : ces propositions se trouvent dans les auteurs du calvinisme comme dans ceux du luthéranisme : il n'y a point d'aveu plus formel que de dire tout simplement : Il est vrai. La liéforme ne trouve d'excuse à cet excès, qu'en disant qu'on n'y tombe plus depuis cent ans, et se trouve bien honorée, pourvu qu'on accorde qu'elle n'a été que soixante ou quatre-vingts ans dans le blasphème. Mais encore n'aura-t-elle pas cette misérable excuse : on lui montre qu'elle y est encore , et on le montre par les paroles du ministre môme qui la défend. Si elle était bicm revenue de l'abominable erreur de faire Dieu auteur du péché, de dire (\u'il le préordonne et pousse les hommes aux crimes énormes, elle ne dirait pas seulement que ce sont des expressions trop dures, des manières propres à scandaliser, et dures à digérer : car, en parler de celte sorte, c'est, en avouant qu'on a avancé des proiiosilions si impies, soutenir qu'au fond on les tient encore pour véritables; qu'on tient, dis-.je, pour véritable, que Dieu pousse aux crimes énormes , cl qu'il est cause du péché. Que le ministre ne réponde pas , que selon la proposition, on dit qu'il en est cause en quelque sorte : car, outre que ce pitoyable adoucissement ne se trouve pas dans les autres propositions

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