Lelt. X. —2. //. Cor., x. 5. — 3. /. Tim.,i
DEUXIEMK AVERTISSEMENT.
liumaiiis, est-il moindre? Point du loul ; l'un cl l'uuU'c s'est brisé contre l;i i)ierre. Celui qui lient ensemble les doux vérités (]ue les autres coninieltent ensemble et détruisent l'une i)ar l'autre, qui les concilie le mieux qu'il peut, et sachant bien ([u'il n'est pas ici dans le lieu d'entendre , les surmonte jiar la foi , en attendant qu'il y atteigne par l'intelligence : faudrait-il dire à M. Jurieu, s'il était théologien, que c'est le seul qui navigue sûrement, et qui seul pourra parvenir à la vérité comme au port? Que sert donc d'alléguer ici la grâce eflicace et les thomistes? Ces docteurs comme les autres catholiques, sont d'accord à ne point mettre dans le choix de l'homme une inévitable nécessité, mais une liberté entière de faire et ne faire pas. S'ils ont de la peine à l'accorder avec rimniulabililé des décrets de Dieu, ils ne succombent pourtant pas à la dilTiculté : ils rament do toutes leurs forces pour s'empêcher d'être jetés contre l'écueil. M. Jurieu , qui, pour tout brouiller lorsqu'il s'agit simplement d'établir la foi, voudrait in'engagcr à discuter les moyens par lesquels on tiche de l'expliquer, ne veut qu'amuser le monde : et c'est assez qu'on ait vu que ce n'est point par des conséquences, mais par un aveu formel , que Luther, Mélanchton, Calvin , Bczo et les autres réformateurs ont fait Dieu auteur du péché; que lui-môme tantôt l'avoue et tantôt le nie; que dans le fond il est prêt à retomber dans l'erreur dont il semble vouloir excuser la Réforme; qu'il y retombe en effet, sans avoir pu s'en défendre ; et que , semblable à un criminel pressé par des preuves invincibles , il ne peut pas demeurer un seul moment dans la môme contenance, ni se soutenir devant ses accusateurs.
XI. RéjUxion sur les blasphèmes des réformateurs et de la Réforme. — En effet, ne voyez-vous pas comme il vacille? D'abord il faisait le fier; et pendant que je l'accusais , il m'accusait moi-même comme un calomniateur devant le jugement de Dieu : mais quand le luthérien s'est élevé contre lui, en accusant les auteurs du calvinisme de faire Dieu cause du péché, jusqu'à nous pousser luimôme aux crimes énormes par une immuable et inévitable nécessité, il n'a pas eu de réplique, et il a dit : Il est vrai. Le voilà vaincu de son aveu propre; et il n'a plus songé, comme on a vu, qu'à pallier le crime. Mais il n'a pas été moins fort contre le luthérien, que le luthérien l'a été contre lui, et il a très-bien convaincu , non-seulement Mélanchton, mais encore Luther lui-même, de n'avoir pas moins blasphémé que Calvin et les calvinistes. Entendez ceci , mes chers frères ; les deux que nous accusons , s'accusent entre eux : nous n'avons plus besoin de parler, et ils se convaini[uenl l'un l'autre, sans se laisser aucune évasion. (;ar le ministre Jurieu croyait échapper; et pour pallier le mieux qu'il pouvait les blasphèmes de son parti, il les appelle seulement des expressions dures, des manières propres à scandaliser, et dures à diijérer. Mais il a lâché le mut contre Luther; et quoique Luther n'en ait pas dit davantage que Calvin et les calvinistes , non content de lui attribuer, comme à eux, seulement des expressions dures, M. Jurieu est contraint I)ar la vérité, à lui attribuer des dogmes alfreux , qui tendetit au manichéisme, et rentersenl toute religion, gue dira-t-il maintenant? Le fait est cons-
tant, de son aveu : la qualité du crime n'est pas moins certaine ; et lui-même l'a (lualilié d'impiété. Il n'y a donc plus qu'à le condamner par sa lU'opre bouche , et dans une cause égale faire tomber sur son parti la même sentence.
Saint Paul écrit à Timothée : 0 Timothée, yardcz le dépôt, en évitant les profanes nouveautés de paroles, et les contradictions de la science faussement appelée de ce nom'. Quelle nouveauté plus profane que celle de parler de Dieu comme de celui qui nous pousse aux crimes énormes; et qui, en ruinant notre libre arl)ilre par ses décrets , impose aux démons comme aux hommes, la nécessité de tomber dans tous les péchés qu'ils commettent? Déjà la Réforme n'a pas évité ces profanes nouveautés dans les paroles, puisqu'elle a proféré celles-ci. Mais saint Paul ne s'arrête pas à condamner seulement les paroles. Dans les paroles il a regardé le sens ; et il a voulu nous faire entendre que les profanes nouveautés dans les paroles, marquaient de nouveaux prodiges dans les sentiments : c'est pourquoi il a condamné dans ces paroles profanes, la science faussement nommée d'un si beau nom. Reconnaissons donc dans la Réforme, je dis dans ses deux partis, et autant dans le calvinisme que dans le luthéranisme , cette fausse et dangereuse science , qui , pour montrer qu'elle entendait les plus hauts mystères de Dieu, a trouvé dans ses décrets immuables, la ruine du libre arbitre de l'homme, et en même temps l'extinction du remords de conscience. Car si tout , et le péché même nous arrive par nécessité , et que nous n'ayons non plus de pouvoir d'éviter le crime que la mort et les maladies, nous pouvons bien nous affliger d'être pécheurs comme d'être sourds ou paralytiques; mais nous ne pouvons nous imputer notre péché comme une chose arrivée par notre faute, et que nous pouvions éviter; qui est précisément en quoi consiste cette douleur qu'on nomme remords de la conscience. Avec elle s'en va aussi la pénitence : on se peut croire malheureux , mais non pas coupable : on se peut plaindre d'être pécheur, impudique, avare, orgueilleux, comme on se plaint d'avoir la fièvre : encore peut-on quelquefois reconnaître qu'on a la lièvre par sa faute , et pour l'avoir contractée par des excès qu'on pouvait éviter : mais si tout et la faute même est inévitable, l'idée de faute s'en va; personne ne frappe sa poitrine , ni ne se repent de son péché en s'accusant soi-même, et en disant : Qu'ai-je fait-? La conscience dit à un chacun : Je n'ai rien fait, qu'une force supérieure et divine ne m'y ait poussé , et Dieu m'cntraine au péché comme à la peine.
Telle est la fausse science que la Réforme a professée, quand elle a cru pouvoir pénétrer tous les mystères de Dieu; mais voici en même temps ses contradictions. Prenez garde, disait saint Paul, aux contradictions de cette fausse science : c'est que toute fausse science se contredit elle-même. Il en est ainsi arrivé à la RéforuK! ; et parce que la science est fausse , elle est tombée dans de visibles contradictions. Elle a fait Dieu cause du péché; elle a eu honte de cette erreur, et a voulu s'en dédire; elle a voulu qu'on crût du moins qu'elle s'en était corrigée; et s'en dédisant, elle a posé des ijrincipes pour y retomber. Elle y retombe en effet dans le temps