‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 462 sur 545 · nm., VI. 20. — 2. Ari-m., vm. G · texte numérisé non relu

nm., VI. 20. — 2. Ari-m., vm. G

LA REFORME CONVAINCUE D'ERREUR

qu'elle tâche de s'en excuser; et ne voulant pas avouer ce que la nature et sa propre conscience lui dictent sur son libre arbitre, elle établit dans tous les maux, même dans celui du péché, la nécessité dont nul que Dieu ne peut être auteur.

Voilà l'esprit de blasphème au milieu de ceux qui se sont dits des chrétiens réformes; et le voilà môme dans ceux qu'ils appellent les réformateurs. Le voilà dans Luther, dans Mélanchton , dans Calvin, dans Bèze , dans les deux partis des protestants, de l'aveu de il. Jurieu; et le voilà dans M. Jurieu lui-même , qui lâche d'en excuser la Réforme. Qu'elle écoute donc la sentence de la bouche de Dieu : Chassez du camp le blasphémateur et celui qui a maudit son Dieu' , c'est-à-dire , qui a dit du mal contre lui. Mais qui dit plus de mal contre son Dieu , que ceux qui disent qu'il fait tout le mal? Pouvait-on le maudire davantage '? L'Eglise a obéi à la voix de Dieu, et a chassé ces impies, qui aussi bien se séparaient déjà eux-mêmes, selon la prédiction et contre le précepte de saint Jude^, ou plutôt de tous les apôtres, comme saint Jude l'a remarqué. Mais vous, ô troupeau errant, vous les avez mis à votre tète , et vous en avez fait vos réformateurs. Ha, revenez à vous-mêmes, du moins à la voix de votre nnnistre, qui vous a montré le blasphème au milieu de vous!

XII. Semi-pé lagianisme des luthériens avoué par le ministre Jurieu. — Souvenez-vous maintenant, mes frères , des outrageantes paroles dont a usé il. Jurieu, en m'appelant déclamateur, calomniateur, honune sans honneur et sans foi, devant Dieu et devant son juste jugement. Vous voyez qu'il avait tort; et il employait cependant pour vous tromper, non-seulement les expressions, et les injures les plus atroces , mais encore ce qu'il y a de plus saint et de plus terrible parmi les hommes. Pour toute réparation de tous ces excès , je vous demande seulement, mes frères, de le bien connaître, et de ne plus vous laisser émouvoir à ses clameurs , lorsqu'il se plaint qu'on le calomnie, ilais passons à un autre endroit où il fait encore la même plainte , et avec une égale injustice. « Il est faux, dit-iM , » pareillement qu'on soit demeuré d'accord que les » luthériens soient semi-pélagiens. » Mais sa propre preuve le réfute. La voici. « Car encore, continue- » t-il, qu'ils donnent à l'homme quelque chose à » faire avant la grâce, savoir, d'écouter et de se » rendre attentif, cependant , selon eux , la pre- » mière grâce est de Dieu; et c'est cette première » grâce qui fait la conversion. » Aveugle, qui ne voit pas que les semi-pélagiens n'ont jamais seulement pensé que la première grâce, c'est-à-dire, ce qui est>de Dieu, ne fût pas de Dieu; mais qu'ils étaient semi-pélagiens, en ce qu'ils attachaient cette première grâce à quelque chose qui dépendait purement du libre arbitre de l'homme, comme à prier, à demander, à désirer du moins son salut, et par-là le commencer tout seul. M. Jurieu osera-t-il dire que les luthériens n'en font pas autant? puisqu'en mettant que la grâce fait par elle-même la conversion de l'homme , ils font dépendre cette grâce de l'attention que l'homme prête par lui-même à la parole de Dieu. Qu'est-ce être semi-pélagien , si

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