‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 463 sur 545 · Levil. XXIV. 14. — 2. Episl. JuL, 17, 19. — 3. Lett. x · texte numérisé non relu

Levil. XXIV. 14. — 2. Episl. JuL, 17, 19. — 3. Lett. x

cela ne l'est? Car être semi-pélagien n'est pas nier que Dieu n'achève l'ouvrage; c'est dire qu'il ne l'achève que parce que l'homme l'a auparavant commencé. La grâce , dit le luthérien , est inséparablement attachée à la parole , d'où elle ne manque jamais de sortir avec etlicace. A la bonne heure. L'homme, qui se rend attentif à la prédication, aura sans doute la grâce, selon ces principes. Je le veux bien. Mais pourquoi aura-t-il la grâce ? Parce qu'il s'est rendu attentif. Je le veux encore. Allons plus avant. Est-ce la grâce qui lui a donné cette attention , ou bien se l'est-il donnée à lui-même? C'est lui-même, dit le luthérien. Il se doit donc à lui-même d'avoir la grâce; c'est à lui-même qu'il doit le commencement de son salut. Non , dit M. Jurieu ' ; la grâce prévient et se présente d'elle-même avant tout acte de la volonté. Illusion. Car quelle est la grâce qui se présente de cette sorte? C'est la grâce de la doctrine et des promesses, c'est-à-dire, la grâce des pélagiens anciens et modernes ; la grâce que ces hérétiques , que les sociniens , que les pajonistes, nouveaux hérétiques de la Réforme, qui ne reconnaissaient de grâce que dans la prédication , admettaient; une grâce extérieure qui frappe l'oreille, et qui n'excite l'âme que par le dehors. Mais, dit-on, le luthérien va plus avant; et pourvu qu'on écoute par soi-même cette parole qui est présentée , il en sortira une grâce qui agira dans le cœur. Je l'avoue : mais il faut auparavant que l'homme vienne de lui-même; de lui-même se rendre attentif, c'est commencer son salut sans aucun besoin de la grâce intérieure. Mais dans le commencement est renfermé le salut entier, puisqu'il entraine nécessairement la conversion tout entière : tout cet ouvrage se réduit enfin à une opération purement humaine comme à sa première cause; et l'homme se glorifie en lui-même et non pas en Dieu, ce qui est l'erreur la plus mortelle à la piété. Qu'on démêle ce nœud, ou qu'on cesse d'excuser les luthériens du semi-pélagianisme; c'est-à-dire, comme je l'ai démontré , du plus 'dangereux poison que le pélagianisme verse dans le cœur.

XIII. Preuves de M. Jurieu pour le semi-pélagianisme des luthériens. — liais que nous importe, direz-vous? Ce n'est pas cette question que vous avez à démêler avec M. Jurieu : et il ne s'agit pas de savoir si les luthériens sont devenus demi-pélagiens, mais si ce ministre en est d'accord , comme vous l'en accusez. Hé, je vous prie, que veut-il donc dire par les paroles que vous venez d'entendre. « Ils » donnent à l'homme quelque chose à faire avant la » grâce; savoir, d'écouler et de se rendre attentif^? » Si cela est avant la grâce , il n'est donc pas de la grâce, et le salut commence par quelque chose d'humain. Qu'y a-t-il de plus demi-pélagien? Mais où prend-on que l'attention à la parole, lorsqu'elle est aussi sérieuse et aussi sincère qu'il faut , n'est pas encore un don de Dieu? Ceux qui viennent à Jésus-Christ pour écouter sa parole, ne sont-ils pas de ceux que son Père lire^ ; c'est-à-dire, comme il l'explique lui-même, de ceux à qui son Père donne d'y cenir''? N'est-ce pas là qu'ils commencent à être enseignés de Dieu, à écouter la voix du Père, et à apprendre de lui? Ces brebis, qui écoutent si

1. Lett. X. p. 77. — 2. Jur., Lett. x. — 3. Joan. vi. 44, 66. — 4. Idein, 45.

DEUXIEME AVERTISSEMENT

volontiers la voix du pastnir, ne sont-elles pas de celles que le pasteur a au|iaravant reutlues dociles, qu'il connaît et qui le suicent'/ On sait (juc l'elTicace de la parole se l'ait quelquefois sentir aux profanes, que la curiosité, ou la coutume, ou d'autres semblables motifs y attirent; mais ce n'est pas la voie commune. Ordinairement de tels auditeurs sont de ceux qui n'ont pas d'oreilles pour entendre- ; ils sont de ces sourds spirituels à qui Jésus-Christ n'a pas encore ouvert l'oreille-'. Les luthériens veulentils promettre à de semblables auditeurs, que la parole sera toujours elTicaco pour eux? Non, sans doute : cette promesse n'est que pour ceux qui viennent poussés par la foi et avec une bonne intention. Mais cette foi, mais celte bonne intention, à la prendre dés son premier commencement, si ce n'est pas Dieu qui la donne, il n'y a plus de grâce chrétienne , et Jésus-Christ est mort en vain : car c'est tout ùter à la grâce , que de lui ôter le commencement de notre sanctification; puisque même ce commencement n'est pas moins attribué à la grâce dans l'Ecriture, que l'entier accomplissement de notre salut. J'espère, disait saint Paul\ que celui qui a commencé en cous ce saint ouvrage, y donnera l'accomplissement. Voilà ce qu'il fallait dire aux luthériens; et non pas les excuser dans une erreur si bien reconnue, et tant de fois condamnée du commun consentement de toute l'Eglise , ni leur permettre d'attacher la grâce à la volonté que nous avons d'écouter et de nous rendre attentifs aiant la grâce.

Mais, mes frères, je ne craindrai point devons le dire : on ne connaît point parmi vous cette exactitude qu'il faut garder dans les dogmes; et si M. Jurieu prend soin de convaincre les luthériens de leur erreur, c'est pour leur faire valoir la facilité qu'on a de les tolérer. Voici, en eiïet, comme il leur parle : « Il semble, dit-iP, que les protestants de la Con- » fcssion d'Augsbourg aient passé à l'opinion di- » rectement opposée à cette Confession, et fassent » dépendre l'etricace de la grâce de la volonté hu- » mainc, et du bon usage du libre arbitre. C'est » ainsi, dit-il à Scultet", que vous avez dit souvent «vous-même, que Dieu convertit les hommes, » quand eux-mêmes ils prêtent l'oreille attentive et » respectueuse à la parole. Donc la conversion dé- » pend de cette attention précédente, qui ne dépend » que du libre arbitre , et précède toute grâce con- » vertissante et excitante. Vous ajoutez, poursuit-il, » que lorsqu'on ne se met pas en devoir de conver- » tir et réparer l'homme , Dieu le laisse aller par » les voies criminelles. Donc, conclut M. Jurieu, » devant que Dieu retire l'homme du péché, il doit » lui-même, et par ses propres forces, se mettre en » devoir de se convertir. Vous poursuivez , conti- » luie-t-il parlant toujours au docteur Scultet , et » vous dites que Dieu veut donner à tous les adultes » (â tous ceux qui sont arrivés à l'àgc de raison), la » contrition et la foi vive, à condition qu'aupara- » vaut ils se mettront on devoir de convertir l'iiom- » me. Donc, encore un coup, conclut votre ministre, » l'homme doit se préparer par le bon usage de ses 1) propres forces, à la contrition et à l'infusion de la

1. JO'tn., X. 3, -jn. — 2. Mallli., Xlil. y. — :i. M<irc.. Vil. 34, 35. — 4. Phil., I. 6. — 5. Jur., Cons. de Piisc. p. 110. — 0. lUem.

» foi vive. Je ne puis assez m'étonncr, continue » M. Jurieu , comment et par quelle destinée vous » vous êtes si éloignés de Luther votre auteur, qui » a haï le pélagianisme et le demi-pélagianisme , » jusqu'à se rendre suspect du manichéisme , et » d'avoir entièrement renversé la liberté. » C'est ce (jui m'étonne aussi bien que lui, et qu'on soit passé de l'extrémité de nier le libre arbitre, dont Luther est plus que suspect, comme on a vu (quoique M. Jurieu veuille bien employer ici un si doux terme) jusqu'à celle de faire dépendre, avec les pélagiens et semi-pôlagiens , le salut de l'homme de ses propres forces.

XIV. Suite des preuves de M. Jurieu. Passage de Calixte. — Mais votre ministre poursuit encore : « Calixte, dit-il', un des plus célèbres de vos théo- » logions, dit dans son Abrège' de la théologie, qu'il » reste aux hommes des forces d'entendement et » de volonté , et des connaissances naturelles, dont, )' s'ils usent bien, s'ils ont soin de leur salut, et » qu'ils y travaillent autant qu'ils peuvent. Dieu » pourvoira à leur salut par des moyens qui les » conduiront à une plus grande perfection , c'est-à- » dire, à celle qui est appuyée sur la révélation. Il » parle, poursuit le ministre, de ceux qui n'ont » pas seulement ouï parler de Jésus-Christ ni du » christianisme : ceux-là , par leur propre mouve- » ment , peuvent bien user des forces de la volonté » et des connaissances naturelles , prendre soin de » leur salut et y travailler. » Voilà, sans doute, le semi - pélagianisme tout pur dans les luthériens. M. Jurieu a raison de s'en étonner. « Quel change- » ment, o bon Dieu I dit-il; comment peut-on pas- » ser à cette opinion, de celle où on reconnaissait » le libre arbitre tellement esclave ou de Satan ou » de Dieu , qu'il ne pouvait pas même commencer » un ouvrage tendant au salut sans Dieu et sa » grâce? » C'est-à-dire , comme on voit , en d'autres termes , comment peut-on passer du manichéisme ou du stoïcisme, qui détruisent le libre arbitre, au demi-pélagianisme, qui lui attribue le salut en le lui faisant commencer, et l'attachant tout entier à ce commencement? C'est de quoi les luthériens sont coupables. M. Jurieu ne les en a pas accusés seulement, quoique depuis il l'ait voulu nier; mais encore il les en a convaincus : et si on ajoute à ces preuves celles que j'ai rapportées du livre de la Concorde^, qui contient, non les sentiments des particuliers , mais les décisions de tout le parti, il n'y aura rien à désirer pour la conviction.

XV. Prodigieuse variation de toute la Réforme , dans le semi-pélagianisme des luthériens, et dans le consentement des cakinistes. — Le premier parti de la Réforme est tombé dans cette elfroyable variation. Mais il ne faut pas que les calvinistes , c'est-àdire, le second parti, se vante d'en être innocent; puisque , comme nous l'avons dit , ils ne s'étudient à convaincre les luthériens de leur erreur, que pour leur faire valoir l'offre qu'on leur fait de la tolérer. Ainsi, ce que les luthériens font jiar erreur, les calvinistes le font par consentement, en leur olïrant la communion, en les admettant à la table et au nombre des enfants de Dieu, malgré l'injure qu'ils font à sa grâce. Ce qui l'ait dire décisivemcnt à M. Jurieu , contre les maximes de sa secte et contre les

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