Jur., p. 118. — 2. Fur., /iî). VIII, n. 52 cUuiv
LA REFORME CONVAINCUE D'ERREUR
siennes propres, que le semi-pélagianisme ne damne pas'. Quel intérêt, mes chers frères, prend-on parmi vous aux senii-pélagiens, ennemis de la grâce de Jésus-Christ ■? Que peut-il y avoir de commun entre ceux qui donnent tout au libre arbitre , et ceux qui lui Otent tout ? Et d'où vient que votre ministre en est venu jusqu'à dire , que le semi-pélagianisme ne damne pas? Ne voyez-vous pas plus clair que le jour, que c'est qu'on sacrifie tout aux luthériens '? La doctrine de la grâce chrétienne, autrefois si fondamentale parmi vous, cesse de l'être; et il ne tient qu'aux luthériens de vous faire changer, autant qu'ils voudront , les maximes qu'on croyait les plus sûres parmi vous.
XVL Contradiction de M. Jurieu sur le semi-pélayianisme; que c'est une erreur mortelle, et que ce n'en est pas une. — En effet, ce môme M. Jurieu, qui, dans sa huitième et dans sa dixième Lettre, s'emporte si violemment contre moi de ce que je range le semi-pélagianisme parmi les erreurs mortelles, en a dit beaucoup plus que moi , quand il a parlé naturellement, puisqu'il a dit ces paroles : « On a beau faire , on ne rendra jamais les vrais » chrétiens pélagiens et semi-pélagiens. » Et encore : « Il n'y a que deux articles généraux que le peuple » doit bien savoir, et sur lesquels tout le reste doit » être bâti : le premier, que Dieu est le principe et la « cause de tout notre bien. Gela est d'une nécessité )i absolue pour servir de fondement au service de » Dieu, à la prière et à l'action de grâces- : » ce qui arrache jusqu'aux moindres fibres de la doctrine de Pelage, comme incompatible avec le salut et avec le fondement de la piété. Il dit encore en un autre endroit, et dans sa Consultation , qui est son dernier ouvrage : « Qu'il est nécessaire en toutes » manières de bien enseigner au peuple qu'on ne » doit point tolérer l'hérésie pélagienne dans l'E- » glise; que Dieu est la cause de tout le bien qui » est en nous, en quelque manière que ce soit; que » le libre arbitre de l'homme, en tout ce qui regarde » les choses divines et les œuvres par lesquelles » nous obtenons le salut, est tout à fait mort; que 1) dans l'œuvre de la conversion , Dieu est la cause » du commencement, du milieu et de la fin'. » Tout cela c'est, ou les rameaux, ou la racine, ou les fibres du pélagianisme , qu'il ne faut pas supporter. Mais le semi-pélagianisme est exclu par-là. Car dira-t-on qu'il faut laisser avaler au peuple la moitié d'un poison si mortel '? S'il faut que le peuple sache que le libre arbitre est mort dans toutes les œuvres qui ont rapport au salut, il est donc mort pour écouter et se rendre utilement attentif à la parole comme à tout le reste. S'il faut encore un coup, que le peuple sache que Dieu est l'auteur du commencement, comme du milieu et de la lin, que reste-t-il aux semi-pélagiens , qui sont d'ailleurs convaincus d'attribuer à l'homme tout le salut, en lui attribuant ce commencement auquel est attaché toute la suite ? Ainsi , selon M. Jurieu , le semi-pélagianisme est intolérable.
Il est vrai pourtant qu'il dit ailleurs, et le répète par deux fois, que le semi-pélagianisme ne damne pas-* : il est vrai qu'il s'échaulTe dans ses Lettres
1. Syst., liv. Il, ch. S, p. 249, 253. Hist. des Yar., l. vm, n. 59. Liv. xrv. «. 84. — 2. Lett. vin, p. 61. x, p. 7. — 3. Jw., Consull.,p. 2S2.— 4. Ji!c., Si/sf., /i. 249,253; Va,-., liv. \m,n. bi) ; liv. XIV, )i.83, S4.
B. — T. III
jusqu'à l'emportement, pour soutenir une doctrine favorable à celte hérésie'. S'il a cru sauver ses contradictions, en disant comme il a fait, que ces semi-pélagiens , qu'il sauve dans la Confession d'Augsbourg et ailleurs , pendant qu'ils sont semipélagiens dans l'esprit, sont disciples de sai7it Augustin dans le cœur-, il ne connaît guère ce que c'est ni que l'esprit ni que le cœur. Car par où est-ce que le poison d'une mauvaise doctrine passe dans le cœur, si ce n'est par l'esprit? C'est donc par l'esprit qu'il faut commencer à empocher le poison d'entrer, et ne pas tolérer une doctrine qui portera la mort dans le cœur aussitôt qu'elle y arrivera.
XVII. Etrange parole du ministre Jurieu, qu'il faut e.rhorlcr à la pélagienne. Inconstance de sa doctrine : quelle en est la cause. — Mais le ministre s'entend encore moins lui-même, lorsqu'en posant comme un fondement , que l'hérésie pélagienne ne doit pas être tolérée parmi les fidèles, il ne laisse pas de décider que dans les exhortations il faut nécessairement parler à la pélagienne'^ : parole insensée s'il en fût jamais, sur laquelle il n'ose aussi dire un seul mot, quoiqu'on la lui ait objectée dans V Histoire des Variations^ Mais qu'il y réponde du moins maintenant, et qu'il nous explique s'il peut , ce que c'est que parler à la pélagienne. Est-ce presser vivement l'obligation et la pratique des bonnes œuvres? C'est la gloire du christianisme et celle de Jésus-Christ, qu'il ne faut pas transporter à Pelage et à ses disciples. Ou bien est-ce qu'il ne faut prêcher que la justice des œuvres, et l'obligation de les faire , sans parler de la grâce par laquelle on les fait? C'est établir la justice pharisaïque, tant réprouvée par saint PauP. On ne sait donc ce que veut dire ce téméraire docteur, qui non content de conseiller de prêcher à la pélagienne, ajoute encore qu'il le faut nécessairement; comme s'il n'y avait point d'autre moyen d'exciter les hommes à la vertu, que de fiatter leur présomption. Tout cela ne s'accorde pas : mais sachez que Dieu n'aveugle votre ministre jusqu'à permettre ciu'il tombe dans de si visibles et si surprenantes contradictions, qu'afin que vous entendiez qu'on ne peut parler conséquemment parmi vous. Pour être bon calviniste, il faut concilier trop de choses opposées. Le calvinisme voudrait une chose; le luthéranisme, qu'il faut contenter, en fait dire une autre : on tourne à tout vent de doctrine , et il n'y a pas de sable si mouvant.
XVIII. Vaine récrimination de M. Jurieu sur les molinistes. Calomnie contre l'Eglise romaine. — Quant à ce que pour récriminer, M. Jurieu nous objecte que nos molinistes sont demi-pélagiens'^, et que l'Eglise romaine tolère m« pélagianisme tout pur et tout cru '' : pour ce qui regarde les molinistes, s'il en avait seulement ouvert les livres, il aurait appris qu'ils reconnaissent pour tous les élus une préférence gratuite de la divine miséricorde, une grâce toujours prévenante , toujours nécessaire pour toutes les œuvres de piété; et dans tous ceux qui les pratiquent, une conduite spéciale qui les y conduit. C'est ce qu'on ne trouvera jamais dans les semi-pélagiens. Que si on passe plus avant, et
1. Leltr. VIII etn. — 2.Jur., Jug. sur les Méth.,p. 114; Var., liv. XIV, n. 92. — 3. Jug. sur les Met., sect. 15, p 131. — 4, Var., liv. XIV, n. 92. Idem, n. 83, 84.-5. Rotn., m, iv, viii, x. — G. Letl. VIII, î>. 61. — 7. LtU. x, p. 77.
DEUXIÈMI': AVKRTISSEMENT.
qu'on fasse procéder la grâce par quelfjuc acte purciiienl luimain, à quoi on l'ultache, je ne craintlrais poinl d'(Hre contredit par aucun catlioliquc, en assurant ((ue ce serait de soi une erreur mortelle qui ùlerait le l'ondenicnt de l'huniilitè , et que l'Eglise ne tolérerait jamais, après avoir décidé tant de Cois, et encore en dernier lieu dans le concile de Trente, que tout le bien, jusqu'aux premières dispositions de la conversion du pécheur, vient d'une ijnkii excitante et prévenante, qui n'est précédée par awun mérite'; et avait ensuite prononcé : « Si » quelqu'un dit qu'on peut croire, espérer, aimer » et l'aire pénitence sans la grâce prévenante du » Saint-Esprit, et que cette grâce est nécessaire » pour l'aire plus facilement le bien , comme si on » pouvait le faire, quoique plus dilïlcilemcnl , sans » ce secours; qu'il soit analbcme-. » Voilà counne l'Eglise romaine tolère un j)élagianisme tout pur et tout cru, pendant qu'elle en arrache jusqu'aux moindres fibres, en attribuant à la grâce jusqu'aux moindres commencements du salut : et on ne veut pas revenir de calomnies si atroces et ensemble si manifestes t
Tout ceijue dit M. Jurieu pour soutenir celle-ci , c'est qu'on donne à l'homme le pouvoir de résister à la (jrâce^. Si c'est là être pélagien, il y a longleuqis que les luthériens le sont, puisqu'ils enseignent dans la Confession d'Augsbourg, qu'on peut résistera la grâce, jusqu'à la perdre entièrement après l'avoir reçue*. Saint Augustin est aussi du nombre des pélagiens, puisqu'il répète si souvent, mémo contre ces hérétiques, que la grâce vient de Dieu; mais qu'il appartient à la volonté d'y consentir, ou de n'y consentir pas^. Mais ce n'est pas ici le lieu de traiter cette question; et nous en dirons davantage, si le ministre entreprend un jour de nous prouver ce paradoxe inou'i jusqu'à présent, qu'on ail condamné les pélagiens pour avoir dit qu'on peut résister à la grâce, ou qu'on y résiste souvent, jusqu'à en rendre les inspirations inutiles; quand même on dirait avec cela , que Dieu , dont les allrails sont infinis, a des moyens sûrs pour prévenir et pour empocher cette résistance. Qu'on me montre, encore un coup, que les conciles qui ont condamné les pélagiens, ou saint Augustin, ou quelque autre auteur, quel qu'il soit, les aient condanniés pour cela , ou qu'on ait mis ce sentiment parmi leurs erreurs , c'est ce que j'oserai liien assurer qu'on ne montrera jamais, et qu'on ne tentera môme pas de le montrer. Ainsi ce pôlagianisme tout pur et tout cru , que M. Jurieu impute à l'Eglise romaine, n'est assurément que dans sa tète.
XIX. Erreur des luthériens sur la nécessité des lionnes œuvres, détestée, et en mfme temps tolérée pur M. Jurieu. — Mais voici une autre objection que je l'accuse d'avoir faite aux luthériens : « Il » n'est lias possible, leur dit-il", de dissimuler votre » doclrine sur la nécessité des bonnes œuvres. » Il est vrai , il faut renoncer au christianisme pour dissimuler l'erreur des luthériens , lors(]u'ils ont osé condamner cette proposition : Les bonnes œuvres sont nécessaires au salut. Nous en avons pourtant rapporté la condamnation faite par le consentcnient
1. .9«.«. VI, cap. -y. — i. Can. 2, 3. —3. Lell. vin, p. Cl. — ■1. <:<mf. Atiij.art. 11; Var., liv. tir, n. 37. — 5. De Spir. et lilt., c. 3.'!, ». 57 .■( 58 ; tom. x, col. 118. — 6. ConsuU. ih:pac.,p. 243.
unanime des luthériens dans l'assemblée de Worms, en 1557'. Le ministre avoue qu'il ne peut dissimuler cette doctrine des luthériens; et il semble montrer, par ces paroles, qu'il en a l'horreur qu'elle mérite : mais cependant il entre en traité avec eux; et pour ne point les exclure de la société de l'Eglise, il est contraint de tolérer une erreur si préjudieiable à la piété. Que dira-t-il? Quoi? peut-être que les luthériens ont deiniis changé d'avis? Mais au contraire, il rapporte, avec une espèce d'horreur, ce passage de Scultet lui-même , où il dit, « ()u'il n'est pas permis de donner une obole des » richesses bien acquises, pour obtenir le pardon » de ses péchés; » et encore, « que l'habitude et » l'exercice des vertus n'est pas absolument néces- ') saire aux justifiés pour le salut; que ce n'est pas » môme, ni dans le cours , ni à la lin de leur vie, » une condition sans laquelle ils ne l'obtiendront 1) pas; que Dieu n'exige pas d'eux les œuvres de » charité , comme des conditions sans lesquelles il » n'y a point de salut. » Voilà des blasphèmes; puisque, poursuit M. Jurieu^, « si ni l'habitude, » ni l'exercice des vertus n'est nécessaire, pas môme » à l'heure de la mort, un homme pourrait être 1) sauvé, quand il n'aurait fait ni dans tout le cours » de sa vie, ni même à la mort, aucun acte d'amour » de Dieu. » Ces impiétés, que votre ministre déteste avec raison dans les luthériens d'aujourd'hui, viennent du fond de leur doctrine, et sont des suites inévitaliles du dogme de la justice par imputation; car par là on est mené à dire que la justice que Dieu même fait en nous par l'infusion et par l'exercice des vertus , et môme de la charité, est la justice des œuvres réprouvée par l'Apôtre; de sorte que la grâce de la justification précède la charité môme; d'autant plus que , selon les principes de la secte, il n'est pas possible d'aimer Dieu, qu'après s'être parfaitement réconcilié avec lui; d'où il s'ensuilquc le pécheur est justifié sans avoir la moindre étincelle de l'amour de Dieu : ce qui est une suite alïreuse de la justice par imputation, et ce qu'aussi nous avons vu établi en conséquence de cette doctrine dès l'origine du luthéranisme^.
XX. Noire calomnie du ministre, qui accuse l'évêque de Meaux d'avoir nié dans son Catéchisme , l'oblifiation d'aimer Dieu. — Je ne puis ici m'empôcher de me réjouir avec M. Jurieu, de ce qu'il semble vouloir corriger ce mauvais endroit du système protestant : mais en même temps il l'ail deux fautes capitales; l'une de tolérer dans les luthériens cette insupportable doctrine , ce qui le fait consentir au crime de la soutenir; l'autre, de l'imputer par une insigne calomnie à l'Eglise romaine et à moimême. A mon égard, voici ce qu'il dit dans la vingtième Lettre de cette année*. « L'évoque de » Meaux, qui fait profession pourtant de n'être pas » de la doctrine des nouveaux casuistes, établit «dans son Catéchisme, que la contrition impar- » faite, c'est-à-dire, celle qui nait .seulement de la » crainte de l'enfer, suffit pour obtenir la rémission » des péchés. » Il ne faut plus s'étonner de rien, après les hardis mensonges qu'on a vus dans les discours de ce ministre : mais il est pourlant bien
1. Vm:, liv. v, n. 12; liv. vu •i. ConsuU. de pue, p. 241. — 3.