Jur., Lell. xx, p
108; lio. viir, n. 32. — . liv. I, n. 1 et siiiv. —
LA RÉFORME CONVAINCUE D'ERREUR
élrange de me faire dire une chose, quand je dis j tûul le contraire , en termes exprès. Voici l'endroit j qu'il produit de mon Catéchisme' : » Ceux qui | » n'ont pas cette contrition parfaite, ne peuvent-ils » pas espérer la rémission des péchés? » A quoi on répond : « Ils le peuvent par la vertu du sacre- » nient, pourvu qu'ils y apportent les dispositions » nécessaires. » Il faudrait donc examiner quelles étaient ces dispositions que j'appelais nécessaires. Mais, sans en prendre la peine, le ministre croit avoir droit de décider de son chef sur mes sentiments; « et, dit-il, ces dispositions ne sont autre » chose que la peur de l'enfer : ainsi, conclut-il, » un scélérat , qui , à la fin de sa vie , se confessera » avec la crainte de la mort éternelle, pourra être » sauvé, sans jamais avoir fait aucun acte d'amour » de Dieu; c'est à quoi se réduit la morale sévère I) de notre convertisseur. »
Il croit avoir triomphé , quand il me donne ce titre que je voudrais avoir mérité : mais pour le confondre, il n'y a qu'à lire la suite du passage qu'il produit. Car en expliquant ces dispositions nécessaires, que le ministre a interprétées de la seule crainte de l'enfer, je dis , selon le concile de Trente, « que ces dispositions, nécessaires pour I) obtenir le pardon de ses péchés, sont, première- » ment , de considérer la justice de Dieu, et s'en » laisser efl'rayer; secondement, de croire que le » pécheur est justifié; c'est-à-dire, remis en grâce » par les mérites de Jésus-Christ, et espérer en » son nom le pardon de nos péchés; et enfin, de » commencer à l'aimer comme la source de toute » justice, c'est-à-dire, comme celui qui justifie le » pécheur gratuitement et par une pure bonté-. » Il faut donc nécessairement, du moins commencer à aimer Dieu; et cela par le motif le plus propre à la grâce de la conversion, en l'aimant comme celui qui justifie le pécheur par une pure et gratuite miséricorde. Ainsi, manifestement, pour avoir la rémission des péchés , si l'on n'a pas la contrition parfaite en charité, qui d'abord réconcilie le pécheur, il faut du moins commencer à aimer Dieu à cause de sa bonté gratuite; et par cet amour commencé, se préparer le chemin à l'amour parfait qui consomme en nous la justice, et qui même serait capable de nous justifier avec le vœu du sacrement, quand on ne l'aurait pas actuellement reçu. Loin de me contenter de la seule crainte de l'enfer, j'explique pourquoi la crainte ne suffit pas seule : en peu de mots à la vérité , comme il fallait à des enfants, mais de la manière qui me paraissait la plus propre à s'insinuer dans ces tendres esprits : à quoi j'ajoute expressément qu'il faut apprendre plus clairement à ceux qui sont plus avancés , que ce qu'il faut faire dans le sacrement de Pénitence, « pour Y ASSURER so.x SALUT autant qu'on y est tenu, » c'est de désirer vraiment d'aimer Dieu , et s't )) EXCITER DE TOUTES SES FORCES^; » OÙ, nou coutent du désir de l'amour de Dieu, qui ne peut être sans un amour déjà commencé, je demande encore qu'on s'excite de toutes ses forces à exercer cet amour. Votre infidèle ministre a supprimé toutes ces paroles de mon Catéchisme, non -seulement pour prendre de là occasion de me calomnier, lui qui
1. Catéch. de Meaiuc. Inst. sur la Pénit. dans le 2. Catéck. Leç. 2, p. U\. — 2. Idem. — 3. Ibid.. le;. 3.
m'impute sans raison tant de calomnies , mais encore de peur que vous ne voyiez les saintes dispositions que nous proposent les Pères de Trente, c'està-dire, toute l'Eglise catholique, pour obtenir le pardon de nos péchés.
Mais la plus coupable infidélité de cet écrivain, et celle où il vous fait voir qu'il n'a plus aucun égard à la bonne foi , a été celle de me faire dire dans ce même Catéchisme, qu'on pouvait être sauvé sans avoir jamais fait aucun acte d'amour de Dieu. A Dieu ne plaise que j'instruise si mal le peuple que le Saint-Esprit a commis à ma conduite, et que je donne aux enfants ce poison mortel, au lieu du lait que je leur dois. Voici quelle est ma doctrine dans la leçon où je traite expressément cette matière. J'y enseigne très-soigneusement, entre autres choses : « Que celui qui manque à aimer Dieu, » manque à la principale obligation de la loi de » Jésus-Christ, qui est une loi d'amour, et à la » pBiKGiPALE OBLIGATION de la Créature raisonnable , » qui est de reconnaître Dieu comme son premier » principe, c'est-à-dire, la première cause de son » être, et comme sa fin dernière, c'est-à-dire, celle » à laquelle on doit rapporter toutes ses actions et » toute sa vie : en sorte qu'étant diiïicile de déter- » miner les circonstances particulières où il y aune » obligation spéciale de donner à Dieu des marques » de son amour, nous en devons tellement multi- » plier les actes, que nous ne soyons pas cond.^m- » NÉS pour avoir manqué à un exercice si néces- » saire'. » On serait donc condamné, si on y manquait, faute d'avoir satisfait à la principale de ces obligations, et comme chrétien, et même comme homme : et voilà comme j'ai dit qu'on peut être sauvé sans aimer Dieu.
Le ministre ne rougit pas de me l'imputer, pendant que je m'étudie à établir précisément le contraire. Mais ce n'est pas là son plus grand crime : l'excès de son aveuglement, c'est qu'en m'accusant faussement d'une erreur si opposée à l'amour de Dieu , il en convainc les luthériens; et en même temps il les supporte : de sorte que tout le zèle qu'il a pour la charité et pour l'Evangile, c'est qu'il condamne sévèrement dans les catholiques, à qui il l'impute par calomnie, ce qu'il trouve effectivement et ce qu'il tolère dans les luthériens.
XXI. Calomnie contre l'Eglise, qu'on accuse aussi de nier l'obligation d'aimer Dieu, pendant qu'elle censure ceux qui la nient. — ^tlais , de peur qu'il ne s'imagine que ce qu'il trouve dans mon Catéchisme soit ma doctrine particulière , je veux bien lui déclarer que s'il s'est trouvé des auteurs parn]i nous qui aient ôté l'obligation d'aimer Dieu par un acte spécial, ou qui aient voulu la réduire à quatre ou cinq actes dans la vie, les papes, les évoques et les facultés de théologie s'y sont opposés par de sévères censures : témoin ces propositions censurées à Rome par les papes Alexandre VII et Innocent XI-, avec l'applaudissement de tout l'ordre épiscopal et de toute l'Eglise catholique : « L'on » n'est tenu de former en aucun temps de la vie » des actes de Foi, d'Espérance et de Charité, en » vertu des préceptes qui appartiennent à ces ver-
1. 2. Cath., IV. part., leç. ."> — 2. Pi-op. damn. ab. Alex, vu, 24; Sept. 1665, et ab Inn. XI, 2; Mart. 167y.
DEUXIÈME AVERTISSEMENT
» tus'. Nous n'osons pas décider si c'est pôciier i> mortellement que de ne former qu'une seule fois 0 en sa vie un acte d'amour de Dieu. Il est probable » que le précopie de l'amour de Dieu n'oblige pas, )' même à la rigueur, tous les cinq ans; il n'oblige » que lorsqu'il est nécessaire pour cire justifié et » ((ue nous n'en avons point d'autre moyen-. » On l'ait voir, en condamnant ces propositions autant absurdes qu'impies, que le précepte de l'amour de Dieu oblige les chréiicns, et ne les oblige pas pour une fois ni dans un certain temps seulement, mais continuellement et toujours , à la manière (|u'on vient d'expliiiuer.
.\,\"II. Les cakinisles coupables du crime qu'ils nous imputent. — Il serait aisé de vous faire voir que de semblables propositions ont été souvent condamnées par les papes, par les évoques et par les universités, si c'en était ici le lieu. Ecoutez-moi donc, mes chers frères, et ne vous laissez point séduire par ces paroles de mensonge : les catholiques tolèrent toutes les mauvaises doctrines, et jusqu'il celle qui nie la nécessité d'aimer Dieu. Vous voyez par ces censures, comme on les tolère : mais, ô Dieu , vous êtes juste ! ceux qui nous accusent faussement de les tolérer, livrés à l'esprit d'erreur en punition de leurs calomnies, sont eux-mêmes coupables du crime qu'ils nous imposent, puisqu'ils tolèrent ces erreurs dans les luthériens, parmi les- (|ucls ils sont forcés de les reconnaitre d'une manière plus insupportable qu'elles ne se sont jamais trouvées dans aucun auteur.
XXIII. Compensation d'erreurs proposée entre les luthériens et les calvinistes. Mauvaise foi du ministre qui le nie, et ses récriminations calomnieuses. — C'est à quoi les pousse, malgré qu'ils en aient, cette malheureuse compensation de dogmes qu'ils ne cessent de négocier avec ceux de la Confession d'Augsbourg par toutes sortes de moyens. Votre ministre s'est offensé d'une manière terrible , de ce que j'ai osé lui reprocher ce commerce infâme. « Je n'ai pu, dit-il', lire sans pitié ces paroles » de M. de Meaux : Apres toutes ces vigoureuses » récriminations que font les calvinistes aux lu- » Ihériens, on croirait que le ministre Jurieu va » conclure à détester dans les luthériens tant d'abo- )i minables excès, tant de visibles contradictions, » un aveuglement si manifeste. Point du tout; il i> n'accuse les luthériens de tant d'énormes erreurs, » que pour en venir à la paix... Nous vous passons » tous les prodiges de votre doctrine; nous vous » passons votre monstrueuse ubicpiité; nous vous » passons votre demi-pélagianismc; nous vous pas- » sons ce dogme alfreux qui veut que les bonnes » œuvres ne soient pas nécessaires au salut : passez- » nous donc aussi les décrets absolus, la grâce » irrésistible, la certitude du salut, etc.''. » Je reconnais mes paroles, il les a fidèlement rapportées; et « voilà, poursuit-iP, ce que j'appelle faire » le comédien et le déclamateur sans jugement et ji sans foi. Il n'est point vrai qu'on reconnaisse » dans les luthériens des dogmes énormes, des pro- )) diges de duclrine, d'abominables excès. » Prêtez l'dreille, mes frères. L'ubiquité, constamment en-
1. Piop. I, Alc'C. VII. — 2. Innoc, XI Prop. 5, 6, 7. - :i. Lell. X, j). 77. —4. V«>-., Adilil. au liv. xiv.n.S. — r-i. Jur., Lett. X.
soignée par les luthériens, n'est plus un monstre de do(;trine : laissons celui-là qui trouvera sa place ailleurs. L'erreur d'attribuer à l'homme le commencement, et par là tout l'ouvrage de son salut; celle de dire que les bonnes œuvres ne sont pas nécessaires au salut , et qu'en ell'et on est sauvé sans les vertus , sans leur exercice et sans celui de l'amour de Dieu, n'est pas un dogme énorme, ni un abominable excès : tout cela est supportable; car il a la marque du luthéranisme, qui rend tout sacré et inviolable. Retenez bien , mes frères, ce que dit ici votre ministre; mais écoutez comme il continue' : « C'est être comédien, encore une fois, » que d'appeler ainsi des erreurs humaines. » Remarquez encore : toutes ces erreurs des luthériens ne sont jjIus que des erreurs humaines, c'est-à-dire, très-sup|iorlablcs , « auprès desquelles les erreurs » des molinistes, et celle des défenseurs de la sou- » veraine autorité papale, sont de vrais monstres, » que M. Rossuet tolère pourtant dans son Eglise, » qu'oiqu'il fasse profession de ne pas les croire. Je » n'offre point la tolérance aux luthériens , pour les » abominables dogmes, que l'amour de Dieu n'est « pas nécessaire pour être sauvé. » Rompez donc avec eux, puisque vous venez de les convaincre de cette erreur. Mais, après ce petit mot d'interruption, reprenons les paroles du ministre. « Je n'offre point, » poursuit-il, la tolérance aux luthériens, pour les » abominables dogmes, que la fornication n'est » point un péché mortel; que la sodomie et les » autres impuretés contre nature, ne sont que des » péchés véniels; qu'on peut tuer un ennemi pour » un écu , à plus forte raison pour mettre son hon- » neur en silreté. Ce sont là des abominations que » M. Bossuet tolère dans son Eglise. » Quoi! mes frères, sous les yeux de Dieu oser dire qu'aucun auteur catholique ait pu tenir pour péchés véniels les impuretés qu'on vient d'entendre I J'en rougis pour votre ministre. Il n'en nommera jamais un seul. Que s'il y a quelque malheureux qui ait enseigné dans quelques cas métaphysiques, qu'on peut s'opposer à la violence jusqu'à tuer un voleur qui veut vous ravir un écu, son opinion est réprouvée par les censures dont on a parlé; et on n'en souffre les auteurs dans l'Eglise, que parce qu'ils sont soumis à ses décrets.
Mais voyons s'il en est ainsi de l'échange qu'on négocie avec les luthériens. Le ministre se tourmente en vain pour s'en excuser : c'est lui-même qui parle en ces termes au docteur Scultet dans sa Consultation pour la paix entre les prolestants. « Le » dernier argument, dit-il, qui persuade une inu- » tuelle tolérance, c'est que les Réformés ne de- » mandent rien qu'ils n'offrent. Nous demandons la » tolérance pour notre dogme que vous appelez » particularisme, » c'est-à-dire pour la certitude du salut , et les autres de cette nature dont nous avons tant parlé. « On ne doit point la tolérance , » mais le consentement, à la vérité : mais, supposé » que le particularisme soit une erreur, nous vous I) offrons la tolérance pour des erreurs bien plus » importantes. » Là il fait un long dénonibreinent des erreurs des luthériens qu'on vient de voir : il est tout prêt à communier avec ceux qui les enseignent; ou plutôt, en tant qu'on lui est, il y com-