‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 466 sur 545 · Jur., Lell. X · texte numérisé non relu

Jur., Lell. X

LA RÉFORME CONVAINCUE D'ERREUR

munie en effet, lui et tous ceux de son parti, puisqu'ils ofTrent la communion aux luthériens avec ces erreurs; et ils ont trouvé le moyen, en faisant semblant de les rejeter, de s'en rendre en effet coupables, puisqu'ils y consentent.

Après cela, faut-il avoir de la conscience pour nier qu'on ait proposé ce honteux échange de dogmes ? Le voilà en termes formels dans les écrits de votre ministre; et le public peut voir à présent qui est le comédien , qui est le déclamateur, qui est l'homme sans jugement et sans foi; de moi qui lui reproche ce lâche traité , ou de lui qui le fait. ^lais je ne m'étonne pas qu'il en ait honte; car, après tout, qui vous a permis de négocier à la face de tout l'univers de tels accommodements, et d'acheter la communion des luthériens aux dépens de la grâce de Jésus-Christ , et des préceptes les plus sacrés de l'Evangile? Qui vous a, dis-je , donné le pouvoir de recevoir à la sainte table les ennemis de la grâce , qui en attribuent les premiers dons au libre arbitre, et les ennemis de ces saints préceptes, qui nient qu'il soit nécessaire de les pratiquer pour se sauver ■? On voit bien que la sainte table ne vous est de rien ; et si vous vous en croyiez les dispensateurs véritables, vous ne l'abandonneriez pas à des gens que vous avez convaincus de tant d'erreurs capitales. Mais encore, par quels moyens prétendezvous parvenir à cette union tant désirée avec les luthériens? Par l'autorité des princes. Selon vous ce sera aux princes à déterminer les articles dont on pourra convenir, et ceux qu'on pourra du moins tolérer'. M. Jurieu ne nie pas du moins qu'il n'ait fait la proposition de rendre les princes et leurs conseillers souverains arbitres des points qu'on pourra concilier, et de la manière de le faire; ce qui est remettre entre leurs mains l'essentiel de la religion. Et pourquoi leur donner tout ce pouvoir? « Parce que, dit-il-, toute la Réforme s'est faite par » leur autorité. » Vous ne m'en croyez pas, quand je vous le dis; mais votre ministre l'avoue : à ce coup il a raison. On a vu, dans toute l'Histoire des Variatio7\s , que la Réforme est l'œuvre des princes et des magistrats : c'est par eux que les ministres se sont établis ; c'est fpar eux qu'ils ont chassé les anciens pasteurs, aussi bien que les anciens dogmes. Après de si grands engagements, il est trop tard pour en revenir; et l'accord des religions doit être l'ouvrage de ceux par qui elles se sont formées. Mais il y a encore une autre raison de leur soumettre tout; « parce que , ajoute M. Jurieu , les ec- » clésiastiques sont toujours trop attachés à leurs » sentiments. » C'est pourquoi il faut appeler les politiques , qui apparemment feront meilleur marché de la religion. Jugez-en vous-mêmes, mes frères : qu'est-ce qu'une religion où la politique domine, et domine jusqu'à un excès si honteux? C'est aux princes et aux politiques, que votre ministre permet de déterminer de la doctrine, et de prescrire les conditions sous lesquelles on donnera le sacrement de Notre Seigneur. Les théologiens commenceront par jurer qu'ils se soumettront à l'accord des religions qu'auront fait les princes'. C'est la loi que leur impose M. Jurieu , sans quoi il ne voit point d'union à espérer : les pasteurs

1. ConsuH. de pace, cap. xii, p. 260 et seq.; Var., Addit. w.'. liv. SIT, n. 9. — 2. Idem. — 3. Ibid.

prêcheront ce que les princes auront ordonné, et distribueront la cène à leur mandement. Mais qui les a préposés pour cela? Est-ce aux princes que Jésus-Christ a dit : Faites ceci, et, je serai avec vous jusqu'à la consommation des siècles? Ou bien est-ce sur la confession et la foi des princes qu'il a fondé son Eglise, et qu'il lui a promis une éternelle stabilité contre l'enfer ? Les luthériens se tiennent plus fermes, je l'avoue, et ne semblent pas disposés à entrer dans ces honteux accommodements. Les ministres calvinistes ont toujours fait toutes les avances; et celle que fait ici M. Jurieu ne dégénère pas de toutes les autres.

Le ministre n'a osé toucher tous ces endroits : je vois bien qu'il a rougi pour la Réforme , où l'on négocie de tels traités à la vue de tout l'univers. j\Iais, direz-vous, qui l'en avoue? Ce serait à vous à le savoir. Mais non. Quand la politique du parti fit résoudre qu'on recevrait les luthériens à la cène, et que le synode de Charenton en eût fait la décision , il fallut bien y passer. Il en serait de même en cette occasion. On vous dira éternellement qu'on vous laisse la liberté de juger de tout, et même de vos synodes; mais on sait bien qu'on ne manque pas de vous mener où l'on veut sous ce prétexte.

XXIV. Que les calvinistes ne peuvent plus dire que les erreurs des lulhériens ne les touchent pas. — Vous pouvez voir maintenant combien est vain le discours de M. Jurieu , lorsqu'en tant d'endroits de ses Lettres, il tâche de vous faire accroire que les erreurs des luthériens ne font rien contre vous. Elles font si bien contre vous, qu'elles vous convainquent de tolérer l'anéantissement de la grâce , celui de la charité et des bonnes œuvres , et toutes les autres impiétés que le ministre Jurieu a reprochées aux luthériens. Je ne m'étonne donc pas s'il ne veut plus maintenant les en avoir convaincus : c'est visiblement qu'il rougit d'avoir par là convaincu toute la Réforme d'une impiété manifeste. Toute la Réforme est convaincue d'avoir commencé par le blasphème, en faisant Dieu auteur du péché, et en niant le libre arbitre. Le calviniste persiste dans cette impiété : que si le luthéranisme s'en corrige , c'est pour aller à l'impiété opposée , et de l'excès de nier le libre arbitre à l'excès de lui donner tout. Le calvinisme à la vérité, n'enseigne pas une erreur si préjudiciable au salut; mais il l'approuve dans les luthérieus , assez pour les recevoir au nombre des enfants de Dieu. Il approuve de la même sorte d'autres et grossières et insupportables erreurs, et même celle d'avoir rejeté la nécessité des bonnes œuvres pour obtenir le salut. Ainsi les luthériens sèment ces erreurs; les calvinistes marchent après pour les recueillir; et ce que ceuxlà font par erreur, les autres, comme on a vu , le font par consentement : et voilà en trois mots, l'état présent de la Réforme.

XXV. Conclusion de cet Avertissement , et le sujet du suivant. — Mais il faut passer à d'autres matières; et après vous avoir montré la Réforme condamnée par son propre jugement, il reste encore à vous faire voir l'Eglise romaine , elle que les protestants chargent de tant d'opprobres, justifiée néanmoins , non-seulement par des conséquences tirées de leurs principes, mais encore en termes formels et de leur aveu. Ce sera le sujet de l'Aver-

TROISIEME AVERTISSEMENT

lissciiiRiU suivant. En allondanl qu'il puraisso, ù Seigneur, écoulez-moi! 0 Soij,nioui', on m'a appelé à votre terrible jugement comme un calomniateur qui imputait des impiétés, des blasiihèmes , d'intoléraliles erreurs à la lîérorme; et qui, non-seulement lui imputait tous ces crimes, mais encore (]ui accusait un ministre de les avoir avoués : ô Seigneur, c'est devant vous que j'ai été accusé : c'est aussi sous vos yeux que j'ai écrit ce discours; et vous savez combien je suis éloigné de vouloir rien ajouter aux excès déjà si étranges des prétendus réformés. Si j'ai dit la vérité, si j'ai convaincu de blasphème et de calomnie ceux qui m'ont appelé à votre jugement, comme un calomniateur, un homme sans foi, sans honneur, sans conscience, jusliliez-moi devant eux. Qu'ils rougissent; qu'ils soient confondus : mais, ô Dieu, je vous en conjure, que ce soit de cette confusion salutaire qui opère le repentir et le salut.

TROISIÈME AVERTISSEMENT

Le salut dans l'Eglise romaine, selon ce ministre. Le funalismo établi dans la Rélornie par les ministres Claude et Juricu, selon la doctrine des quakers. Tout le parti protestant exclu du titre d'Eglise par M. Jurieu.

I. Dessein de cet Amrlissement. Que de l'aveu du minisire on se sauve dans l'Eglise romaine; et que c'est en vain qu'il lâche de révoquer cet aveu. — Une des promesses de l'Eglise, et celle qui fait le mieux sentir que la vérité plus puissante que toutes choses est en elle , c'est qu'elle verra ses ennemis et même ceux qui hi calomnient , abattus à ses pieds, l'aj)peler, malgré qu'ils en aient , la cilé du Seigneur, la Sion du Saisit d'Israël'. Personne, je l'oserai dire, n'a jamais plus indignement calomnié l'Eglise romaine que le ministre Jurieu; cl néanmoins on va le voir forcé à la reconnaître pour la cité de Dieu , puisqu'il l'avoue pour vraie Eglise qui porte ses élus dans son sein, el dans laquelle on se sauve. Il nie de l'avoir dit ; el peut-être voudrait-il bien ne l'avoir pas fait. Mais nous allons vous montrer, et cela ne nous sera |)oint fort dillicile, premièrement, qu'il l'a dit; secondement, qu'il faut qu'il le dise encore une fois; et ([u'il justilie l'Eglise romaine de toutes les calomnies qu'il fait lui-môme, à moins de renverser en même temps tous les principes qu'il pose, el en un mot, tout son système de l'Eglise. « Je n'ai pas pu négliger, dit-iP, les deux accusa- » lions (pie M. Bossuet me fait dans son dernier » livre (c'est le XV° des Variations) de sauver les » gens dans le socinianisme et dans le papisme. » l'eul-èlre, continue-t-il, aurais-je pu me passer » (le répondre sur la première accusation; mais il 1) est fort nécessaire de repousser la seconde ; c'est j) que, selon le ministre, on peut se sauver dans » l'Eglise romaine, el qu'ainsi c'est une grand(' u léniérité d'en sortir. » Vous voyez , mes frères, comme il s'élève contre celle accusation : avouer qu'on se sauve dans le papisme, c'est selon lui un

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