Avert., n. 6 et suiv. — 2. LU. xi, ;). S
KOlSIJvMl-: AVHUTISSEMENT.
Eglise avouer qu'on se sauve dans sa communion, et que les enfants de Dieu sont dans son sein.
IV. Que l'idolâtrie atlribuce par le ministre à l'Eglise romaine, selon lui, n'empêche pas qu'on ne s'y sauve. — Les deux raisons qu'il allègue pour se défendre de cet aveu, sont, premièrement, que l'Eglise romaine, selon lui, est idolâtre; et secondement, qu'elle est l'Eglise antichrétienne. Pour commencer par l'idolâtrie , voici les paroles du ministre : » L'Eglise, dit-il ', dans le cinq, le six, le » sept et le huitième siècle, adopta les divinités » d'un second ordre, en mettant les saints et les » martyrs sur les autels destinés à Dieu seul; elle » adora des reliques; elle se l]t des images qu'elle a plaça dans les temples , et devant lesquelles elle se » prosterna. C'était pourtant la môme Eglise, mais «devenue malade, infirme, ulcéreuse; vivante » POURTANT, parce que la lumière de l'Evangile et » les vérités du christianisme demeuraient cachées, 1) mais non étoulTées sous cet amas de supersti- 1) lions. " Voilà donc en propres termes l'Eglise vivante , malgré ses idolâtries envers les saints, envers leurs reliques , et môme envers leurs images. Il n'y a point ici d'équivoque : ce que le ministre appelle Eglise vivante, c'est l'Eglise où sont ceux qui vivent, c'est-à-dire, les vrais fidèles; ceux qui participent à l'Eglise, non -seulement selon son corps, c'est-à-dire, selon la profession extérieure de sa foi; mais encore selon son âme, c'est-à-dire, selon la foi et la charité , comme on a vu. Si donc l'Eglise est vivante malgré les idolâtries dont on l'accuse, ces idolâtries n'empêchent pas que la foi et la charité ne s'y trouvent, ni par conséquent qu'on ne s'y sauve.
V. Vains emportements du, ministre, qui n'oppose que des injures aux passages tirés de ses livres dont on l'accable. — J'avais produit ce passage dans l'Histoire des Variations- : mais le ministre le passe sous silence , et se contente de s'écrier en cette sorte ; « Quelle hardiesse faut-il avoir pour » avancer qu'un auteur qui dit tout cela, » c'est-àdire, qui dit entre autres choses que l'Eglise romaine est idolâtre , « a franchi le pas , et avoué 1) rondement qu'on peut se sauver dans l'Eglise ro- » maine? Il faut avoir un front semblahlc à celui » du sieur Bossuet'. » Il est en colère, vous le voyez : mais cela n'est rien en comparaison de ce qui parait dans la suite, lorsqu'il dit « que bien des » gens mettent ce prélat au nombre des hypocrites 1) qui connaissent la vérité, » et qui la trahissent sans doute, en parlant contre leur conscience; ce qu'il répète encore en d'autres endroits. Que lui servent ces emportements et tous ces airs de dédain qui lui conviennent si peu? Il voudrait bien avoir avec moi une dispute d'injures, ou que je perdisse le temps à répondre aux siennes; mais ce n'est pas de quoi il s'agit. Puisqu'il se vante de répondre à l'accusation que je lui fais de nous sauver malgré nos idolâtries prétendues, il faudrait répondre aux passages dont je la soutiens ; et c'est un aveu de sa faiblesse de ne mettre que des injures à la place d'une défense légitime.
\'I. Saint Léon, quoique fort avant engagé dans l'idolâtrie , s'est sauvé selon le ministre. — Mais il
I. Préj. légit., I. part.,c. i, ;). 5. —2. Vw., Uv. xv , n. 51. — 3. Lctt. XI.
va être poussé bien plus avant. Selon lui, du temps de saint Léon , l'idolâtrie était assez grande dans l'Eglise pour en faire une Eglise antichrétienne, et faire de saint Léon l'Antéchrist môme ; et néanmoins le ministre écrit ces paroles dans la treizième Lettre de cette année' : « Pendant que l'Antéchrist fut » petit , il ne ruina pas l'essence de l'Eglise. Léon » (car il n'est plus saint, et M. .Jurieu l'a dégradé) » Léon donc, et quelques-uns de ses successeurs » furent d'honnêtes gens, autant que l'honnêteté et » la piété sont compatibles avec une ambition » excessive. Il est certain aussi que de son temps, » l'Eglise se trouva engagée fort avant dans l'ido- » L.WRiE du culte des créatures, qui est un des ca- » raclcres de l'antichristianisme; et bien que ces » maux ne fussent pas encore extrêmes, et ne fus- » sent pas tels qu'ils damnassent la personne de » Léon , qui d'ailleurs avait des bonnes qualités ; » c'était pourtant assez pour faire les commence- » ments de l'antichristianisme. » Vous voyez donc qu'on n'est point damné, quoiqu'on soit non-seulement idolâtre, mais encore fort avant engagé dans l'idolâtrie du culte des créatures. Si on n'est pas du nombre des saints, et qu'il faille rayer saint Léon de ce catalogue , on est au moins du nombre des honnêtes gens; et le mal de l'idolâtrie n'est pas si extrême qu'on en perde le salut.
Poussons encore. On a démontré dans le livre des Variations et ailleurs-, par les paroles expresses de saint Jean, que la bote et l'Antéchrist ont blasphémé et idolâtré dès leur naissance , et pendant toute l'étendue des 12G0 jours de leur durée. Le ministre a voulu le dissimuler, pour n'être point obligé de reconnaître ces attentats, du temps et dans la personne de saint Léon, de saint Simplice, de saint Gélase, et des autres saints pontifes du cinquième siècle ; mais à la fin il a fallu trancher le mot. « Il est certain que dès ce temps , commencè- » rent tous les caractères de la bête. Dès le temps » de Léon les Gentils ou païens commencèrent à » fouler l'Eglise aux pieds; car le paganisme, qui » est le culte des créatures, y entra. Dès lors on » commença à blasphémer contre Dieu et ses saints; » car oler à Dieu son véritable culte pour en faire » part aux saints , c'est blasphémer contre Dieu'. » Voilà donc le blasphème et l'idolâtrie antichrétienne établie sous saint Léon. Il n'en était pas exempt, puisqu'il était lui-môme l'Antéchrist : et en elïel, il est constant qu'il n'honora pas moins les reliques, et ne demanda pas moins le secours de la iirière des saints, que tous les autres. Voilà donc nonseulement un idolâtre , mais encore le chef de l'idolâtrie antichrétienne dans le nombre des élus; et l'idolâtrie n'empêche pas le salut.
VIL L'4dokUrie, selon le minisire, n'empêche pas d'être saint. Preuve par l' idolâtrie attribuée aux Pères du quatrième siècle. — Mais est-il possible , diroz-vous, que voire ministre ait dit ces choses, lui qui avoue à l'auteur des Variatiotis que l'idolâtrie , un si grand blasphème contre Dieu , n'a |ioinl d'excuse, et qu'on n'a jamais cru, ni pensé qu'on pût sauver un idolâtre sous prétexte de sa bonne /■oi s .^ N'est-il pas vrai qu'il a écrit ces paroles? Je
1. un. XIII, de 16S9, ;i. 93. — 2. Apoc. xi, xii. 6, 11. xiii. 3, 6. Var., liv. xiii, n. 21. Apocal. Averliss. aux Proh'sl , n. 27, 28. — 3. Lett. xm, p. 99, c. 2. — 4. Lell. xi , ;•. S2.
SALUT DANS L'ÉGLISE; FANATISME DANS LA RÉFORME
l'avoue : il les a écrites clans la onzième lettre; mais néanmoins dans la treizième il a excusé saint Léon quoiqu'idolàtre et chef de l'idolâtrie. Bien plus, on lui a fait voir que sur le sujet de l'honneur des saints, saint Léon n'en avait dit ni plus ni moins que saint Basile, que saint Chrysostome , que saint Ambroise , que saint Augustin , que saint Grégoire de Nazianze, et tous les autres Pères du quatrième siècle, qui, selon lui, ne sont pas seulement d'honnèles gens, comme saint Léon, mais encore des saints. Le fait a passé pour constant, et voici les paroles du ministre' : « Cent ans avant saint Léon, » l'adoration des saints et des reliques était incon- » nue. Quinze ou vingt ans après, on commença à » en voir quelques vestiges dans les écrits des Pè- )) res; mais ce ne fut rien de considérable avant la » fin du quatrième siècle. » Laissons-lui arranger à sa fantaisie toute cette histoire; et en ne prenant que ce qu'il nous donne, posons pour principe certain, que ce qu'il appelle idolâtrie, et adoration des reliques, était devenu considérable sur la tin du quatrième siècle où ces grands hommes tleurissaient. Non-seulement ils souffraient, mais encore ils enseignaient celte idolâtrie : ils prêchaient les miracles dont le démon, dit le ministre, fascinait les yeux des hommes pour l'autoriser; et il est certain, dit M. Jurieu^, que ce fut un esprit trompeur qui abusa saint Ambroise, et qui lui découvrit ces reliques (ce furent celles de saint Gervais et de saint Protais ^ ) pour en faire des idoles. Voilà donc non-seulement un adorateur de l'idole , mais celui qui l'érigé dans la maison de Dieu, et que le diable abuse pour le faire servir d'organe à l'impiété , au nombre des saints. Saint Augustin entre en part de ce crime, puisqu'il le rapporte, qu'il le loue, qu'il le consacre. Voilà donc des saints idolâtres; et l'idolâtrie, loin d'être un crime qui damne, n'empêche même plus qu'on soit saint.
VIII. Cette ohjecti07i méprisée, et le fait confirmé par le ministre. — Le ministre a prévu cette objection , et voici comme il se la fait à lui-même* : « Vous avouez que l'invocation des saints a plus de » douze cents ans sur la tète : cela ne vous fait-il » point de peine, et comment pouvez-vous croire » que Dieu ait laissé reposer son Eglise sur l'idolâ- « trie depuis tant de siècles'/ » Il n'y a personne qui ne frémit à une semblable objection, et ne crût qu'il n'y a de salut qu'à nier le fait; mais le ministre accorde tout , et sans s'étonner : « Nous répon- » dons, dit-il, que nous ne savons point respecter » l'antiquité sans vérité. Nous ne sommes point » étonnés de voir une si vieille idolâtrie dans l'E- » glise , parce que cela nous a été formellement » prédit : il faut que l'idolâtrie règne dans l'Eglise » chrétienne 1200 ans. » Voilà donc l'état de l'Eglise dès le quatrième siècle. Dans le siècle de saint Basile , de saint Ambroise et de saint Chrysostome, l'idolâtrie régnait; l'Eglise se reposait sur l'idolâtrie : on se sauvait néanmoins; on parvenait à la sainteté dans cette Eglise oii régnait l'idolâtrie , et qui se reposait dessus. Il ne faut donc plus alléguer l'idolâtrie de l'Eglise pour montrer qu'on ne s'y sauve pas.
1. Lelt. XI, p. 82— 2. Ace. des Proph., p. 166. — 3. Apocal. Avertiss, aux Protest., n. 36. — 4. Apoc. Avert. sur les Proph., n. 99. Jur., Lett. xvii, de lai. ami., p. 139.
IX. Réponse de M. Jurieu, qui se détruit par elle-même. Etal du culte des saints dans le quatrième siècle. — Quelqu'un me dira peut-être : J'ai trouvé dans JI. Jurieu la résolution de cette difficulté. « L'évèque de Meaux, dit-il', répète la vaine » déclamation tirée de ce qu'en accusant le culte » de l'Eglise romaine d'idolâtrie, cette accusation » tombe nécessairement sur les saint Ambroise et » les saint Augustin, les saint Jérôme, les saint » Grégoire de Nazianze, et sur tous les chrétiens de » ces siècles, qui ont vénéré les reliques et invoqué » les saints. » La déclamation est pressante sans doute; mais voyons si le ministre , qui la méprise, osera du moins nier le fait qu'on y avance sur le sentiment des Pères du quatrième siècle. Point du tout. Voici sa réponse : Nous avons répondu à cela bien des fois. C'en est assez pour tromper les ignorants; il ne faut que leur dire qu'on y a répondu. ]\Iais qu'avez-vous répondu? Que dans ces siècles il n'y avait point de superstition des reliques , ou d'invocation des saints? Non. « Nous avons répondu, » dit-il, que dans ces siècles, la superstition des » reliques et de l'invocation des saints n'était pas » encore montée au degré de l'idolâtrie où elle est » arrivée depuis , et que Dieu a toléré quelques » sortes de superstitions dans ces grands hommes, » qui d'ailleurs ont rendu tant de services à l'E- » glise. » Quelle misère de gauchir toujours , et de n'oser jamais parler franchement dans une matière de religion I Cette superstition des reliques , celte invocation des saints, qui était alors, et qui selon vous était pratiquée par les saint Augustin, par les saint Ambroise, par les saint Basile et les autres, était-ce une idolâtrie, ou n'en était-ce pas une? Si c'en était une, ils sont damnés : si ce n'en était pas une, nous sommes absous. Ou, peut-être, c'en était une, mais non encore dans le degré qu'il fallait pour damner les hommes; et il y a une idolâtrie, c'est-à-dire , un transport du culte divin à la créature qui ne damne pas , et qu'on peut •si bien compenser par d'autres services , que Dieu n'y prendra pas garde; comme s'il pouvait y avoir un service agréable à Dieu dans ceux qui rendent le culte divin à la créature. Qui jamais ouït parler d'un égarement semblable? Mais encore que manquait-il à l'idolâtrie de saint Augustin et de saint Amijroise? à celle qui selon vous régnait alors , et sur laquelle on se reposait? Que votre ministre ne vous dise pas que cette idolâtrie n'était pas publique : car qu'importe, premièrement, qu'elle soit puldique? Est-ce que l'idolâtrie qui se ferait en particulier ne damnerait pas? Michas cessc-t-il d'être idolâtre, à cause que l'idole qu'il servait était dans sa maison^? L'Ephod , dont la maison de Gédéon se Ht une idole, mérita-t-elle moins ce nom, parce qu'elle ne fut pas posée dans un temple , et que selon les apparences ce faux culte prit commencement dans une famille particulière? Quelle erreur donc de vouloir excuser les Pères et les chrétiens du quatrième et cinquième siècle, sous prétexte qu'ils n'idolâtraient qu'en particulier? Mais d'ailleurs, quelle illusion d'oser nous dire que l'idolâtrie n'était pas publique, pendant qu'on nous avoue qu'elle était régnante ' ?
1. Lett. XX, ait C07nm., p. 315. — 2. Jud., xvii, 4. — 3. Lett. XV de la i. a7in., p. 123; Ace. des Proph., I . part., ch. 14, etc.; Var., liv. xiu, n. 23 et suiv.
TROISIÈME AVERTISSEMENT
poiklant qu'on la rcconnait dans les sermons de ces Pères, qui sans doute élaienl publics el se faisaient dans les Eglises el dans l'assemblée des lidèles, el faisaient alors, comme maintenant et toujours, une partie essentielle du culte divin; et non-seulement dans leurs sermons, mais encore dans leurs liturgies, dans les Eglises où ils servaient Dieu, dans les oratoires des martyrs, el jusque sur les autels , où leurs reliques étaient déposées par honneur comme dans le lieu le plus sainl du temple do Dieu? « Qu'on mette, disait sainl Ambroise , ces 11 triomphantes victimes dans le lieu où Jésus-Christ » est l'hostie. » « Les fidèles, dit saint Jérôme, 1) regardent les tombeaux des saints martyrs comme 11 des autels de Jésus-Christ. » « Nous honorons 11 leurs reliques , dit saint Augustin , jus([u'à les » placer sur lasulilimité du divin autel. » Voilà, ce me semble, pour ne pas appuyer sur l'autel el sur le sacrifice dont il ne s'agit pas ici; voilà poiu- les saints et pour leurs reliques, une vénération assez marquée, assez publique, assez solennelle ; et ceux qui , non contents de la leur rendre, la prêchent avec tant de force, ne laissent pas d'être saints.
Et qu'on ne nous dise pas que les saints n'avaient point alors d'oratoires , ni de chapelles : car on demeure d'accord qu'ils en avaient au quatrième el cinquième siècle • ; et encore qu'on ose dire que la sainte Vierge n'en avait pas dans ces deux siècles, c'est une ignorance grossière; puisque le concile d'Ephèse, comme il parait par ses actes, fut assemblé en 430, dans une église appelée Marie^, du nom de la sainte Vierge, qui sans doute ne fut pas construite alors pour y tenir le concile.
Qu'en ne dise pas que ces Pères n'employaient point envers Dieu les mérites des saints; car, au contraire, on convient que c'esl par là que l'on commença. « Dans le commencement, dit M. Ju- 1) rieu', les prières s'adressaient au Dieu des mar- » tyrs , par rapport aux mérites et aux soufi'rances » des martyrs. »
Qu'on ne dise pas que du moins, l'Eglise n'avait pas été avertie de la prétendue erreur de ce culte : car elle l'avait été par Vigilance, que saint Jérôme mil en poudre des sa naissance; el toute l'Eglise d'alors prit lellemenl le parti de ce saint, que depuis on n'entend pas seulement parler de Vigilance ni de son erreur.
Voilà donc en tout et partout la prétendue idolâtrie de ces temps-là dans le même étal où elle a été depuis : et quand tout cela ne serait pas, se prosterner devant les reliques, et demander des prières aux martyrs; les appeler des remparts el des forteresses , ce que M. Jurieu appelle le culte des Maozzinis après son auteur Joseph Mède'*; en quelque sorte qu'on le fasse, en particulier ou en public, dans l'Eglise, dans les cimetières, ou dans les maisons; c'est toujours une idolâtrie, selon les ministres, toujours jiar conséquent un crime condamnable; cl quand cette idolâtrie ne serait pas assez formée au (lualrième siècle , elle l'était au cin- (inièmi^ , et sous saint Léon , que néanmoins on n'ose damner non plus que ses prochains successeurs. Votre ministre prononce lui-même « que le
l. Jur., Varia:., liv. xm. —2. Conc. Eph<'S.,Acl. i, etc., Labb., t. m, col. 145 el seq. — 3. Lelt. xv, p. 123. — 4. Ace. des Prop., 1. part., ch. 15, etc.; Lelt. xix de la i, an., p. 16, 17; Apoc, Avcrt. àuxProt., n. 28; Var., liv. xm, n. 23 etmiv.
11 faux culte des saints et la doctrine des seconds » intercesseurs était si bien formée dans les pa- » rôles de Théodoret en l'an 450', » qu'il y en avait assez pour constituer dès lors l'Eglise antichrétienne, el assez d'adhérence à cette erreur dans saint Léon pour en faire unantechrisl formé, sauvé toutefois; et voilà encore insensil.)lemenl la seconde défense de voire ministre entièrement renversée. Car, peul-il dire qu'on ne peut trouver son salut dans une Eglise antichrétienne, puisque selon lui on est sauvé, non-seulement étant sectateur de l'Antéchrist, mais encore étant l'Antéchrist môme? Qui jamais ouït parler d'un semblable excès, et que faut-il davantage pour appliquer à un auteur ce mot de sainl Paul, que sa folie est connue à tous? Mais allons encore plus avant, et voyons comme le minisire a établi par principes le salut uni avec l'antichristianisme.
X. Passage exprès du ministre , où il dit qu'on se peut saucer dans les Eglises les plus corrompues, et jusque dans celle de l'Antéchrist. — Il est vrai qu'il a semblé donner pour règle qu'on ne peut pas se sauver dans l'Eglise antichrélienne : ce qui est très-vrai dans le fond; parce que, comme dit le ministre , il n'y a point de communion entre Christ el Bélial. Mais ce qui en soi est indubitable, dans les principes du ministre , ne peut être qu'une vaine exagération que cet auteur réfute lui-même par le discours que voici. « Je ne veux point définir quelles » sont les sectes où Die"u peut avoir des élus, et où » il n'en peut avoir : l'endroit est trop délicat el » trop périlleux. Mais ce que je puis assurer, c'esl » que Dieu peut se conserver des élus dans les » communions el dans les sectes Irès-corrompucs : » ce qui est clair; parce qu'il s'en est conservé dans » le règne même de l'Antéchrist el dans celle de » toutes les religions, qui, sans avoir renoncé aux » principes de la religion, est pourtant la plus an- » tichrélienne. Saint Paul nous dit expressément >i que l'Antéchrist doit être assis dans le temple de «Dieu, c'est-à-dire, dans une Eglise qui sera » chrétienne , el qui aura assez de reste du véri- » table christianisme pour conserver le nom d'E- » glise el de temple de Dieu. Ces cent quarante- » quatre mille de l'Apocalypse sont représentés » être dans l'empire de l'Antéchrist, comme les » Israélites étaient dans l'Egypte, où les poteaux » de leurs maisons furent marqués, afin que l'ange » destructeur ne les touchai point'''. » Voilà ce me semble des élus en assez grand nombre , el assez bien marqués dans l'Eglise de l'Anlechrist, c'est-àdire, selon le ministre, dans la romaine, sans que son anlicbrislianisme les en empêche. Mais achevons le passage , puisque nous y sommes. « Les Il Eglises de l'Orient el du Midi sont assurément » dans une grande décadence. » Sans doute, selon les principes du minisire, puisqu'on y voit liien assurément loulle culte el des images et des saints, qu'on nous impute à idolàlrie. » L'Eglise des Abys- » siiis n'est pas trop pure, » puisque outre ces idolâtries , on y suit les erreurs de Dioscore, et on y déteste la sainte doctrine du concile do Ghalcéiloine. « Cependant, poursuit le ministre, il n'y a » pas lieu de douter que Dieu ne s'y conserve un
1 . Ace, II. p. 12. 21, 22. — 2. Avis <) tous les citrél. avant l'ace, p. iS, 49; PréJ. lé^it., i. art., ch. i, p. l(i.
SALUT DANS L'ÉGLISE; FANATISME DANS LA RÉFORME
» résidu selon l'élecUon de la grâce; car jamais la » parole n'est prèchée en un pays, que Dieu ne lui » donne eiïîcace à l'égard de quelques-uns. » Voilà toujours son grand principe, qui est la fécondité de la itarole de Dieu partout où elle est prèchée.
Mais alin que celle parole ait celte fécondité et cette efficace, il ne faut pas s'imaginer qu'elle doive être prèchée dans sa pureté; puisque, comme on voit, ces Eglises ne sont guère pures. Il n'y a point d'Eglise moins pure que celle de l'Antéchrist; et néanmoins on y trouve cent quarante-quatre mille élus. Votre ministre a écrit ces choses; vous les voyez , vous les lisez de vos propres yeux; et toutefois , mes chers frères , il se tient si assuré de vous faire croire tout ce qu'il voudra, qu'il ose nier qu'il les ait écrites , et il se fait fort de vous persuader que jamais il n'a songé à mettre des élus parmi nous , ni à confesser qu'on se sauve dans notre communion , parce que c'est la communion de l'Antéchrist.
XI. Autre iMssage , où il met le peuple saint dans Babylone jusqu'au jour de sa chute, et le prouve par l'Apocalypse. — Ce qu'il dit dans le Système de l'Eglise est encore plus fort , puisqu'il entreprend d'y prouver par l'Apocalypse , « que l'Eglise peut » être dans Babylone, et que Babylone peut entrer » dans l'Eglise*. Il est vrai, poursuit-il, nous sou- » tenons, et nous avons raison de soutenir que l'E- » glise romaine est la Babylone spirituelle dépeinte » dans l'Apocalypse; mais Dieu dit de celte Baby- » lone : Sortez de Babylone, mon peuple, de pour » que participant à ses péchés , vous ne participiez » à ses peines. » Voilà donc encore une fois le peuple de Dieu dans Babylone; et cela jusqu'au moment où ses crimes sont montés si haut, qu'elle n'a plus à attendre que la dernière sentence, et qu'il n'y a plus aucun délai à son supplice.
Entreprenez sa défense, imaginez tout ce qu'il peut dire; et lui-même au même moment il le réfutera. Vous pourriez croire que ce peuple , qui est renfermé dans Babylone jusqu'à ce moment fatal, n'est appelé le peuple de Dieu que selon la prédestination éternelle. Mais, non, dit M. Juricu^, « il » ne faut pas dire que le peuple de Dieu sorte de » Babylone, comme les chrétiens sortent du milieu » des païens, quand ceux-ci se convertissent; car » Dieu n'appelle point son peuple des gens en état » de damnation; et si le peuple de Dieu renfermé » dans Babylone était lui-même un peuple Babylo- » nien , Dieu ne le pourrait plus appeler son peu- » pie. Il est plus clair que le jour que Dieu dans )> ces paroles : Sortes de Babylone, mon peuple, fait » allusion au retour du peuple Juif de la captivité 1) de Babylone ; et pendant que les Juifs furent dans 1) Babylone, ils ne cessèrent pas d'être Juifs, et le » peuple de Dieu. » Vous le voyez , mes chers frères : il ne dit pas seulement, mais il prouve, par tous les principes dont on convient dans la Réforme, que le vrai peuple de Dieu , le peuple juslitié, le peuple saint et séparé des méchants par la grâce qu'il a reçue , se trouve dans sa Babylone , qui est l'Eglise romaine, jusqu'au moment de sa chute : et cet homme ose dire encore qu'il n'a jamais enseigné qu'on se sauvât parmi nous.
1. Sy.^t., liv. I, ch. I, j). 144, 145; Far., liv. xv, n. 56. — 2. Jur., idem.
XII. Illusion du, ministre , qui répond qu'il n'a saum dans l'Eglise romaine que les enfants baptisés. — Mais , dit-il , ceux qui s'y sauvent ce sont les enfants; car il avoue dans sa Lettre, qu'il dit bien « que dans l'Eglise romaine il y a une inlinitô » d'àmes sanctifiées par la vertu du christianisme; » mais il a ajouté, que ces ànies sont celles des en- » fantsqui ont été baptisés au nom de Jésus-Christ, » et qui étant morts avant l'âge de raison , n'ont » pris aucune part aux abominations du papisme'.» Ce qu'il répète encore une fois en ces termes : « Nous ne reconnaissons d'élus dans l'Eglise ro- » maine, qu'entre les enfants qui ne sauraient pren- » dre pari à ses idolâtries^. » Sans doute, c'est aux enfants qui n'ont pas alteint l'âge de raison que s'adresse cette parole : Sortez de Babylone , mon peuple : ils entendront à merveille que Babylone c'est l'Eglise romaine; que c'est celle-là d'où il faut sortir, et qu'il faut passer en Hollande pour se joindre au peuple de Dieu. Les enfants entendent cela avant l'usage de la raison, et ils sont le peuple de Dieu à qui s'adresse celle voix du ciel. Qu'on espère de vous faire croire de telles absurdités! Mais si vous n'avez pas oublié ce que votre docteur vient de vous dire, ceux qui se sauvent dans la communion romaine , c'est-à-dire, dans la Babylone spirituelle , ont été comparés aux Juifs qui étaient dans la Babylone temporelle ou en Egypte , qui sans doute étaient des adultes, et non pas de petits enfants avant l'âge de raison. On attribuait tout à l'heure le salut de ce grand nombre d'élus, qui se trouve dans Babylone et sous le règne de l'Antéchrist, à l'efTicacede la parole, qui n'est jamais prèchée inutilement'. Est-ce que ces enfants écouleront cette parole, et qu'à la faveur des vérités qu'elle contient, ils sauront bien se séparer de la corruption? Pour qui veut-on vous faire passer, et dans quel rang met-on ceux qu'on espère de contenter par de tels moyens? Il n'y a donc rien à répondre à des passages si clairs : les plus sourds les entendent, les plus ignorants en sont frappés; et il ne vous reste que le seul refuge où l'on se jette ordinairement quand on n'en peut plus; c'est de dire ce que tous les jours nous entendons de votre bouche : Nous ne saurions vous répondre; mais notre ministre, s'il était ici , vous répondrait bien. Quelle réponse pour des gens à qui tout est clair, et qui croient pouvoir décider seuls au-dessus de tous les docteurs et de tous les synodes ! Mais encore , ce misérable refuge vous est-il fermé à cette fois. Il n'est pas question de dire que votre ministre répondra quand on lui objectera ces passages tirés de ses livres : on les lui a objectés dans l'Histoire des Variations \ vous, les trouverez dans ce livre XV, qu'il reconnaît avoir lu, et auquel il s'est engagé de répondre, du moins pour les endroits qui les touchent. Il ne dit mot néanmoins de ceux-ci ; et ces témoignages qu'il a portés contre lui-même lui ferment la bouche.
XIII. Suite des passages du ministre, où il reconnaît dans l'Eglise romaine d'autres élus que les enfants. — Mais vous trouverez dans ce même livre de quoi le confondre plus démonstralivemenl. Le minisire propose deux voies dont Dieu se sert pour sauver son peuple au milieu de la corruption de
1. Jin-., Leil. Il p. SO — 2, Idfin. — 3. Voi/. ci-dessus^ n. 10. — 4. Var., lie. xv, n. 5ti.
TROISIÈME AVERTISSEMENT
Babylono : la prfitiièro est la voie de tolérance, parce qu'il supporte les erreurs et les siiperslUions en cexix qui y ricenl de bonne foi, et qui d'ailleurs ont beaucoup de piété et de charité' ; la socoinie, est la voie de séparalioii , parce qu'il éclaire ceux qu'il veut saucer, jusqu'à leur faire séparer la doctrine divine des additions humaines'^. C'est ainsi, dit-il, qu'on se sauce dans le règne même de l'Antéchrist. Or constamment ce n'est pas ainsi que Dieu veut sauver les enfants : ni il ne supporte leurs erreurs, ni il ne leur donne de discernement. Ce n'est donc pas eux qu'on entend par ce peuple sauvé dans Babylone : ce sont les adultes : ce sont, dis-je, ceuxlà qui, selon les principes de votre ministre, sont sauvés dans l'Eglise romaine, non-seulement en rejetant ses prétendues erreurs, mais encore en les croyant de bonne foi.
Vous ne croyiez pas , mes chers frères , qu'on en pût venir parmi vous dans la conjoncture présente jusqu'à nous donner cet avantage; mais Dieu l'a voulu ainsi : Dieu, qui a soin de votre salut, a voulu vous donner ce témoignage par la bouche d'un ministre, d'ailleurs si implacable envers nous; et il n'a pu s'en défendre. Car il a déclaré formellement que la voie de la tolérance pour les erreurs, regarde ceux qui y vivent de bonne foi; et ce qu'il n'a dit qu'en passant dans ses Préjugés légitimes ■\ il l'explique à fond dans son Système, où il parle ainsi^ : « Pour ce qui est des sectes qui renversent » le fondement par additions, sans l'ôter pourtant, » (vous entendez bien que c'est de nous et de nos semblables qu'il veut parler,) « il est certain qu'on » n'y peut communier sans péché; et afm de pou- » voir espérer de Dieu quelque tolérance, il faut » premièrement qu'on y soit engagé par la nais- » sance. 2" Qu'on ne puisse communier avec au- » cunc autre société plus pure. C'est pourquoi il » n'eût pas été permis de communier tantôt avec » les vaudois, et tantôt avec les prétendus calholi- » ques. 3° Qu'on y communie de bonne foi, croyanl » qu'elle a conservé l'essence des sacrements, et » qu'elle n'oblige à rien contre la conscience. » Vous voyez donc clairement que ceux qui se sauvent dans ces communions impures , où néanmoins les fondements subsistent toujours, ce sont ceux qui y vivent de bonne foi et qui croient qu'on n'y oblige à rien qui blesse la conscience. « Car, poursuit-il , » si on croit que cette société oblige à quelque » chose contre la conscience , on pèche mortelle- » ment quand on participe à ses sacrements ; c'est » pourquoi il ne vous est pas permis de communier » alternativement avec les prétendus catholiques et » avec les réformés; parce qu'étant dans les senti- » ments des réformés, nous sommes persuadés que » le papisme nous oblige dans sa communion, à » bien des choses contre la conscience, comme, » dit-il, à adorer le sacrement : » Par où l'on voit manifestement qu'il a compris l'Eglise romaine avec celles où l'on peut se sauver, en y vivant de bonne foi, c'est-à-dire, en participant sincèrement à sa doctrine et à son culte; et c'est pourquoi il n'oblige à péché mortel, que ceux qui communieraient, ou adoreraient avec nous, sans croire de bonne foi notre doctrine.
1. Var., liv. xv, n. 57. — >. PréJ., I. part., cli. i, p. 17. — 3. Idem. — 4. Si/sl., tiv. i, p. 158, 159, 164, 174, 175, 195,259.
On voit parla le pas inqiortant qu'il a fait au delà de M. Claude et du commun de sa secte. M. Claude, avant la Réforme, ne sauvait parmi nous que ceux qui n'étaient pas de bonne foi , en demeurant dans le sein de notre Eglise sans y croire : M. Jurieu, qui a bien vu combien il était absurde de ne sauver que les hypocrites, a été forcé de passer outre, et d'accorder le salut plutôt à la bonne foi qu'à la tromperie.
Il est vrai qu'il semble y mettre deux conditions ; l'une, qu'on soit engagé à une communion par la naissance; l'autre, qu'on puisse communier avec une société plus pure. Mais il tempère lui-même la première condition, en disant que ceux qui passent de bonne foi et par persuasion, dans les sectes qui ne ruinent ni ne renversent le fondement, au nombre desquelles il nous met, comme on a \u, ne sont pas en autre état que ceux qui y sont nés : et pour l'autre condition, qui est celle de ne pas pouvoir communier avec une société plus pure, il est fort commode pour cela; puisqu'on disant qu'il faut rompre avec les conciles qui détruisent les fondements de la religion, soit en les niant, soit en les renversant, il y appose la condition, si on est en état de pouvoir le faire'. Les questions qu'il propose ensuite, vous feront encore mieux connaître ses intentions. « Il semble, dit-il^, que si l'idée de » l'Eglise renferme généralement toutes les sectes, » on puisse sans scrupule passer de l'une à l'autre; » être tantôt grec, tantôt latin, tantôt réformé, lan- » tôt papiste, tantôt calviniste, tantôt luthérien. » Telle est la question qu'il propose , où l'on voit qu'il met également les latins et les grecs , les papistes et les prétendus réformés : et il répond i)remièrement , qu'il n'est pas permis de passer d'une communion à une autre pour faire profession de croire ce qu'on ne croit pas; ce qui est très-assuré; mais, secondement, il ajoute qu'on y peut passer, comme on vient de voir, sans risque de son salut, « en changeant de sentiment, lorsqu'on passe dans » les sectes qui ne ruinent ni ne renversent le fon- » dément'.
Lorsque pour répondre à ce passage il dit qu'il faut entendre sa proposition, des sectes qui ne renversent en aucune sorte le fondement de la religion, ni en le niant , ni en y mêlant des erreurs mortelles, telles que sont les idolâtries qu'il nous impute'* : il est battu premièrement par tous les endroits où il a sauvé non-seulement les Grecs aussi idolâtres que nous, mais encore les nestoriens el les eutychiens , qui joignent d'autres erreurs à ces prétendues idolâtries; et secondement par toutes les preuves par lesquelles on a démontré qu'il mol des idolâtres reconnus pour tels par lui-même, non-seulement au nombre des sauvés, mais encore au rang des plus grands saints.
XIV. Suite de la même matière. — Si tout cela ne démontre pas qu'il a sauvé parmi nous d'autres gens que les enfants décédés avant l'usage de raison, je ne sais plus ce qu'il y a de démonstratif. Mais voici encore une autre preuve , qui n'est pas moins concluante. « Nous avouons, dit-iP, à M. de » Meaux , que l'Eglise dont Jésus-Christ parle là » (dans le passage de saint Matthieu (xvi) , où
Ihid., ;i. 175. — 4. Lell.