‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 474 sur 545 · aal.,v. -J. —2. \'ar., liv. .\v,n · texte numérisé non relu

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faire les seuls pour qui Dieu jinisse être cruel;. les seuls qui, en retenant les fondements du salut, et les prêchant si solidemenl , ne puissions sauver personne; les seuls à qui il faille imputer les conséquences que nous nions. Avoir un pape à sa tète pour maintenir l'unité et le bon ordre, môme en tempérant sa puissance par l'autorité des canons, est-ce un crime si détestable, qu'il vaille mieux nier la grâce, rejeter la nécessité des bonnes œuvres, diviser la personne de Jésus-Christ, absorber son humanité dans sa nature divine, et tout cela en termes formels? Ce serait une cruauté et une absurdité tout ensemble , qu'un front humain ne pourrait soutenir.

X\'I. Que ce n'est que par politique qu'on a cessé dans la Réforme, de nous recevoir au salut , et M. Juricu nous a lui-même découvert ce secret du parti. — Après cela, si on nous demande d'où vient donc que les protestants sont si difficiles envers nous, et que M. Jurieu , qui nous admet au salut, fait semblant de s'en repentir; la raison en est bien aisée; et ce ministre nous apprend lui-môme que c'est une fausse politii[ue. C'est ce qu'il a dit clairement à la lin de la préface de son Sijslème. Ce Système, qui met tant de sectes dans l'Eglise universelle, et les admet au salut, selon lui est un dénouement des 1 plus grandes diiricultés qu'on puisse faire à la Réforme ; et ce ministre déclare que si on n'a pas encore beaucoup appuyé là-dessus, c'est l'effet de la politique du parti; c'est, en un mot, qu'on a vu 1 qu'il serait facile d'attirer les prolestants qui aiment la paix, dans la communion de l'Eglise, si une fois on leur avouait qu'on s'y put sauver. Il n'y a personne qui ne fût bien aise d'assurer son salut par ce moyen; et voilà bien certainement cette politique dont se plaint M. Juricu, et qui a empêché jusqu'ici qu'on n'appuyât beaucoup sur son %.stème.

Je lui ai fait cette objection dans le livre des Variations', et il n'a eu rien à répliquer : mais nous pouvons maintenant entrer plus avant dans ce secret de la Réforme. Il est certain qu'au commencement, on n'y osait dire qu'il n'y eût point de salut dans la communion romaine; au contraire, on faisait semblant de ne pas vouloir absolument y renoncer. Les deux partis de la Réforme, c'est-à-dire, tant les zwingiiens que ceux de la Confession d'Augsbourg, se soumettaient au concile que le Pape assemblerait^. Nous avons vu qu'on mettait au nombre des saints, les plus zélés défenseurs de l'Eglise et delà croyance romaine, un saint Bernard, un saint Bonaventure, un saint François; et Luther reconnaissait, en termes magnifiques, le salut et la sainteté dans cette Eglise^.

Je ne parle point dos autres auteurs dont les discours vont au môme but. Si dans la suite, on a usé de plus de réserve, c'est l'appréhension qu'on a eue de rendre la Réforme moins nécessaire au salut , et de faire voir, si on se sauvait dans la communion romaine, qu'il valait mieux s'y tenir, que d'aller risquer ailleurs son éternité. On sait ce qui se passa dans la conversion de Henri IV. Quand il pressait ses théologiens, ils lui avouaient de bonne foi, pour la plupart, qu'avec eux l'état était plus parfait;

1. Var., liv. XV, n. 51. — 2. Idem, liv. m, 50, 59, 00, 01, 02. Pncf. Conf. Aug. Conclus. Conf. Argent. — 3. Vur., liv. m, 60.

SALUT DANS L'ÊriLISE: FANATISME DANS LA RÉFORME.

mais qu'avec nous, il suffisait pour le saluL Ce prince ne trouva jamais aucun catholique qui lui en dit autant de la prétendue Réforme où il était. De là donc il concluait qu'il faudrait être insensé pour ne pas aller au plus sûr; et Dieu se servait de l'aveu de ses ministres pour faire entrer ses lumières dans le grand cœur de ce prince. La chose était puhlique dans la Cour : les vieux seigneurs, qui le savaient de leurs pères, nous l'ont raconté souvent; et si on ne veut pas nous en croire, on en peut croire M. de Sully, qui tout zélé huguenot qu'il était, non-seulement déclare au roi, qu'il lient infaillible qu'on se sauve étant catholique, mais nomme encore à ce prince cinq des principaux minisircs qui ne s'éloignaient pas de ce sentiment'. Cependant un si grand exemple et la conversion d'un si grand roi, lit peur aux docteurs de la Réforme, et ils n'osaient presque plus dire qu'on se sauvât parmi nous. M. Jurieu lui-même avait peine à se déclarer dans ses Préjugée légilimes. Nous avons vu^ le passage où il dit , « qu'il ne veut point » définir quelles sont les sectes où Dieu peut avoir » des élus, et où il n'en peut avoir : l'endroit, » poursuit-il, est trop délicat et trop périlleux. » Il le dit pourtant dans la suite , comme on a vu : mais la politique du parti le faisait encore un peu hésiter alors; et ce n'est que dans son Système de l'Eglise qu'il blâme ouvertement cette politique.

Demandez-lui maintenant ce qu'il y avait de si délicat et de si périlleux dans ce SijsLème : était-ce de sauver les Grecs, les Russes, les jacobites, les nestoriens? Craignait-il que ses prolestants n'allassent en Orient rechercher le patriarche de Constantinople, ou celui des nestoriens? Et qui ne voit au contraire que ce qu'il craignait, c'était de faciliter le passage de la Réforme vers nous? Il n'en faut pas davantage pour vous convaincre que, puisqu'à la fin il s'est élevé au-dessus de la politique du parti, c'était nous qu'il voulait sauver; et ce n'était pas les enfants qu'il avait en vue : ce ne sont point les enfants qu'il faut empêcher d'aller chercher leur salut dans une autre communion : les adultes seuls étaient l'objet de la politique qu'il avait enfin méprisée en nous recevant au salut. S'il semble s'en repentir et révoquer son aveu , c'est que la politique qu'il avait blâmée reprend le dessus dans son esprit; et en deux mots, mes chers frères, il craint d'en avoir trop dit, et que, pour assurer votre salut, vous ne le cherchiez à la fin où luimême il vous le montre.

XVII. Combien est important l'aveu du ministre, et qu'il rend les protestants inexcusables. — Non, direz-vous , cet inconvénient n'est pas à craindre, puisqu'après tout , en avouant qu'on peut se sauver dans la communion romaine , il y met des restrictions qui font trembler, et n'ouvre aux catholiques la voie du salut que par une espèce de miracle. Mais, mes frères, tout cela est vain; et malgré les restrictions odieuses et excessives de votre ministre, l'avantage que nous remportons de son aveu est grand en toutes manières. Premièrement, parce qu'il s'ensuit que l'accusation d'idolâtrie et celle d'antichristianisme est tout à fait nulle; puisque ces deux choses manifestement sont incompatibles avec le salut, et que le ministre n'a pu le nier que

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