‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 475 sur 545 · il/t-./i. de Sulli/,ch. 3S. —2. Ci-dessus, n · texte numérisé non relu

il/t-./i. de Sulli/,ch. 3S. —2. Ci-dessus, n

par la contradiction qu'on a remarquée entre ses principes; marque évidente et inévitable de leur fausseté.

Secondement , tout le monde ne donnera pas dans les idées de M. Jurieu , où il faut composer l'Eglise catholique de tant de sectes ennemies qui poussent le schisme et la division jusqu'à s'excommunier mutuellement, el jusqu'aux épe'es tirées, comme parle ce ministre'. C'est détruire le christianisme , que de donner cette faible idée de l'unité chrétienne ; c'est ôter au royaume de Jésus-Christ le caractère de paix qui le rend éternel, et lui donner le caractère du royaume de Satan, prêt à tomber, selon la parole du Fils de Dieu, parce qu'il est divisé en lui-même^. Si donc on ouvre une fois les yeux à la vérité, si on voit qu'il n'est pas possible de nous refuser le titre de vraie Eglise , où l'on peut trouver le salut que nous cherchons tous , ceux qui le cherchent véritablement ne tarderont pas à pousser leurs réflexions plus loin. Ils reconnaîtront les avantages plus éclatants que le soleil de l'Eglise catholique romaine au-dessus de toutes les autres sociétés qui s'attribuent le titre d'Eglise. Ils y verront l'antiquité, la succession, la fermeté à demeurer dans le môme état , sans qu'on puisse lui marquer par aucun fait positif, ni la date du commencement d'aucun de ses dogmes , ni aucun acte où elle renonce à ses anciens maîtres. Ils y verront la chaire de saint Pierre, où les chrétiens de tous les temps ont fait gloire do conserver l'unité; dans cette chaire une éminente et inviolable autorité, et l'incompatibilité avec toutes les erreurs qui ont été toutes foudroyées de ce haut siège. Ils y verront en un mot, tous les avantages de la catholicité, qui force ses ennemis, au milieu de leurs calomnies , à lui rendre témoignage ; ce qui fera confesser à tous les gens de bon sens , qu'on devait d'autant moins la quitter, qu'à la fin, il faut avouer qu'on y trouve la vie éternelle; et il paraîtra évident, que comme on est sorti de son sein, c'est à ce sein maternel qu'il faut retourner de tous les coins de la terre pour assurer son salut.

En effet, en troisième lieu, les difficultés qu'on s'imagine à le trouver parmi nous , ne sont point fondées en raison, mais dans la haine la plus aveugle qu'on puisse jamais imaginer; puisque même on a osé dire qu'on se sauverait plus aisément parmi les ariens^, quoiqu'ils nient la divinité du Fils de Dieu. 'Voilà ce qu'a dit votre ministre , où vous voyez clairement que c'est la haine seule qui le fait parler; et rien ne le prouve mieux que la raison dont il se sert pour donner la préférence aux ariens : car c'est , dit-il , que parmi eux on ne nie que cet article fondamental, c'est-à-dire, la divinité de Jésus-Christ , et que parmi les catholiques romains on en nie plusieurs. Mais vous venez de le voir forcé d'avouer que nous n'en nions aucun : et s'il dit que nous les nions par conséquence , outre qu'il a justifié ceux qui rejettent les conséquences qu'on leur impute, toujours nous serions en meilleur élat que les ariens , qui nient directement le fondement de la foi avec la divinité de Jésus-Christ. Ov, constamment et selon les propres principes de M. Jurieu, ceux qui nient directement le fondement

1. Préj., p. 4 — 2:Matt., xii. 25, 29. — 3. Préj. lég., I. pari.: Sijst., p. 223, c. i; Var., xv, 172.

TRnTSIîa[R AVERTISSEMENT.

(lu sailli, sonl en pire étal que ceux qui ne le nienl (|u'iiulirectement cl par des conséquences qu'ils rejellenl. Nous sommes de ce dernier nombre selon lui; par conséquent, sans aucun doute et selon luimême, préférables aux ariens, au-dessous desquels il nous met : c'est donc manifestement la haine qui le fait parler et non la raison. D'où, iiremièrement, je conlirme, quoi ([u'il dise, qu'il no cherche qu'à diminuer l'impiété de ceux qui nient la divinité de Jésus-Christ; et je conclus, secondement, que tous les obstacles qu'on cherche avec tant d'aigreur, au salut des catholiques, sans en avoir aucune raison, ne servent qu'à faire voir dans leurs adversaires, une aversion injuste et insupportable.

Une objection si pressante, proposée au livre XV des Variations, est demeurée sans réplique. Vous y voyez d'un coté la liaine la plus excessive et la plus aveugle qu'on puisse imaginer; et d'autre part, malgré cette haine , l'aveu le plus authentique et le [dus formel, qu'on peut se sauver parmi nous. Dieu ne vous donne pas en vain ce témoignage; Dieu ne permet pas en vain que ce Caïphe prophétise ; trompé et trompeur en tant d'endroits , il est forcé à dire cette vérité , pour aider les faibles , pour ramener les gens de bonne foi , et à la lin rendre les autres autant inexcusables qu'ils sont endurcis.

Enfin, si l'aveu que fait le ministre, qu'on peut se sauver parmi nous et dans l'Eglise romaine, n'était pas pour elle d'une extrême conséquence , ce ministre, après l'avoir fait si solennellement et tant de fois dans ses Préjuges légitimes, dans son Système, cl ailleurs, comme on a vu, ne ferait pas tant d'etïorls dans sa Lettre onzième, pour nous cacher un aveu si constant, ou plutôt pour se dédire s'il pouvait. Mais il se tourmente en vain ; et de peur que vous ne croyiez que ce ministre n'en est venu là que parce qu'il l'a bien voulu, ou qu'il en pourrait revenir s'il lui plaisait, il est bon de considérer par quelle force invincible il y a été entraîné. L'histoire en est courte, et je veux bien répéter ici en abrégé , ce qui en est expliqué un peu plus au long, mais encore très-brièvement, au quinzième livre des Variations'.

XVIII. Par quelles raisons le ministre a été forcé à cet aveu, et qu'on n'en peut plus revenir. — Tout est fondé sur la question : Où était l'Eglise avant la Réforme? La chimère d'Eglise invisible ayant été vainement tentée, et à la fin étant reconnue pour insuIFisantc, il a fallu avouer, non-seulement que l'Eglise était toujours , mais encore qu'elle était toujours visible et visiblement subsistante dans une inmiorlelle société de pasteurs et de peuple. C'est cet aveu qu'on a démontré autant nécessaire qu'imjjortant dans les écrits des ministres Claude et Jurieu , qui ajjrès tout n'était qu'une suite des princijjes déjà avoués dans la Réforme. La question est donc toujours revenue : où y avaitil dans le monde une Eglise semblable à celle des protestants avant la Réformation prétendue'/ Là, après avoir vainement cherché par toute la terre une Eglise qui eût la même foi que celle qui se disait réformée, il a fallu enfin avouer qu'on n'en reconnaissait aucune de cette sorte dans quelque partie que ce fût do l'univers, et ajouter que l'Eglise subsistait visiblement dans ce corps de pas-

Page 1