‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 476 sur 545 · Var., lie. xv, n. 33 et tuiv · texte numérisé non relu

Var., lie. xv, n. 33 et tuiv

leurs et de peuple, qu'on appelait l'Eglise romaine, où les prétendus réformateurs et tous ceux qui les ont suivis avaient été élevés et avaient reçu le, baptême. On pouvait donc se sauver dans cette communion : les élus de Dieu y étaient. Quoiqu'on la dit idolâtre, quoiqu'on la dit anlichrétienne, ce ipii est le comble des maux , des impiétés et des erreurs parmi les chrétiens; il a fallu en même temps lui donner la gloire de porter les enfants de Dieu , sans qu'elle eut perdu sa fécondité par tous les crimes et par toutes les erreurs qu'on lui imputait. La question étant ainsi résolue du commun aveu de la Réforme, une autre question s'élève naturellement. Si on pouvait se sauver dans la communion romaine avant la Réforme , qui empêche qu'on ne s'y sauve depuis? N'y avait-il pas, quand on s'y sauvait , la même messe , les mêmes prières, le même culte, qu'on y veut regarder aujourd'hui comme un obstacle au salut? On s'y sauvait néanmoins : d'où viendrait donc aujourd'hui qu'on ne pourrait s'y sauver?

Dire qu'elle eût ajouté depuis dans le concile de Trente de nouveaux articles de foi; quand cela serait, ce ne serait rien : car il était bien constant qu'on n'avait ])as de nouveau ajouté la messe, ni tout ce que la Réforme voulait appeler idolâtrie; et tout cela y était, pendant qu'il faut confesser qu'on s'y sauvait : pourquoi donc encore un coup ne pourrait-on maintenant que s'y damner?

Alléguer ici l'ignorance, et la faire servir d'excuse aux bonnes intentions de ceux qui vivaient avant la grande lumière de la Réforme , c'est , premièrement , une fausseté manifeste ; puisque la Réforme prétend que dans le fond la même lumière a iprôcédé dans les hussites , dans les wicléfites, dans les vaudois, dans les albigeois, dans Rérenger, dans les autres : et c'est, secondement, une vaine excuse pour des abus qu'on taxe d'idolâtrie manifeste ; étant chose avouée parmi les chrétiens, comme elle l'est encore tout nouvellement par le ministre Jurieu, qu'on n'a jamais cru ni pensé (lu'on pût sauver un idolâtre, sous prétexte d'ignorance ou de bonne foi. Ainsi excuser nos pères sur leur ignorance' , c'était détruire entièrement l'accusation d'idolâtrie , ôter tout le fondement de la Réforme et toute excuse du schisme. Il fallait donc ou damner nos pères , et ne laisser durant tant de siècles aucune ressource au christianisme , ou nous sauver avec eux : et l'argument ne soulTrait aucune réplique. Ajoutez à tout cela les luthériens , que toute la Réforme sauve avec la présence réelle, avec le monstre de l'ubiquité , avec le semi-pélagianisme, ennemi de la grâce de Jésus-Christ, avec l'erreur où l'on nie la nécessité des bonnes œuvres. Faites la comparaison de ces dogmes qu'on veut tolérer, avec ceux qu'on veut trouver intolérables ; ajoutez l'ambiguitô des articles fondamentaux , énigme indissoluble à la Réforme : voilà par où M. Jurieu s'est trouvé forcé à l'aveu que nous avons vu , et dont il est maintenant si embarrassé.

.XIX. Importance de la dispute sur l'article de l'Eglise : il force M. Jurieu à reconnaître l'Eglise infaillible. — Je ne m'étonne donc pas si les ministres, et en général tous les i)rotestants, évitent autant qu'ils peuvent la question de l'Eglise, comme

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