‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 477 sur 545 · LeU. -ai, i>. su · texte numérisé non relu

LeU. -ai, i>. su

SALUT DANS L'ÉGLISE; FANATISME DANS LA RÉFORME

recueil où ils se brisent. Ils parlent tous et toujours de celle question, comme si elle n'était pas du fond de la religion : c'est, disent-ils, une dispute étrangère, et une chicane oti on les jette. Mais il faudrait donc effacer cet article du Symbole : Je crois l'Eglise %miverselle; c'est de cet article qu'il s'agit dans la question de l'Eglise; si on l'entend bien ou mal, ou, pour mieux dire, si on l'entend, ou si on ne l'entend pas. Il s'agit donc du fond de la foi et d'un article principal du christianisme; et il n'y a pas moyen de le nier. Bien plus, il ne s'agit ])as seulement ici d'un des articles principaux , mais d'un article dont la décision entraîne celle de tous les autres. Car considérons où il nous mène , et commençons par considérer où il a conduit M. Jurieu. Je ne parle plus de la conséquence qu'il a tirée malgré lui et forcé par la vérité, qu'on peut se sauver parmi nous : en voici d'autres aussi importantes et aussi certaines. S'il y a toujours une Eglise où l'on se sauve, et que cette Eglise soit toujours visible, ce doit être en vertu de quelque promesse divine, et d'une assistance parliculière qui ne la quitte jamais : car la raison nous enseigne , l'Ecriture décide, l'expérience confirme, qu'wft ouvrage humain se dissiperait de lui-même'. Les ministres passent condamnation, et ils avouent que l'Eglise subsiste visiblement dans ses pasteurs et dans son peuple, en vertu de cette promesse : Je suis avec tous ; de celle-ci : Les portes de l'enfer ne prccaudront point; et des autres de cette nature. Mais l'Eglise ne peut subsister sans la profession de la vérité : c'est pourquoi M. Jurieu avoue , après M. Claude, que l'Eglise, à qui Jésus-Christ promet une éternelle durée, est une Eglise confessante , une Eglise qui publie la foi , et par conséquent qui a pour cela une assistance parliculière : on en a vu les passages^; et ces deux ministres l'avouent en termes formels. Il est vrai que c'est avec restriction; car ils confessent que Jésus-Christ assiste l'Eglise visible, quoique non pas jusqu'au point de ne la laisser tomber en aucune erreur, du moins jusqu'au point de ne la laisser tomber en aucune erreur capitale. C'est pourquoi M. Jurieu demeure d'accord que : « l'Eglise universelle est infaillible » jusqu'à un certain degré, c'est-à-dire, jusqu'à » ces bornes qui divisent les vérités fondamentales » de celles qui ne le sont pas'. » C'est déjà un attentat manifeste de donner des restrictions à la promesse de Jésus-Chrisl qui est absolue , et trois raisons s'y opposent, tirées l'une du côté de Dieu, l'autre du côté des dogmes qu'il révèle, et la troisième du coté des promesses mômes. Du côté de Dieu, il est lout-puissant ; il sauve en peu, comme en beaucoup , ainsi que dit l'Ecriture*; et il ne lui est pas plus difficile de garantir de toute erreur, que de quelque erreur, ni de conserver tous les dogmes, que de conserver seulement les principaux, en laissant périr cependant ceux qui en sont des accessoires et des dépendances. Il les conserve donc tous dans son Eglise; d'autant plus qu'à considérer les dogmes mêmes , Jésus-Chrisl qui nous les a révélés , ou par lui-même ou par ses apôtres , n'est pas un maître curieux qui enseigne des dogmes inutiles et dont la croyance soit indifférente; au

1. Act. V, 33 et seq. — 2. Var., liv. xv, n. 34 et suiv. — 3. SysL, p. 206; Var,, liv. xv, îi. y5. — 4. /. Rcy., xiv, 6.

contraire, c'est de lui (ju'il est écrit dans Isaïe : Je suis le Seigneur qui t'enseigne des choses utiles, et qui te conduis dans la voie où tu dois marcher'. Il n'a donc rien enseigné qui ne soit utile et nécessaire à sa manière : si quelqu'un de ses dogmes ne l'est pas à tous et toujours, il l'est toujours au général , et il l'est aux particuliers en certains cas : autrement il n'aurait pas dû le révéler; et par la même raison qu'il a du le révéler à son Eglise, il a dû aussi l'y conserver par l'assislance perpétuelle de son Saint-Esprit. C'est pourquoi , et c'est la troisième raison, c'est pourquoi, dis-je, les promesses de cette assistance n'ont point de restriction ; car Jésus-Christ n'en apporte aucune, quand il dit : Je suis avec tous, et quand il dit : Les portes d'enfer ne précaudront point. Il ne dit pas : Je suis avec vous dans certains articles, et je vous abandonne dans les autres; il ne dit pas : l'enfer prévaudra dans quelques points, et dans les autres je rendrai ses efforts inutiles : il dit, sans restriction : l'enfer ne prévaudra pas. Il n'y a point là d'exception , ni aucun endroit de sa doctrine que Jésus- Christ veuille abandonner au démon ou à l'erreur : au contraire, il a dit que l'Esprit qu'il enverrait à ses apôtres leur enseignerait , non pas quelque vérité , mais toute vérité'^ : ce qui devait durer éternellement, à cause que cet esprit ne devait pas seulement êlre en eux, mais encore y demeurer^, et que Jésus-Christ les avait choisis, non-seulement pour porter du fruit, mais encore, afin que le fruit qu'ils porteraient demeurât'' ; et, comme dit Isa'ie^, afin que l'esprit qui était en eux, et la parole qu'il leur mettrait à la bouche passât de génération en génération, de la bouche du père d celle du fils, et à celle du petit-fils , et ainsi à toute éternité. Ces promesses n'ont point d'exceptions ou de restrictions, et on n'y en peut apporter que d'arbitraires qu'on tire de son cœur et de son esprit particulier; ce qui est la peste de la piété. Que le Seigneur juge donc entre nous et nos frères; ou plutôt qu'il prévienne son jugement, qui serait terrible, en leur inspirant la docilité pour les jugements de l'Eglise à qui Jésus-Christ a tout promis. Mais, sans les pousser plus loin qu'ils ne veulent , ce qu'ils nous donnent suffit pour les tirer de tous leurs doutes; et vous en serez convaincus en lisant le XV» livre de V Histoire des Variations : car je ne veux ici répéter ni soutenir que ce que M. Jurieu en a attaqué dans ses réponses.

XX. Ce ministre répond lui-même à ce qu'il nous objecte de plus fort , et premièrement à l'embarras où il prétend nous jeter, pour connaître la foi de l'Eglise universelle. — Il traite avec un grand air de mépris les sophismes de ce livre, comme il les appelle, et ne daigne pas entrer dans cet examen; mais puisqu'il y a quelques endroits qu'il a jugés dignes de réponse, voyons s'il y en aura du moins un seul où il ait pu se défendre. Comme il ne songe, à dire vrai, qu'à rendre tout difficile, il prétend qu'on tombe parmi nous dans des embarras inévitables, par le recours qu'on y a dans les controverses aux décisions de l'Eglise universelle; parce que l'Eglise universelle n'enseigne rien'^, se\on lui, ne décide

1. Is., XLviii, 17. — 2. Joan., xvi, 13. — 3. M..:m, xiv, 16, 17. — 4. IHd., XV, 16. — 5. la. lis, 21. — 6. Var., liv. xv, n. 87 ; Syst., r. 6,217, 233 c( suiv.

ti!(iisii;me avertissement.

rien, ne juge rien, cl qu'on n'en peut savuir les senlimenls qu'avec un travail immense.

Op voit bien où cela va : c'est à jeter tout particulier, savant ou ignorant, et jusqu'aux femmes les plus incapables, dans la discussion du fond des controverses , au luisard de n'en sortir jamais , ou (le n'en sortir que par une chute; et au hasard, en s'iniaginanl avoir tout trouvé de soi-même, de se laisser emporter au premier venu. Voilà où M. Jurieu el ses semblables ont entrepris de mener tous les lidéles.

Pour cela, co ministre a osé dire que l'Eglise n'enseigne rien el ne juge rien. Gomment le peut-il dire, puisqu'il dit en même temps que le consentement de toutes les Eglises à enseigner cerlaines dériles est une espèce de jugement et de jugement infaillible; si infaillible, selon lui, qu'il fait «ne dcmonslration (ce sont ses paroles), et qu'on ne peut regarder que comme une marque certaine de réprobation' , l'audace de s'y opposer? Ce sont encore ses paroles, et on ne pouvait en imaginer de plus fortes. Mais, poursuit-il, on ne peut savoir le sentiment de l'Eglise universelle qu'avec beaucoup de recherches. Quelle erreur I et pourquoi ainsi embrouiller les choses les plus faciles'/ On fait imaginer à un lecteur ignorant que, pour savoir les sentiments de l'Eglise catholique, il faut envoyer des courriers par toute la terre habitable; comme s'il n'y avait pas dans les pays les plus éloignés des choses dont on peut s'assurer infailliblement, sans qu'il en coûte autre chose que la peine de vouloir les apprendre ; ou que tout particulier, dans quelque partie qu'il habitât du monde connu , ne put pas aisément savoir ce qui , par exemple, avait été décidé à Nicée ou à Gonstantinople sur la divinité de Jésus-Christ ou du Saint-Esprit , et ainsi du reste. Je ne sais comment on peut contester des choses si évidentes; ni comment on peut s'imaginer qu'il soit difficile d'apprendre des décisions , que ceux qui les font sont soigneux de rendre publiques par tous les moyens possibles; en sorte qu'elles deviennent aussi éclatantes que le soleil , et qu'on en peut dire ce que saint Paul disait de la prédication apostolique : Le bruit s'en est répandu dans toute la terre , et la parole en a pénétré jusqu'aux extrémités de l'uniters^. Saint Paul parlait aux Romains d'une vérité qui leur était connue, sans avoir besoin de dépêcher des courriers par tout le monde, ni d'en attendre des réponses. Et pour venir à des exemples qui louchent de plus prés les protestants, faut-il envoyer en Suéde pour savoir qu'on y professe le luthéranisme, ou en Ecosse pour savoir que le puritanisme y prévaut, el que l'épiscopal y est ha'i, ou en Hollande pour savoir que les arméniens , qui y sont fort répandus , tendent fort à la croyance des socinicns? Mais puisque le ministre est en humeur de contester tout, qu'il se souvienne du mcjins de ce qu'il a dit lui-même : que ce consentement de « l'Eglise universelle est la règle la plus sure pour » juger quels sont les points fondamentaux , et les » distinguer do ceux qui ne le sont pas : question, » dil-il, si épineuse el si diflicile à résoudre'. »

XXI. Le min'istre forcé de dire que la dispute sur les points fondamentaux ne regarde point le jyeu-

1. Var., liv. xv,«. 87,83; S;ixl.,p. 2«8. — 2. Rom., x, IS; Ps., xviii, 5. — 3. Idem.

pie. Absurdité de cette pensée. — Voilà les passages de M. Jurieu , que je lui objecte à lui-même dans le livre XV des Variations. Ils sont assez importants, et surtout le dernier, pour montrer l'autorité infaillible des jugements de l'Eglise. Que croyezvous, mes chers frères, que ce ministre y réponde'? Une chose rare sans doute : écoutez-la, el voyez d'abord de quelle hauteur il le prend : « On veut » bien que M. Bossuel sache qu'on ne parle pas à » des simples, mais à des savants, qui examinent » la question des points fondamentaux el non fon- » damenlaux. Mais, poursuit-il un peu après, à «l'égard des simples, celle régie est de nul «usage'. » Mais quelle règle auront donc les simples pour résoudre celte question si épineuse et si difficile? L'Ecriture. Mais comment donc ditesvous , que la règle la plus sûre est le consentement des Eglises? Il y aurait donc une règle plus sûre que l'Ecriture? Mais si l'Ecriture est claire, comme vous le soutenez, commenl est-ce que la question des articles fondamentaux est si épineuse et si difficile à résoudre? Ou bien est-ce qu'elle est difficile pour les savants seulement, sans l'être pour le simple peuple, et que l'Ecriture, qui la décide pour le peuple, ne la décide pas pour les savants? Reconnaissez que souvent on s'embarrasse beaucoup , ([uand on ne songe, en expliquant les dilTicullés , qu'à éblouir le vulgaire. Mais voici un beau dénouement- : « C'est que les simples ne sont guère » appelés à distinguer les points fondamentaux ; » cela ne leur est aucunement nécessaire. Mais s'ils » veulent entrer dans cet examen , leur unique » règle sera leur raison et l'Ecriture s.vinte; el >) par ces deux lumières , ils jugeront aisément du » poids el de rimpt)rlance d'une doctrine pour le « salut. » Mais si les simples peuvent ]e juger aisément, pourquoi les savants seront-ils les seuls à qui cette question est si épineuse et si difficile à résoudre? La raison et l'Ecriture ne sonl-elles que pour les simples? El les savants ont-ils une autre règle de leur croyance que les autres? Mais pourquoi vous met-on ici votre raison avec l'Ecriture? Leur raison et l'Ecriture, dil-on , seront leur unique règle. Est-ce qu'à ce coup l'Ecriture n'est pas sulTisante? ou bien est-ce qu'en cette occasion il faut avoir de la raison pour bien entendre l'Ecriture, cl que dans les autres questions la raison n'est pas nécessaire? 0 peuples fascinés et préoccupés I car c'est à vous que je parle ici , et je laisse pour un moment les superbes docteurs qui vous séduisent : ne senlirez-vous jamais que vos ministres se jouent de votre foi? Car, je vous prie, pourquoi vous exclure de l'examen des articles fondamentaux, el se le réservera eux seuls? N'est-ce pas un article nécessaire à tous , de bien savoir, par exemple , que Jésus-Christ est le fondement^? Mais si quelqu'un venait dire que l'article de sa divinité, ou celui du péché originel et de la grâce , ou celui de l'immortalité de l'àme et de l'éternité des peines, ou quelque autre de celte importance , n'est pas fondamental , el qu'il faut communier les sociniens qui k^s nient; jiourquoi le peuple sera-t-il exclu de la connaissance de cette question? Mettons , par exemple, que quelque ministre ose avancer qu'il faut recevoir à la communion , non-seule-

Page 1